«We call it love» de Felwine Sarr, un récit vrai au lendemain du génocide Rwandais

Dans le cadre de la semaine de la langue française et de la francophonie, la maison des métallos à Paris présente « We call it love » de Felwine Sarr, une des voix singulière de la nouvelle génération d’écrivains africains. Sa pièce raconte une histoire vraie, au lendemain du génocide Rwandais, d’une femme face au bourreau de son fils.

DR We call it love DR We call it love
Dès nos premiers pas dans l’espace scénique, et à la vision du dispositif bi-frontal, nous comprenons que « we call it love » va nous parler de près. Le public est séparé par un passage étroit, où une marelle est dessinée au sol. La marelle est un jeu enfantin qui se pratique à cloche-pied, le joueur doit aller de la terre jusqu’au ciel. Il avance case par case sans poser le pied sur aucune ligne. Il ne doit jamais perdre l’équilibre, ni franchir la frontière. La symbolique est claire et directe. En opposition, d’un bout à l’autre de cette marelle, une mère dont le fils a été assassiné, est face à son bourreau. La mère est propriétaire d’une bananeraie et l’homme un agriculteur. La femme entame alors un dialogue pour comprendre comment l’homme a pu commettre un tel crime. Il lui parle de Juvénal le président dictateur du Rwanda. Elle lui parle d’humanité ; de la foi en un dieu commun Imana. Elle lui propose de l’adopter pour qu’il devienne son « fils d’humanité ». Car, « seul, l’impardonnable est pardonnable et la pluie tombe sur tous les hommes », dit-elle. 

Cette pièce, créée à partir de recherches documentaires et d’interviews sur le thème des droits de l’Homme et de la mémoire, est une tragédie moderne qui nous enseigne la tolérance dans l’intelligence et l’amour d’autrui.

Carole Karemera ne dit pas autre chose :

« En nous, réside la volonté de croire que le partage de ces morceaux de vies, réels témoignages d’amour pour l’humanité, entre nous, Rwandais, et avec le reste du monde, pourrait participer à la renaissance de ces liens, partiellement brisés, liens indéfectibles nécessaires à la sauvegarde de la part d’humanité qui est en chacun de nous. »

Avec une mise en scène sobre, dans l’intimité d’une écoute chorale, Denis Mpunga réussi : « de rapprocher l’ombre et son reflet, les faire se rencontrer, les faire prendre conscience que l’un comme l’autre a besoin de lumière pour exister… ». Carole Karemera, à l’exceptionnelle présence, porte cette histoire de manière magistrale.  Michaël Sengazi trouve le ton juste entre la fierté et la honte de son personnage, et Hervé Twahirwa accompagne, sans jamais l’illustrer, notre imagination, par les sons et les chants de ce déchirant récit.

 

We call it love texte Felwine Sarr

mise en scène Denis Mpunga
avec Carole Karemera, Michaël Sengazi, Hervé Twahirwa
composition musicale Hervé Twahirwa
dramaturgie Carole Karemera
création et régie lumière Roman Kanobana

13 18 mars
du lundi au vendredi 20h30
samedi 19h30
durée 50min
à partir de 15 ans

Maison des métallos

94, rue Jean-Pierre Timbaud

Paris 75011

M° Couronnes ou Parmentier

http://www.maisondesmetallos.paris

 

 

 

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