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Billet de blog 18 janv. 2019

Angélica Liddell digne héritière d’Artaud

Dans l’adaptation « rebrodée » du roman de Nathaniel Hawthorne « The Scarlet Letter (1850) », Angélica Liddell presse la morale comme un agrume empesté. Cette lettre écarlate c’est l’histoire d’Hester qui, pour avoir trompé son mari avec le pasteur Arthur, est marquée au fer rouge de la lettre A qui symbolise l'adultère.

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©Simon Gosselin

Angélica Liddell digne héritière d’Artaud

Au théâtre de la Colline, Angelica Liddell revient là où personne ne l’attendait, avec un surprenant pamphlet en direction des femmes qui détestent les hommes. Dans les strates des rideaux de sang elle est amoureuse d’Artaud, mais surtout elle est sa digne héritière. Son théâtre lui rend hommage, lui fait des signes à travers le feu. Elle est la flamme qui purifie la lettre A, broderie d’amour pour les hommes. A, c’est aussi Angélica, bergère guidant un troupeau d’hommes, Atlas intemporels, dans une nudité naturiste et non exhibitionnisme. Elle revendique l’art comme bouclier sexiste. Gare au puritain qui dénoncerait l’adultère. Il ferait long feu dans son propre sang, où nagent des poissons subversifs. 

Sur la scène au jardin, git la tête de Socrate créateur de la philosophie morale, comme pour nous signifier, avec la représentation d’une stèle à la cour, qu’elle est bien morte et enterrée. Un homme traverse le plateau et se couche sur la tête du philosophe. Le temps est long pour laisser place à la toux du public qui nous rend le réel de ce qui sera baroque, dans le cri et l’orgasme de la fiction. 

Angélica entre, en robe noire, au jardin d’Éden, où fuit le couple premier disparaissant dans les fumerolles d’un soleil sans lumière. Son dos a les stigmates de la violence engendrée par l’hypocrisie du puritanisme. L’homme vieillit mieux que la femme qui en devient frustrée. Son sexe à pile se vide de sa substance et dans sa vieille chair privée de son désir insatisfait, la femme devient méchante, dit-elle. Alors, pour frustrer davantage « la méchante », Angélica, maîtresse de cérémonie dans une prière spermophage, accompagnée de la musique de Lully, s’agrippe aux bittes des mâles et ouvre sa bouche pour boire leur semence. 

Angélica Liddell met dans le présent du XXIe siècle ses marques pages d’écriture, dans le roman de l’écrivain américain Nathaniel Hawthorne (1804-1864). Les tourments de son esprit et les reflets du monde où Hester se mire dans la culpabilité brodée d’un A. Celui de l’art d’exposer en trophée ce que le puritain croit honteux : « l’art sera toujours transgression car il inverse les règles sociales et fait de l’immoralité une éthique ».

Dans une demande d’humiliation, Angélica se dit criminelle, chante le danger, pour convoquer la beauté. Elle nous dit : « sans maladie, il n’y a pas de création ». N’a-t-on pas vu la Madone et l'enfant descendre des cintres en bonne santé, puis, dans une autre version, n’a-t-on pas vu l’enfant malade de la peste ? Car comme il est dit : « Les roses nous serviront à soulager la sombre conclusion de cette histoire de faiblesse et de douleurs humaines.». 

Maintenant l’ange est parmi nous. C’est l’A de l’amour. Éros nous transperce de ses flèches imparables. Nous sommes devenus fous amoureux d’Angélina. Nous lui crions « Angélica te amamos !, Y te admiramos ! »

The Scarlet Letter, librement inspiré de l’œuvre de Nathaniel Hawthorne

Mise en scène Angélica Liddell

Assisté Borja Lopez

Avec Joele Anastasi, Tiago Costa, Julian Isenia, Angélica Liddell, Borja López, Tiago Mansilha, Daniel Matos, Eduardo Molina,  Nuno Nolasco, Antonio Pauletta, Antonio L. Pedraza, Sindo Puche

Jusqu’au 26 janvier 2019

Du mercredi au samedi à 20h30, le mardi à 19h30, le dimanche à 15h30

Spectacle en espagnol, italien et portugais surtitré en français

Durée 1h40

Le spectacle présente des scènes de nudité, des gestes posés sur le plateau peuvent être sources de gênes pour certains spectateurs.

Théâtre La Colline
15 rue Malte-Brun

75020 Paris

Réservation au 01 44 62 52 52

www. colline.fr

En tournée du 1er et 2 février 2019 au Teatro Nacional D. Maria II à Lisbonne et du 14 au 16 février 2019 au Teatros del Canal de Madrid

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