« Un tramway nommé Désir », une demande forte, loin du besoin souhaité

Tennessee Williams (1911-1983) a voyagé de désir dans ce tramway qui va sur les rails de sa vie. Les personnages de sa pièce incarnent quelques éléments de son existence. Il est issu d’une famille de basse condition, comme Stanley. Il boit comme Blanche et a aussi une peur obsessionnelle de la folie.

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Stella, qui se satisfait d’une vie toute simple, aime Stanley Kowalski. C’est un ouvrier d’origine polonaise. Le quotidien du couple est plutôt ordinaire, et Stella, qui attend un enfant, vit heureuse dans son humble appartement à la Nouvelle-Orléans.  Sa sœur, Blanche Dubois, arrive à l’improviste pour une halte de quelques jours. Mais Stanley trouve que cette intrusion dans sa vie privée s’étire en longueur. Il aspire au départ de Blanche qui semble avoir des secrets peu avouables.

Un tramway nommé Désir, jouée pour la première fois en 1947, a remporté le prix Pulitzer en 1948. Tennessee Williams, homme de théâtre, doit sa notoriété au succès de l’adaptation cinématographique d’Elia Kazan en 1951. La résonance des sentiments du jeu « actor’s studio » a banni le vide des clichés pour laisser place à la véracité de l’imagination affective de Vivien Leigh, Marlon Brando, Karl Malden et Kim Hunter. 

Ce vécu personnel de l’acteur dans sa construction du personnage, Elia Kazan l’a trouvé avec la méthode de Stanislavski (1863-1938). Comme le disait ce grand nom de la formation de l’acteur : « si le texte à jouer était une dinde, au lieu d’une pièce en plusieurs actes. Pourriez-vous l’avaler en une seule bouchée ? ». Si nous prenons cet exemple de la dinde, c’est pour mieux donner notre ressenti de la mise en scène et de la direction d’acteur de Manuel Olinger. Car nous n’avons pu aller au bout de notre satiété. Voici quelques raisons. Nous parlons plus haut de l’importance des comédiens. Car nous avons trouvé la distribution inégale. Mais il y avait aussi le bonheur de voir bruler la riche et lumineuse imagination d’une grande actrice Julie Delaurenti. Sa vie et son jeu s’harmonisent dans son art. Avec elle, le « Si magique » n’est plus une conjonction, mais une vérité. Le texte de Tennessee Williams prend tout son sens. Son personnage fait affleurer l’ambiguïté  et la sensibilité de Blanche qui aboutit à l’enchantement de son jeu vrai et tragique.

Pour l’univers de la Nouvelle -Orléans. Le metteur en scène nous dit : «  Il fallait aussi faire exister l’ambiance moite et chaude de la Nouvelle -Orléans, et nous le faisons à travers les couleurs du fond de scène, le damier noir et blanc incontournable aux États-Unis et particulièrement en Louisiane, les persiennes, les ventilateurs… et bien sûr la transpiration des comédiens ! ». Justement ! Nous pensons qu’il ne suffit pas de mettre de l’huile sur son corps pour jouer la sensation de chaleur. Le faux n’est-il pas vecteur de clichés au théâtre ?

Enfin dans l’avant-propos nous lisons : « notre devoir est donc de ne pas « singer » la vérité mais d’en tirer l’essence et le sens profond dans le cadre dramaturgique, pour s’approcher au plus près du réalisme défendu par l’Actor’s Studio. La violence physique et psychologique est ici assumée pour qu’elle ne devienne pas un terme générique ».

Certes nous félicitons cette forte demande, mais est-elle du besoin souhaité ? La violence caricaturée n’est-elle pas aussi un terme générique ?

Nous savons que la pièce « Un tramway nommé Désir » et son auteur Tennessee Williams sont au panthéon du théâtre. S’il y a une déception, elle vient du fait de la promesse non tenue, car effectivement le sens profond dramaturgique ne peut venir que de la sincérité dans le jeu. Comme nous l’avons trouvé dans celui de Julie Delaurenti. Rien que pour elle et pour le texte, cela vaut la peine d’aller voir ce spectacle.

UN TRAMWAY NOMME DESIR

Mise en scène : Manuel Olinger

De : Tennessee Williams

Adaptation : Pierre Laville

Lumière : Théo Guirmand

Avec : Julie DELAURENTI, Manuel OLINGER, Tiffany HOFSTETTER ou Murielle HUET DES AUNAY, Philipp WEISSERT ou Gilles Vincent KAPPS, Jean-Pierre OLINGER

Durée : 125 minutes

Du 14 janvier 2020 au 12 avril 2020

 

La Scène Parisienne

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