« Angels in America » de Tony Kushner, dans une mise en scène d’Arnaud Desplechin

Tony Kushner  a reçu le Prix Pulitzer de l'Œuvre théâtrale en 1993 pour Le millénaire approche : «  C’est l’apanage des grandes œuvres d’être disantes, toujours, de notre présent et de ne pas tarir sous le cumul des ans », nous dit Éric Ruf dans son édito. Cette œuvre, en deux parties, qui fait son entrée au répertoire de la Comédie-Française, a pour titre Angels in America.

© Christophe Raynaud de Lage, coll. Comédie-Française © Christophe Raynaud de Lage, coll. Comédie-Française

Angels in America 
fait en ce 20 janvier 2020 son entrée au répertoire de la Comédie-Française. Selon les besoins d’alternance de la maison de Molière, les spectacles doivent durer moins de trois heures. Pour sa deuxième mise en scène à la Comédie-Française, Arnaud Desplechin a donc adapté, à cette condition sine qua non, la pièce fleuve de Tony Kushner.

L’action se passe à New York, en 1985, sous les années Reagan. C’est le triomphe du libéralisme républicain. La pandémie du sida se répand et décime les homosexuels.

La première partie de la pièce s’ouvre avec Le Millenium approche. Le Rabbi Isidor Chemelwitz rend un dernier hommage à Sarah Ironson, une femme de bien.
Dans son bureau Roy Cohn, avocat sans scrupules, grand défenseur du maccarthysme, homophobe et raciste, incite son jeune collaborateur, Joe Pitt, à travailler à Washington pour donner des suites favorables à sa jeune carrière. Harper la femme de Joe Pitt est seule chez elle. Elle écoute la radio et parle avec M. Trip qui n’est même pas réel. Dans les toilettes pour hommes de l’administration de la cour d’appel fédérale, Louis Ironson, amant de Prior Walter, sanglote rongé par la culpabilité d’avoir abandonné son ami malade. Il fait la connaissance de Joe Pitt qui à l’air d’un… Dans un rêve éveillé, Prior est en proie à une hallucination due à ses comprimés. Il parle avec Harper et lui révèle l’homosexualité de Joe. Roy Cohn apprend, lors d’une visite chez le médecin, qu’il est malade du sida, mais il s’enferme dans le déni et prétend être atteint d’un cancer du foie. 

Perestroïka, la seconde partie pose deux questions : « resterons-nous prisonniers du passé ? et aurons-nous la capacité de changer ? ». Ces interrogations révèlent les secrets du sous-titre de la pièce, « fantaisie gay sur des thèmes nationaux », et lui donne tout son sens.  Les thèmes nationaux américains sont dans les visions des personnages de Kushner : le juif, l’homosexuel, le Mormon, le racisme, le fantôme, et les anges. Mais aussi d'un point de vue politique, seul domaine où des miracles sont possibles : l’ozone, la fin de la guerre froide et la Pérestroïka. 

Tony Kushner qui se définit lui-même comme juif, homosexuel et marxiste, dit ceci en parlant de sa pièce :  «  Je pensais qu’elle était très gay, et qu’elle aurait surtout du succès dans ce milieu. Quand elle a été créée, on n’était plus dans la période des débuts du sida. Un autre regard était porté sur la maladie. Les gens ont pu enfin commencer à faire leur deuil. Ma pièce est arrivée au bon moment. Au théâtre, le succès est une question de timing (Le Monde le 17/01/2020 ) ».

Le timing est aussi le fait d’Arnaud Desplechin avec sa direction d’acteur qui, de manière talentueuse, se prolonge chez ses interprètes. Florence Viala en ange de l’Amérique, fait jaillir de ses ailes une interprétation lumineuse.  Michel Vuillermoz nous fascine dans un vertige diabolique et truculent. Jérémy Lopez donne à son personnage une existence douloureuse et coupable à la Dostoïevsky. Clément Hervieu-Léger est remarquablement humain et juste. Christophe Montenez nous touche par l’ambivalence de son jeu subtil. Dominique Blanc, merveilleuse actrice, est au sommet de son art, qu’elle soit homme, femme ou ange, elle incarne l’exception. Gaël Kamilindi par son jeu rend explicite la violence raciste dénoncée dans la pièce. En moins de trois heures, Angels in America de Tony Kushner, dans l’excellente mise en scène d’Arnaud Desplechin, a enthousiasmé le public qui, avec ferveur, a longuement applaudi la troupe de la Comédie-Française.

Angels in America de Tony Kushner

Mise en scène d’Arnaud Desplechin

Texte français : Pierre Laville

Scénographie : Rudy Sabounghi

Costumes : Caroline de Vivaise

Lumière : Bertrand Couderc

Son : Sébastien Trouvé

Collaboration artistique : Stéphanie Cléau

Avec Florence Viala, Michel Vuillermoz, Jérémy Lopez, Clément Hervieu-Léger, Jennifer Decker, Christophe Montenez, Dominique Blanc, Gaël Kamilindi

 

Durée : 2h50 ( avec entracte)

Comédie-Française

Salle Richelieu en alternance

1 Place Colette, 75001 Paris

https://www.comedie-francaise.fr/#

Du 18 janvier 2020 au 27 mars 2020

 

 

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