« Un fait divers » de Laure Chartier, le viol en récit

« Un fait divers » de Laure Chartier est un récit, en trois parties et un épilogue, qui témoigne du viol d’une jeune fille sans histoire. La collection Lansman Poche regroupe des écrits mis en livre à destination de lecteurs, jeunes et adultes.

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La raison principale de lire Un fait divers est de comprendre la solitude d’une jeune fille invisible, cloîtrée à l’ombre du silence, effacée de toute mémoire, sans l’audace de la parole qui pourrait tout changer : « C’est étrange, d’habitude on ne me voit pas, d’habitude on oublie mon prénom. Ça ne peut pas m’arriver, je suis une fille sans histoire ».

Les mots à la con arrivent 

C’est déjà une histoire qui se construit. Il ne fallait pas partir seule. Tenir le coup, refuser la clope. Encore quelque mètre. Il n’est plus là. Où est -il ? Les mots à la con arrivent : « il a pris ton corps pas ton âme, ok ? ». Il faudrait se cacher, s’enterrer. Heureusement M. l’amie, l’ange gardien, est là : « avec elle on est en sécurité ».  

L’hôpital, le psy. L’internement ? Ne pas laver les trace. C’est irréel. Dans la même nuit, un viol et un accouchement : « je n’arrive toujours pas à croire que ça arrive et encore moins à moi ». 

Le « kit-viol » l’examen, c’est violent, humiliant : je suis comédienne. Je suis en répétition là, j’ai une première dans une semaine et demie ».

Je suis un fait divers

La victime se constitue partie civile. Il faut décrire la haine dans les yeux du prédateur. Voir apparaître le visage du bourreau, faire son portrait-robot. Le téléphone sonne : «  nous avons procédé à l’arrestation de votre agresseur ce week-end ». Le passé se raconte au présent pour que commence l’après.

Laure Chartier analyse, avec Un fait divers, le crime de l’intime. Là où le silence voudrait cacher sa honte, elle témoigne de l’ignominie du viol par la parole d’une fille vraie sans histoire. Ce crime a été. Pourtant dans la loi belge c’est un délit ? Voilà une définition surréaliste dans la démarche temporelle d’une enquête, « par après » selon l’expression belge. Nous n’imaginons pas à quel point porter plainte, à la suite d’un viol, est un pénible combat. 

Le témoignage de Laure Chartier est devenue écriture, par un texte autobiographique, puis théâtre pour libérer sa parole. Tout dans le récit raconte la mécanique administrative, qui agresse le souvenir, empêche la concentration : « en fait, c’est mon corps qui l’a reconnu avant ma tête. (…) C’est mon instinct qui a fonctionné, pas mon cerveau ».

Alors la comédienne est devenue auteure. Durant deux ans, elle va œuvrer à écrire ce qu’elle a été, « un fait divers ». Puis, jouer cette autofiction au théâtre. Avec, sous l’étoffe de la douleur, une grande pudeur, où toute sensiblerie est absente.

Un fait divers est un récit que nous recommandons fortement. Pour que le silence ne soit plus synonyme de honte et que la parole se libère. 

Laure Chartier est de nationalité française. Après un Master en arts / Spécialité Études Théâtrales à l’Université de Rennes, elle intègre le Conservatoire de Bruxelles qu’elle termine en 2012. Un fait divers, est son premier texte, terminé en août 2017.

Un fait divers de Laure Chartier dans la collection Lansman Poche

http://www.lansman.org/editions/publication_liste.php?session=

 

 

 

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