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C’est gore dès le début. Filmé en direct de la scène et projeté sur un écran, en gros plan, nous voyons la dissection commentée d’un œil qui pourrait être celui d’un spectateur d’une salle obscure.
Le regard vient de la matière grise du voyeur : « l’œil ne sert à rien, on regarde avec la tête ».
Que voyons-nous ? Nous pourrions dire à la manière d’un chien andalou, un surréalisme sonore et métallique. Une architecture, où le théâtre est une action en construction. Un manga métaphysique bruyant, étourdissant et chaotique. Dans une polyphonie de mots et de cris. Il y a le chœur qui se partage la narration et le coryphée qui vit le récit. Ce qui sonne vrai ne l’est pas et vice-versa. Cela pourrait être du théâtre Grec, mais c’est du Japonais.
Alors le voyeur que nous sommes échafaude, avec les acteurs, les perspectives de sa pensée. Nos yeux sèment l’imaginaire des strates d’une histoire d’un jeune homme dont la petite sœur se fait violer par les joueurs du club de football dont il est membre. Le tout en 24 images seconde, et en trois dimensions, sur l’écran d’un quatrième mur de chair. C’est un théâtre qui fait son cinéma sur la pellicule des trois coups. Il fait du métal strident, sur la peau de la caisse claire, avec des roulements rock, et fait danser sur le dancefloor une famille désœuvrée, livrée à une société japonaise que Takahiro Fujita trouve plus violence qu’au temps de Shûji Terayama.
Nous voilà déjà à la fin. C’est le moment de recouvrer la vue, de démonter l’échafaudage de l’illusion et d’applaudir, à ce songe que Takahiro Fujita nous à projeter dans le regard de notre esprit déplacé, mais heureux.
Jetons les livres, sortons dans la rue, adaptation théâtrale, mise en scène et scénographie Takahiro Fujita
Œuvre originale Shûji Terayama
Musique Tatsuhisa Yamamoto
Avec Himi Sato, Izumi Aoyagi, Yuriko Kawasaki, Mina Sasaki, Jitsuko Mesuda, Ryosuke Ishii, Shintarô Onoshima, Tatsuya Tsujimoto, Hirotaka Nakashima, Satoshi Hasatani, Kenta Funatsu
Musicien Tatsuhisa Yamamoto (Batterie)
Apparition vidéo Hiroshi Homura (poète Tanka), Noki Matayoshi (comique), Eimei Sasaki (poète haïku)
Lumières Kaori Minami
Costumes Minä Perhonen
Son Daisuke Hoshino
Vidéo Jitsuko Mesuda
Du 21 au 24 novembre 2018
Mercredi à vendredi 20h, samedi 15h
Maison de la culture du Japon à Paris
101bis quai Branly
75015 Paris
Réservations 01 44 37 95 01