La nouvelle pièce de Carole Thibaut « Monkey Money » se mure dans l’enfer capitaliste

Après le merveilleux « Été* » et l’émouvant « L’Enfant - Drame Rural **» que nous avons défendu avec passion, voici « Monkey Money » la dernière pièce de Carole Thibaut. Pour autant ce texte ne nous est pas parvenue avec la force des deux autres cités plus haut. Malgré une création lumière et un travail vidéo de qualité d’Antoine Franchet ; et des comédiens bien en phase avec leur personnage.

©Simon Gosselin ©Simon Gosselin

Un anniversaire. Une immense entreprise familiale de vente de crédits à la consommation. La Bee Wi Bank.   Une société  où tout s’achète et tout se vend. Un mur lézardé côté ubac, à la forêt des contes, pas très gai. Un chômeur qui s’immole. Villon, à la dangereuse nuit, où sa « ballade des pendus » se récite comme une prière dans la voix d’un miséreux. La symphonie numéro 7 de Beethoven, pleine et délicate, embrumée de la souffrance obscure. Côté adret, le mur toujours avec les festivités de la « Haute », où le champagne coule à flots. Rabelais paraphrasé, pour un avenir rémunérateur, dans les « supermarchés culturels ». Une monnaie de singe dont l’hypocrisie fait commerce. De l’ironie spectaculaire, sous les feux de la rampe. Le tout en relisant « les misérables » de Victor Hugo.

Peu convaincu par cette création, nous avons donc recherché des causes possibles à notre détachement qui, nous en sommes certains, n’est que provisoire. 

Doit-on chercher « la fêlure du mur » de « Monkey Money » vers une scénographie mal aisée à arpenter, avec une mise en scène en porte-à-faux ? Ou encore une rythmique dissonante ? Ou bien trop d’immersion, façon reporter, dans une grande entreprise de vente de crédit ? 

Carole Thibaut, dans le pourquoi de cette pièce, met en avant la réponse de l’urgence. L’urgence de raconter le coeur symbolique du monde d’aujourd’hui. Ce coeur fermé de l’enfer capitaliste, écrit-elle dans le dossier de presse de « Monkey Money ». Mais cet enfer capitaliste ne s’incarne pas dans la fiction, il ne peut que se représenter dans l’abstraction subjective d’un objectif, qui nous a semblé trop manichéen dans une dichotomie riche/pauvre, quelque peu simpliste. De fait, la symbolique de la pièce laisse « ce coeur » fermé à un humanisme, auquel Carole Thibaut aspire hautement dans sa pièce, mais qui dans son écriture n’a pas la résonance espérée. Comme si le reportage avait pris le dessus sur la poétique théâtrale.

Or, les auteurs de nos jours travaillent de plus en plus dans des résidences d’écriture et vont, comme Carole Thibaut, en immersion dans des villages, des entreprises, parmi les gens de la vraie vie, pour écrire sur commande une pièce. Nous disons, pour avoir aussi fait cette expérience, que si ce travail d’enquête est parfois bon pour l’inspiration, il peut aussi amenuiser l’artiste dans des revendications justes, mais déviantes sur un plan créatif. Victor Hugo aurait-il écrit « Les misérables », aussi parfaitement, dans ces conditions ? La question reste ouverte.

Mais si rien de tout cela n’est la cause de notre manque d’enthousiasme, peut-être faut-il y voir, de notre part, une incompréhension ? Car il arrive parfois, qu’un public passe à côté de l’univers d’un artiste et vice-versa. Nous ne réfutons pas cette possible incurie. Nous souhaitons simplement, pour la prochaine pièce, des retrouvailles plus fortes et plus aimantes. Dans le coeur ouvert du partage.

*http://unfauteuilpourlorchestre.com/ete-creation-de-carole-thibaut-a-letoile-du-nord/

**http://unfauteuilpourlorchestre.com/critique-«-lenfant-drame-rural-»-texte-et-mise-en-scene-carole-thibaut-theatre-de-la-tempete/

 

Monkey Money 

Texte publié chez Lansman éditeur

Jusqu’au 25 septembre 2016

une création de Carole Thibaut

avec Thierry Bosc, Charlotte Fermand, Michel Fouquet, Carole Thibaut en alternance avec Valérie Schwarcz, Arnaud Vrech
scénographie, création lumière et vidéo Antoine Franchet
costumes Magalie Pichard
chorégraphie Philippe Ménard
régie générale et son Margaux Robin
régie plateau Camille Allain-Dulondel
assistanat à la mise en scène Noémie Regnaut, Victor Guillemot
composition musicale Jonas Atlan
régie lumière Sébastien Marc
et avec la complicité de l’équipe du Théâtre du Nord - CDN Lille

 

Maison des métallos

94 rue Jean-Pierre Timbaud 

Paris 75011
Mº ligne 2 arrêt Couronnes

http://www.maisondesmetallos.org/2016/05/24/monkey-money

Tournée : 

11 > 14 octobre : Montluçon - Théâtre des Ilets, CDN de Montluçon - 04 70 03 86 13

Autour du spectacle :

- CoMMe DeS LIonS 

Projection-rencontre

Comme des lions de Françoise Davasse raconte deux ans d’engagement de salariés de PSA Aulnay, contre la fermeture de leur usine qui, en 2013, emploie encore plus de 3 000 personnes dont près de 400 intérimaires. La projection sera suivie d’une rencontre avec la réalisatrice et d’anciens salariés de PSA Aulnay, protagonistes du film. Film de Françoise Davisse (France, 2016, 115min) production Les films du balibari coproduction Les productions du Verger, Gsara

lundi 12 septembre > 19h / entrée libre, réservation conseillée

- enFIn DeS bonneS nouVeLLeS 

Projection-rencontre en avant-première 

Comment diable un documentariste au chômage a-t-il fini par distribuer des billets de 500 euros par paquets de 2 kilos… ? C’est la question de départ de cette comédiefiction dérangeante de Vincent Glenn qui rappelle des réalités de notre monde dominé par l’argent. La projection sera suivie d’une rencontre avec le réalisateur et Carole Thibaut. Film de Vincent Glenn (France, 2016, 88min) coproduction DHR, Ciaofilm, Brodkast Studio 

lundi 19 septembre > 19h / entrée libre, réservation conseillée 

- InDICeS 

Atelier-débat 

Quand vous croisez un ami, vous lui demandez « comment ça va ? », et non pas « qu’as-tu produit ce mois-ci ? » Pourtant, de nos jours, le fameux PIB est encore l’indicateur de richesse le plus cité en référence. Film de Vincent Glenn (France, 2011, 81min) production DHR 

samedi 24 septembre > 14h30 > 17h30 / entrée libre, réservation conseillée

 

 

 

 

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