«Une bouteille à la mer», d’après le roman de Valérie Zenatti

Camille Hazard a traité et mené à bien « Une bouteille à la mer », dans une résonance positive, et avec excellence. Sa mise en scène est un regard, à l’horizon a-moral, où le point de fuite du sens évite le manichéisme et le parti pris, par un objectif d’authenticité dans le jeu et les situations proposées.

DR Une bouteille à la mer DR Une bouteille à la mer
Le prologue est une explosion qui s’affirme comme un attentat. Car c’est forcément un attentat. L’esprit se met en marche vers l’oubli de soi. Il y la peur d’être un corps sanglant, à côté des restes de celui qui s’est fait exploser. 

La pensée voudrait « mettre le silence à fond », mais ne sait comment faire. Reste l’envie de savoir qu’elle est cette pensée, de quoi  est-elle faite ? Avec cette question qui obsède : pourquoi une mort serait différente d’une autre, à Jérusalem un 9 septembre 2003?

Elle s’appelle Tal Levine. Elle est née le 1er juillet 1986 à Tel Aviv, mais vit ici, à Jérusalem. Ses parents, dans une norme pessimiste admise, se sont habitués aux attentats. Elle pas. Elle avait sept ans en 1993. C’est la première fois, qu’elle a vu son père et sa mère pleurer. Elle était très gênée. Des parents ça ne pleurent pas de façon ridicule, parce que deux hommes se sont serré la main. Dix ans après, elle imagine une adolescente virtuelle de son âge, lui écrit ; et jette une bouteille à la mer. Lui s’appelle Naïm. Dans un premier temps, il n’a pas répondu aux mails de Tal. Mais n’arrête pas de penser à cette fille d’une sincérité à couper le souffle, qui vaut plus que ses moqueries. Il a trouvé la bouteille aux bords de la mer. Une mer qu’il envie. Car les poissons n’ont pas besoin de laissez-passer pour changer d’eaux. Une mer qui lui fait oublier la bande de Gaza, où il est parqué.  Gaza qui déplore tout ce qu’il n’y a pas. Gaza où vivent un million et demi de Palestiniens qui rêvent d’une Palestine.

Sur cette terre de conflits, Naïm et Tal sont fatigués d’entendre les sirènes des ambulances. Fatigués et épuisés de la haine terrible qui divise les hommes

Après l’explosion du café Hillel, Naïm s’est inquiété pour Tal, comme Tal pour Naïm dans l’incertitude du temps qui passe. Naïm veut qu’elle soit en vie, entière, et revienne derrière son écran. Il sait qu’il risque sa peau. Qu’il met en danger sa famille, si l’on découvre qu’il correspond avec une Israélienne sans l’insulter, sans la menacer. Le cybercafé c’est trop dangereux. Alors Tal et Naïm doivent trouver une autre solution. Prendre un rendez-vous. Tenir une promesse. Répéter le miracle de la bouteille. Loin de la préhistoire guerrière. 

Tal et Naïm ont jeté et jetteront d’autres bouteilles d'humanité à la mer du web. Nouveau monde d’espoir.  Pour signifier à l’homme que le mot paix, sous un ciel de progrès, ne devra plus jamais être une nausée pour les gens de Palestine et d’Israël, mais un mot de concorde entre les citoyens du monde.

Camille Hazard connaît la difficulté de parler de sujets brûlants. Son implication est forte. Une bouteille à la mer est le prolongement de sa première mise en scène qui reposait sur deux textes inédits de l’auteure Moldave Nicoleta Esinencu ; Mères sans chatte, A (II) RH+. Deux monologues qui s’attaquent au carcan familial, aux sentiments nationalistes et à toutes formes de racisme dans une société chaotique qui se remet doucement de l’ère communiste et rêve d’une Europe libre et démocratique. 

Tous ces sentiments d’intolérances lui font dire : « Ma détermination à défendre ce projet (Une bouteille à la mer) naît de la nécessité d’engager un dialogue chez nous, en France. Que ce roman ait été écrit par une femme, renforce pleinement le sens de liberté d’expression, si cher à son auteure. Et s’il semble malaisé de traiter aujourd’hui certains sujets politiques ou religieux, je pense qu’il ne faut jamais baisser les bras et tenter de le faire avec intelligence, respect et dans l’unique but d’un « bien vivre ensemble ».

Camille Hazard a traité et mené à bien ce projet,  dans une résonance positive, et avec excellence. Sa mise en scène est un regard, à l’horizon a-moral, où le point de fuite du sens évite le manichéisme et le parti pris, par un objectif d’authenticité dans le jeu et les situations proposées. Ce regard interprété par deux jeunes comédiens Eva Freitas & Aurélien Vacher est remarquable de justesse. La charge émotionnelle  de cette création est forte par la complexité d’une histoire qui s’énonce clairement et intelligemment. C’est dans cet énoncé que réside le talent de cette artiste en quête d’humanisme et de progrès.

Née dans une famille juive, Valérie Zenatti a émigré en Israël à l’âge de 13 ans. Avec sa famille, elle a vécu à Beer-Sheva, ville du sud d'Israël. De 1988 à 1990, elle effectue son service militaire comme toutes les jeunes Israéliennes de son âge. Elle revient en France pour y suivre des études d’histoire et d’hébreu. Elle est d’abord journaliste, puis passe le Capes pour devenir professeur d’hébreu, son premier poste est à Lille. Depuis 1999, Valérie Zenatti écrit des romans pour la jeunesse et traduit en français l’œuvre de l’écrivain israélien Aaron Appelfed. Son livre Une bouteille dans la mer de Gaza, paru en 2005, a été adapté par elle-même et le réalisateur Thierry Binisti pour le cinéma sous le titre Une bouteille à la mer, sorti en 2012 en France. En 2014 elle publie Jacob, Jacob qui est sélectionné pour plusieurs prix littéraires et qui sera récompensé en 2015 par le prix du Livre Inter. 

Source : www.bibliomonde.com

 

Une bouteille à la mer

D’après le roman de Valérie Zenatti

Adaptation et mise en scène Camille Hazard

Avec Eva Freitas & Aurélien Vacher

La pièce a été créée le 11 avril 2017 au 100ecs

La Cie de briques et de craie sera en tournée partout en France

Cie de briques et de craie

http://compagnietheatrebc.wix.com/compagniebc

 

Parler en Paix

www.parlerenpaix.org       

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.