Waynak, de Catherine Verlaguet & Annabelle Sergent, une humanité sur un fil d’espoir

Waynak, pièce de Catherine Verlaguet et Annabelle Sergent, est inspirée de paroles d’enfants d’ici et de là-bas, pour porter haut la voix sur notre planète, en mutation perpétuelle.

waynak
La guerre a une voix d’enfant. Cette voix se prolonge sur une scène de théâtre, qui est la mémoire de Lili, qui joue avec le fantôme qu’elle a convoqué et qui lui échappe. Au bord de la mer où elle rencontre Naji : «  je jure sur la faim, la soif, la douleur de mes jambes, sur la peur, sur mes nuits sans sommeil, je jure sur mes rêves que tu piétines, mon avenir que tu enfermes, je jure un jour de prendre ma place (…) ».

Lili est une collégienne, avec sa cour, ses copines. Elle se demande ce qu’elle aurait fait, seule dans un pays étranger. Naji est parti aux aurores, sans faire grincer la porte. Lili n’a plus pensé à lui. Aujourd’hui, au collège, elle voit Naji dans la même cour. C’est une rencontre improbable. Elle fait comme si elle ne le reconnaissait pas. Ce sont deux adolescents que tout sépare. Lili est une jeune fille née en France. Naji vient du pays du jasmin : «  là-bas tout le monde a une bonne raison de faire la guerre à son voisin ». Ce jeune garçon est né dans un pays en guerre : « son pays était vert. Il est devenu gris. Gris poussière ». 

Avec un ticket de bus solidaire, ils vont dans leur histoire, voyager, sur un chemin de guerre, d’exil. À travers l’absurdité des conflits qui secouent le monde, et vont se reconnaître, l’un l’autre, par les hasards de la vie. Quand Lili écoute Naji lui parler de marche, de bateau, et de mer, elle pense promenade, croisière et maillot de bain : « l’histoire de Naji, mon ami Naji, mon frère, c’est l’histoire de milliers d’autres sur lesquels on éteint la télé. Depuis quand est-ce que les gens ne veulent plus écouter d’histoires ? ».

Un homme politique disait naguère que l’on ne pouvait pas accueillir toute la misère du monde. Catherine Verlaguet et Annabelle Sergent nous donnent une réponse humanitaire à ce qui est possible. Nous devons partager notre tranquillité pour comprendre l’exil. Dans le portable de Pandore, il faut choisir la petite chance de survie. Car y a toujours l’espoir au fond de la boîte.

Ce texte, qui convoque jeune et adulte, est vivement conseillé à l’heure où l’Europe doit parler, d’une voix sans équivoque, sur les mouvements humains de notre planète. Cette écriture est sur le fil où nos deux héros, en funambules de la vie, tiennent l’équilibre, entre ce qui les oppose et ce qui les rassemble, jusqu’à la compréhension des doutes, des révoltes, des drames et injustices d’un monde, où il faudrait devenir l’autre afin de tenir sa place de manière humaine.

 

Waynak de Catherine Verlaguet & Annabelle Sergent

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