«  Antioche », Sarah Berthiaume met, sur le théâtre, Antigone morte il y a 2500 ans

Jade croit que si elle fuit l’Occident sa vie va changer. Alors elle fait des listes ; et, par des rencontres sur internet, cherche le sens de sa révolte. Inès, sa mère a fait le chemin inverse et pour être libre, a fui le Moyen-Orient. Vingt ans ont passé dans ces allers-retours qu’ont pratiqués la fille et la mère.

 © © Yanick Macdonald © © Yanick Macdonald
Jade croit que si elle fuit l’Occident sa vie va changer. Alors elle fait des listes ; et, par des rencontres sur internet, cherche le sens de sa révolte. Inès, sa mère a fait le chemin inverse et pour être libre, a fui le Moyen-Orient. Vingt ans ont passé dans ces allers-retours qu’ont pratiqués la fille et la mère.  Cette dernière «  zombie » du petit écran, visionne aujourd’hui, avec un verre de vin à la main, les émissions de l’animateur Ricardo. Il y a 2500 ans dans une tragédie de Sophocle mourrait Antigone. Sarah Berthiaume, dans sa pièce Anthioche, en fait la meilleure amie de Jade. Cette tragédie (dans la version de Jean Anouilh), pourra-t-elle à nouveau être jouée par la troupe du théâtre de l’école ? C’est en tout cas ce que voudrait l’Antigone actuelle.

Les règles de l’évolution sont à la merci de la puissance de la pomme entamée d’Apple, en orbite autour de la terre,   quand la fibre des réseaux sociaux fait et défait, à la vitesse de la lumière, l’actualité « fake news ». L’art contemporain, via le théâtre antique, se donne en fiction et cherche la vraisemblance, à travers un chat entre Antigone morte, il y a 2 500 ans, et Jean Anouilh mort en 1987. Antigone ne peut jouer sa tragédie autrement que dans le présent, car ni le passé ni l’avenir n’existent pour l’incarnation théâtrale : « On pense que le monde évolue, mais c’est aussi pire qu’il y a 2500 ans. T’es mieux de marcher les fesses serrées pis de te conformer aux règles de la Cité sinon, bang, on t’emmure. C’est pas juste. ». 

Alors arrivent les questions à propos de la pièce Antioche. Est-ce que la radicalisation d’un terroriste kamikaze peut être comparée avec la révolte d’Antigone ? Et faire ce rapprochement, par ce biais, n’assombrit-il pas l’intrigue ?  Par pis pas mieux, aurait dit Samuel Beckett. Il y a eu de nombreuses tentatives d’utilisation d’Antigone comme alibi contemporain, elles n’ont pas toujours été heureuses. Si Antioche et Thèbe sont deux carrefours où l’Histoire a circulé, ont-elles pour autant la même destination ?

La mise en scène de Martin Faucher est tenue et discrète. La scènographie divise la scène en deux prosceniums qui figure les appartements de Jade et d’Inès. C’est l’image, des deux solitudes emmurées vivantes, que voulait montrer Sarah Berthiaume, et c’est réussi. Mais si Antioche tient sa forme, nous sommes plus sceptiques sur son fond. Sarah Berthiaume, dans la polyphonie du matériau textuel, laisse échapper un hiatus dans le récit. Cela vient parfois par la discontinuité du sens entre l’antique et le contemporain. Il y a l’interruption de l’objectif et des circonstances proposées, par le fait que le rôle d’Antigone n’est pas assez assorti à la matière propre de l’histoire. Pour être plus explicite, nous dirions que Sarah Berthiaume  n’a pas osez métisser son écriture avec la pièce de Sophocle. Afin de tenir le phrasé contemporain d’Antigone, n’était-il pas possible que Sarah Berthiaume réécrive les répliques d’une Antigone du XXIe siècle  plutôt que de rejouer le texte d’Anouilh ?  Pour le coup, nous avons été tenu à distance entre deux écritures antinomiques, et notre activité de spectateur a peiné à s’accaparer pleinement de la pièce. Cela nous a isolés d’une relation cathartique qui nous était pourtant promise ; et la purification n’a donc pu se réaliser. Rien à dire sur la direction d’actrices. Les trois comédiennes servent leur rôle avec talent et personnalité. Cette argumentation n’agit ici que positivement, car nous pensons que ce travail est encore en mutation. Et notre sincère analyse, ne doit pas dissuader les futurs spectateurs d’un spectacle intergénérationnel qui se jouera du 5 au 26 juillet à Avignon.

Antioche de Sarah Berthiaume

mise en scène Martin Faucher

scénographie Max-Otto Fauteux
distribution Sharon Ibgui, Sarah Laurendeau, Mounia Zahzam
éclairages Alexandre Pilon-Guay
musique originale Michel F. Côté
costumes Denis Lavoie
maquillage et coiffure Angelo Barsetti
vidéo Pierre Laniel
assistance à la mise en scène Emanuelle Kirouac-Sanche
direction technique Karl-Émile Durand et Francis Vaillancourt-Martin direction artistique Mario Borges, Joachim Tanguay

DU MARDI 21 AU SAMEDI 25 MAI 2019 

THÉÂTRE PARIS-VILLETTE

211 avenue Jean Jaurès, 75019 PARIS
métro ligne 5 : Porte de Pantin / tramway 3B : Porte de Pantin

infos/résa 01 40 03 72 23

resa@theatre-paris-villette.fr 

en ligne sur www.theatre-paris-villette.fr

 

Au Festival d’Avignon au 11. Gilgamesh-Belleville à 16H10 du 5 au 26 juillet 2019 

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