«L’homme assis dans le couloir» de Duras, un hiatus dans l’écriture durassienne

« L’homme assis dans le couloir » de Marguerite Duras est, selon sa définition, la mise en scène d’une obsession. C’est aussi représenter l’interdit par la littérature. L’histoire d’une femme, d’un homme, à travers les pulsions sexuelles.

©Xavier Deleu ©Xavier Deleu
Une machine à écrire se fait entendre. Le public entre. Il est en attente de contact. Un personnage entre à son tour. C’est une femme, une écrivaine. Elle fume et se récite intérieurement le texte qu’elle vient d’écrire. Puis se met en place pour nous parler. Mais sans lien direct. Alors à quoi bon ce prologue silencieux ? Pourquoi ne pas avoir lié la réflexion à l’action ? Si Gabriel Garran aime « les œuvres qui deviennent métaphores » mettre une image sur une autre, avant qu’elle ne se laisse voir, fait hiatus dans la précision de l’écriture durassienne. Les pistes ne manquent guère, nous dit le metteur en scène, mais celle de ce début est déjà bien mal bornée. Pour le coup la comédienne se retrouve en porte à faux. Elle semble suivre des déplacements de mise en scène plutôt que de vivre librement le présent du récit.

Mais de quoi s’agit-il ? Marguerite Duras donne une réponse claire : «  Ce qui m’intéresse c’est la mise en scène d’une obsession ». Car, pour l’écrivaine, l’expression de la littérature est de représenter l’interdit.

En deux cours extraits, nous avons la conscience des deux sujets : l’homme et la femme. Et la représentation de l’interdit en construction entre un homme assis dans l’ombre d’un couloir, et une femme allongée au soleil à quelques pas de lui : « L’homme aurait été assis dans l'ombre du couloir face à la porte ouverte sur le dehors. Il regarde une femme qui est couchée à quelques mètres de lui sur un chemin de pierres. Autour d'eux il y a un jardin qui tombe dans une déclivité brutale sur une plaine, de larges vallonnements sans arbres, des champs qui bordent un fleuve (…) Elle n'aurait rien dit, elle n'aurait rien regardé. Face à l'homme assis dans le couloir sombre, sous ses paupières elle est enfermée. Au travers elle voit transparaître la lumière brouillée du ciel. Elle sait qu'il la regarde, qu'il voit tout. Elle le sait les yeux fermés comme je le sais moi, moi qui regarde. Il s'agit d'une certitude ».

Hélas ! Marie-Cécile Gueguen fait ce qu’elle peut dans le couloir d’une mise en scène trop voyante, ombrée et volontaire, qui l’entrave dans son personnage et qui empêche le public d’être un témoin actif et concentré.

Ce qui fait la force de Duras c’est le point final imaginaire de la représentation ; en collaboration avec le public (ou bien le lecteur) au-delà de l’ambiguïté du récit. Voilà de quoi nous parlons en matière de lien dans l’espace théâtral. Nous aurions aimé voir, par la force d’un jeu sincère, sans illustrations, ni voix off : « ses paysages d’enfance, de son ciel natal, des moussons du Vietnam et de l’éblouissement solaire », promis par Gabriel Garran.

L’homme assis dans le couloir de Marguerite Duras

mise en scène Gabriel Garran

avec Marie-Cécile Gueguen

jusqu’au 6 juil 2019

Les mardi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi à 21h30

Durée : 1h05

 

Les Déchargeurs

salle vicky messica

3, rue des Déchargeurs

RDC Fond Cour

75001 Paris

http://www.lesdechargeurs.fr

 

 

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