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Billet de blog 11 mars 2019

«Grâce à Dieu» de François Ozon, une version théâtrale utile pour la société

Après le film de François Ozon « Grâce à Dieu », sorti en salles le 20 février 2019, la maison d’édition « Les Solitaires Intempestifs » édite simultanément une version théâtrale de son scénario, en trois actes et un épilogue. Un texte grandement utile pour la société, qu’elle soit laïque ou religieuse.

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« Grâce à Dieu » est une fiction théâtrale fondée sur des faits réels.  Les trois personnages principaux de la pièce, Alexandre, François, et Emmanuel, ont été abusés dans leur enfance par un prêtre pédophile.  Depuis le film, la vraie vie a suivi son cours. Le 7 mars 2019, nous apprenons par le journal Libération que le cardinal-archevêque de Lyon Barbarin a été condamné, de « silence coupable », à six mois de prison avec sursis pour non-dénonciation d’agressions sexuelles sur des mineurs de moins de 15 ans, d’omission de porter secours, et de ne pas avoir dénoncé les actes pédophiles du père Preynat.

L’expression « grâce à Dieu », se traduit par bonheur, heureusement, mais aussi par l'action heureuse de quelqu'un. L’ironie du titre de François Ozon traduit toute l’hypocrisie, trop longtemps silencieuse de l’église, envers la prédation sexuelle, celle d’un prête pédophile au sein de son institution. D’ailleurs Barbarin, lui-même, en parlant de prescription passée de 20 à 30 ans (le 3 août 2018) avait aussi usé de cette expression : « grâce à Dieu ».

Une demande de justice sans vengeance

Nul manichéisme dans les dialogues ne vient parasiter la réalité des faits. Point de vengeance non plus, mais une demande de justice. Le combat d’Alexandre, François, et Emmanuel, les victimes, donne un élan contre le déni de l’église, un désaveu de la réalité que l’institution a cessé d’exercer aujourd’hui.  Leur parole au nom de toutes les victimes, et au-delà du silence, est enfin libérée.

François Ozon, ne s’érige pas en juge, et très intelligemment cherche à comprendre l’enchaînement des faits, via les témoignages des victimes. Parmi les thèmes que nous voyons sourdre de l’écriture, il y a la prescription, et le pardon. La  recherche de François Ozon, pour irradier ce fléau, entre le passé et le présent semble être pour l’auteur utile pour un avenir immédiat.

La parole de chaque personnage de la version théâtrale est unique. L’expérience vient de leur jeunesse chez les scouts. Si Alexandre dit : «  après avoir été longtemps dans le doute puis en conflit avec l’église, j’ai toujours gardé un contact intime avec l’amour du Christ et j’élève mes enfants dans la foi de son amour ». François raconte le père Preynat quand il était chez les louveteaux : « je me souviens encore de ses râles, de son souffle chaud, de la couleur de sa chemise. (…) et il m’a dit que c’était notre secret, qu’il fallait que je le dise à personne ». Emmanuel visualise ce jour de 1989 en dessous de l’église : « il m’a dit  que j’étais son préféré, que j’allais faire de belles choses et que c’était notre petit secret… ça a duré cinq à dix minutes, pas plus, puis on est ressortis. Je me rappelle avoir été choqué, mais en même temps, vu que c’était un homme d’Église, je ne savais pas trop quoi penser… ». Cela remue et nourrit les convictions de nos trois victimes pour, qu’avec le temps, ils se reconstruisent. 

Oui, les trois jeunes scouts ne savaient pas quoi penser. L’Église était sacrée à leurs yeux et ses serviteurs ne pouvaient qu’être exceptionnels. Ce qui sortait de la pensée d’Alexandre montre l’enseignement zélé d’un bon garçon : «  je ressentais étrangement un sentiment de fierté d’être l’élu du père Bernard. Mes parents, les amis de mes parents, tous disaient «  il est exceptionnel. Si tous les hommes d’Église étaient comme lui ! ». 

« Grâce à Dieu » en 137 pages nous dit que même dans l’effroi d’une innocence brisée, il ne faut pas avoir peur de parler. L’association « La Parole libérée » a permis aux victimes de nommer enfin les choses par leur nom, de laisser une trace de leur témoignage. Cette association a donné du sens à leur combat et ce que les victimes ont subi n’a pas été un coup d’épée dans l’eau, mais une victoire sur l’obscurantisme. Allez voir le film, lisez la pièce de François Ozon, c’est de l’art grandement utile pour la société, qu’elle soit laïque ou religieuse.

Grâce à Dieu de Francois Ozon

Les Solitaires Intempestifs

https://www.solitairesintempestifs.com

La Parole libérée

https://www.laparoleliberee.fr

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