Pourama pourama de Gurshad Shaheman, un conte touché, goûté et échangé

Gurshad Shaheman a écrit trois contes. Le premier traite de son enfance pendant la guerre Iran-Irak. Le second de son adolescence avec sa mère. Le dernier de l'adulte en exil, en quête de reconnaissance. Le tout forme Pourama pourama.

Trois Gurshad...

Trois Gurshad, trois corps, trois expériences de vie. C’est ce qui fait lien avec l’intériorité de ce « personnage-auteur » qui croyait entendre  Pourama pourama à la place de « pour un mois pour un an » chanté par Patricia Kaas.

Le premier corps est celui de la honte. Dans l'intimité avec son père obligé de laver Gurshad, qui doit garder son slip : « il m'explique qu'il ne faut jamais montrer sa nudité. Pas même à son père.»

Le second corps, dort dans un lit à baldaquin en tulle rose, que ses tantes dorlotent comme une poupée articulée, au centre d'un gynécée de contes azéris où : « les princes s'incarnent en goélands pour traverser les océans et, arrivés à terre, abandonnent leur plumage pour se glisser dans la peau de chevaux ».

Et pour finir, l'exil d'un corps qui se prostitue : « (…) Mon corps d'adulte qui a su trouver à travers les mains des hommes qui se sont posées sur lui disparaît. De nouveau, je suis enfermé dans mon corps d'enfant. Mon corps de la honte. Mon corps qu'on ne peut pas toucher. Mon corps qu'il faut cacher. Mon corps qu'il faut faire taire ».

Ces trois récits se lient et font apparaître l’autofiction de la vie du personnage Gurshad traversant les chants rassurants de Samantha Fox, idole de ses tantes, et les violences d'un père, ingénieur du génie civil, qui le frustre d'une nudité soi-disant obscène, jusqu'à ce que le fils et la mère usurpent la place d'un tiers. Celle d'un homme. D'un amant : « tu sais, même si je rencontre un homme, il ne me sera jamais aussi proche que toi.-Mais maman, comment tu peux dire ça ? Comment tu peux comparer l'intimité d'un couple avec une relation mère-fils ?- Non, mais Gurshad, tu vois ce que je veux dire. Nous deux, on se connaît tellement bien, on n'a même pas besoin de parler. Un regard suffit pour qu'on se comprenne ».

L’écriture de Gurshad Shaheman se fait belle, pour être touchée, goûtée et échangée. C’est presque politique, tant la transgression littéraire, n’était possible que loin de son pays natal, l'Iran. Ce livre s’est incarné à la scène, mais peut se lire comme une nouvelle, un journal ou encore une autofiction.

Gurshad Shaheman, auteur performeur, est artiste associé au CDN de Normandie-Rouen depuis septembre 2017. En tant qu’acteur, assistant à la mise en scène ou encore traducteur du persan, il a collaboré entre autres avec Thierry Bédard, Reza Baraheni, Thomas Gonzalez ou Gilberte Tsaï. Il est également un membre actif des cabarets Bas Nylons dirigés par Jean Biche à Bruxelles et organise par ailleurs ses propres soirées sous le label Cabaret Dégenré. Lauréat 2017 de la Villa Médicis Hors les Murs de l’Institut français, il est aussi artiste accompagné par le Phénix, scène nationale de Valenciennes, dans le cadre du Campus Pôle européen de la création. On peut également le découvrir interprétant le rôle d’Hermione dans Andromaque de Racine, mis en scène par Damien Chardonnet-Darmaillacq.

Gurshad Shaheman est au Festival d’Avignon (In) 2018Il pourra toujours dire que c’est pour l’amour du prophète.

https://www.solitairesintempestifs.com/livres/660-pourama-pourama-9782846815529.html

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