«  Ça ira (1) Fin de Louis » de Joël Pommerat, la Révolution française recommencée

La reprise de « Ça ira (1) Fin de Louis » de Joël Pommerat, au Théâtre de la Porte Saint-Martin, nous met au cœur de la politique, et nous fait, au présent, un récit épique de la Révolution française, et son histoire recommencée.

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Joël Pommerat, écrivain de spectacle (c’est lui qui se qualifie ainsi) met en scène une essence humaine qui vient des répétitions d’une écriture de plateau. Cherchant, à travers les différentes versions et improvisations, une réalité dont lui et sa troupe nʼont pas été témoins.

Ça ira (1) Fin de Louis, est un travail documenté par des archives : « mes lectures m’ont conduit assez vite à la Révolution française, qui est comme le point zéro de la démocratie, un moment d’émergence pour les idéologies et représentations politiques contemporaines. Cette période, ce sont nos racines, nos mythes, nos grands héros. Je voulais donner à voir ce travail politique, ce bousculement de la réalité, avec toutes les émotions qu’il contient, non seulement le travail de la pensée mais aussi la peur, l’épuisement, l’effort incroyable et le tragique ».

La scène est un monstre tricéphale où l’Église, la noblesse et le tiers état vont débattre dans le tumulte de la Révolution française. Le quatrième mur est en ruine, tombé dans la vie du présent théâtral de Joël Pommerat. Nous sommes inclus dans le récit avec les députés. Sujet tout en furie, 1789, est un chiffre qui crée la terreur, pour le vivre-ensemble, dans une démocratie sans privilèges. Le passé se recompose ici et maintenant, dans l’objet politique. Nous participons aux débats des séances, où les cris, les coups, et insultes baignent dans le chaos de la Révolution française ; avec un peuple et des individus dépassées par l’événement tragique. Louis contre les révolutionnaires, les inégalités sociales, la violence et l’ivresse mortifère. À Versailles, où règne le chahut, s’éructent les États généraux qui se muent en Assemblée nationale. La noblesse s’allie avec l’église, mais il faut trois assemblées pour créer une majorité. L’histoire de Ça ira (1) Fin de Louis est foisonnante et passionnante. Foisonnante de vociférations et passionnante par les divisions et les contradictions de femmes et d’hommes qui sont morts pour leurs idées. Pour reconstituer sa Révolution française, Joël Pommerat a convié tous les maux de l’humanité sur un espace théâtral de pandore ; où la guerre, la famine, la misère, la mort, la passion, l’orgueil et l’espérance sont toujours recommencés.

Via l’action passionnée et talentueuse des comédien.ne.s. Ça ira (1) Fin de Louis, raconte le pouvoir, l’insurrection, la contre-révolution, de 1787 à 1791. La fiction de 2019, dépassant l’avenir d’un jadis appris par cœur dans les livres d’Histoire, se rive dans le présent d’un siècle ancien et joue dans le réel qui s’incarne au théâtre :  « Il ne s’agit pas d’une pièce politique mais d’une pièce dont le sujet est la politique (…) sur une matière épique, avec de l’amplitude, pour continuer à aborder ce thème qui m’intéresse : le point de rencontre entre la pensée, l’imagination et l’action. Qu’est ce que l’idéologie ? Comment opère-t-elle dans le réel ? (…) Je cherche à rendre présent le passé non pour le juger avec notre regard d’aujourd’hui, mais pour essayer peut être de mieux le comprendre », nous précise Joël Pommerat.

Pommerat écrivain de plateau, est aujourd’hui un dramaturge à part entière. Comme tous ceux dont la reconnaissance fut tardive, il a appris la patience avec sa compagnie Louis Brouillard. Cela a payé, il a reçu de nombreux prix dont celui du Théâtre de l’académie française en 2015 pour l’ensemble de son œuvre, et en 2016 le Molière du théâtre public qui a récompensé Ça ira (1) Fin de Louis.

Inutile de vous dire que c’est une révolution théâtrale exceptionnelle dont nous avons été le témoin. Et que ça ira, ça ira, ça ira le théâtre, avec Joël Pommerat !

CA IRA (1) FIN DE LOUIS de Joël Pommerat

Distribution : Saadia BENTAÏEB, Agnès BERTHON, Yannick CHOIRAT, Éric FELDMAN, Philippe FRÉCON, Yvain JUILLARD, Anthony MOREAU, Ruth OLAIZOLA, Gérard POTIER, Anne ROTGER, David SIGHICELLI, Maxime TSHIBANGU, Simon VERJANS, Bogdan ZAMFIR

Théâtre de la Porte Saint-Martin

18 Boulevard Saint-Martin 75010 Paris

Métro Strasbourg-St-Denis

01 42 08 00 32

Jusqu'au 28 juillet, du jeudi au samedi à 19h00. Dimanche à 17h00. 

4 h 45 avec deux entractes.

https://www.portestmartin.com

 

 

 

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