L'être spectateur, le théâtre pour reconnaître l'humain

Voici une réflexion de l'homme de théâtre que je suis, à propos de «L'être spectateur». J'ouvre ici mon blog «Les dits du théâtre» pour témoigner, si vous en avez envie, de votre expérience de spectateur.

L'être spectateur est la cause première du théâtre. Par principe, l'objectif de tous les auteurs, metteurs en scène et comédiens, face au public, commence par la relation de la substance humaine avec le temps présent. L'homme crée son double* au théâtre pour raconter l'homme dans une action imaginaire et poétique, dans le fondement de tout ce qui est, ou pourra être. C'est une priorité, pour toute histoire, de toute origine.

Le commandement phénoménologique qui régit l'être spectateur est validé par sa présence, son regard. Il est le témoin essentiel  d'une expérience fictionnelle qui passe par le vivant. Autant de témoins, autant d'histoires interprétées dans un même récit.  Ce qui se joue dans la fiction, c'est la transcendance d'une réalité non pas fantasmée, mais possible. Le théâtre atteindra son objectif, s'il trouve sa fin dans la pensée de chaque spectateur.  Ceci nous démontre à quel point est grande la responsabilité des auteurs,  metteurs en scène et comédiens, vis-à-vis du public. Ne jamais oublier le contrat tacite, créateur / spectateur, qui doit se réaliser, ici et maintenant. Il ne peut être rompu sous peine de baiser de rideau. Car l'exigence théâtrale, selon la qualité de la représentation, autorise le public à applaudir ou à huer.

Certes ce contrat n'est pas celui signé entre Faust et Méphistophélès. Ni le spectateur, ni les artistes ne vendent leur âme au diable, et le sang qui coule sur scène, n'est qu'un artifice. Pourtant pour satisfaire le spectateur l'artiste se doit d'être un serviteur sans failles, mais à la façon de Jean-Louis Barrault : "serviteur, oui, valet, non".

Les auteurs, metteurs en scène et comédiens, font jouer au théâtre nos vies incarnées dans des personnages de fiction. Souvent imaginaires, ils viennent aussi de la réalité. Un fait divers devient un conte, une fable se mue en tragédie etc. ; et in fine nous nous reconnaissons.

* En parlant de double, je ne fais pas référence à Antonin Artaud et son livre "Le théâtre et son double", mais plutôt à l'image miroir du théâtre.

 

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