Après la neige d’Aurélie Namur, un huis clos dans la contamination

La neige, hors montagne et paysages, appartient à la fête, à la férie des contes. « Après la neige » d’Aurélie Namur, nous parle d’autres flocons tombés, non des merveilleux nuages chers à Charles Baudelaire, mais ceux d’une centrale nucléaire, après une catastrophe.

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L’auteure cite, en début d’ouvrage, Yves Bonnefoy : « écrire une violence, mais pour la paix qui a saveur d’eau pure ».

Cette saveur est celle d’une vie normale, celle « d’avant la neige ». 

Entre le rêve et la réalité, un homme, une femme et de leur petite fille sont relogés provisoirement dans un préfabriqué parmi d’autres, à cinquante kilomètres de leur maison. Que va être leur vie dans la contamination des becquerels de césium ? Dans un champ, où est réfugiée cette famille, la suspicion est permanente. La méfiance de ce que l’on boit, de ce que l’on mange, questionne les parents ; peuvent-ils autoriser la petite Alice à jouer, sur une balançoire, dans le chaos d’un ciel malade : « voilà pourquoi l’histoire se raconte aussi du point de vue de la jeune Alice face aux multiples contraintes qui l’obligent à explorer d’autres voies pour vivre pleinement sa réalité à elle, qui sera le cadre de son passage de l’enfance à l’âge adulte… dans le meilleur des cas. »

Aurélie Namur s’est éloignée du cadre géographique de Fukushima, pour porter son projet d’écriture dans notre propre environnement. La pièce, Après la neige, entre chez des habitants évacués, et raconte leur vie quotidienne, à la suite d’une catastrophe  nucléaire. 

L’inspiration est venue des victimes et témoins de la quadruple explosion des réacteurs nucléaires survenue au Japon en 2011. La pièce se structure autour de la question : « comment réagirions-nous, nous Européens de l’Ouest, s’il nous arrivait la même chose ». 

Aurélie Namur nous place au centre d’une situation qui concerne le monde entier. Elle nous en parle avec imagination : «  a quoi me sert mon imagination ? Pour affronter le danger, il faut être en paix, c’est ça ? Il ne faut plus voir l’invisible, c’est ça ? »

L’écriture d’Aurélie Namur entre dans le dur du sujet, avec tact, intelligence, sans jamais dépasser la zone de sensiblerie. Avec des mots, des phrases, sans superflu. Avec détermination, elle alerte certains gouvernements laxistes qui n’ont pas encore assez évalué le danger radioactif.

Nous recommandons vivement la lecture d’Après la neige  aux jeunes et aux adultes afin de mieux protéger notre planète.

L’AUTEURE. Après des études de Lettres Modernes, Aurélie Namur entre au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris (promotion 2004). Elle joue sous la direction de C. Benedetti, L. Rabih, G. Vincent. A Rome, dans le cadre de l'Ecole des Maîtres animée en 2006 par Pippo Delbono, elle rencontre Félicie Artaud et cofonde les compagnies Les Nuits Claires/Agnello. Ensemble elles créent plusieurs spectacles pour adultes et jeunes publics qui leur assurent une notoriété croissante en France et en Belgique. Les textes écrits par Aurélie Namur sont édités chez Lansman et, pour la plupart, traduits dans plusieurs langues. En 2014, elle obtient une bourse du Centre National du Livre.

Son théâtre :
- Le voyage égaré. Lansman, 2011
- On se suivra de près. Lansman, 2011
- La femme vautour
- Et blanche aussi. Lansman, 2014
- Mon géant (avec Félicie Artaud). Lansman, 2014
- Le grand jour
- Isabelle 100 visages. Lansman, 2015
- Coup franc in La scène aux ados N°12. Lansman, 2015
- Souliers rouges, tragicomédie pour petite fille et marâtre. Lansman, 2015

- Après la neige. Lansman, 2018

 

APRÈS LA NEIGE d’Aurélie Namur

Lansman Editeur : http://www.lansman.org/editions/collection.php?table=collection&rec_collection=TV&session=

Le spectacle créé par l’auteure en France en 2018, est en tournée. 

 

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