«Hedda» de Sigrid Carré-Lecoindre, pièce magistrale!

Les mots de Sigrid Carré-Lecoindre, le corps en rythme et en voix de Lena Paugam, s’unissent pour que le silence raconte la complexité du terrorisme intime, d’une histoire d’amour, amoureuse de l’amour.

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Le théâtre est fait de rencontre et celle de Sigrid Carré-Lecoindre et de Lena Paugam est un heureux hasard pour cette belle création. Les mots d’une autrice, le corps en rythme et en voix d’une comédienne, s’unissent pour que le silence raconte la complexité du terrorisme intime, d’une histoire d’amour, amoureuse de l’amour. Au bout d’un plongeoir la sidération face au choix à faire pour soi-même. Le désir de plonger et l’empêchement de plonger, voilà qui résume bien le travail de deux femmes qui collaborent depuis le projet «  Begayer sa vie/ Au bout du plongeoir », en 2016. 

Ce travail de création s’appuie précisément sur l’isolement, le secret et le silence, au sein d'un couple confronté à la violence : « il s’agissait d’éviter toute forme de pathos pour atteindre une certaine objectivité », dit Sigrid Carré-Lecoindre. Raconter les petites peurs qui font les grandes humiliations de celles qui sont restées, malgré les premiers coups est complexe. 

La réussite de « Hedda » vient d'une écriture polyphonique et amorale.  Lena Paugam met en scène, et c’est en cela que c’est judicieux, l’histoire d’amour d’un couple. Car « n’est pas une pièce sur les violences faites aux femmes », dit-elle. La tragédie d’Hedda et indissociable de l’anéantissement d’un homme qui a la révélation de ce qu’il n’avait pas imaginé être, un homme violent. 

Lena Paugam souligne dans sa note d’intention pour sa mise en scène : « l’homme, dans Hedda, n’est que le protagoniste d’une histoire d’amour tragique, il n’est pas le représentant du genre masculin et ne personnifie pas la violence masculine. Ce serait une erreur d’interpréter ainsi le spectacle ».

La beauté du jeu au théâtre vient du talent de l’interprète. Lena Paugam a ce talent pour sa mise en scène. Elle sert la complicité du personnage d’Hedda avec distanciation, dans l’euphonie rythmée d’une narration : (…) née du désir de laisser planer un doute sur la véracité des propos tenus, sur la réalité des souvenirs racontés. (…) Le narrateur raconte le souvenir de certains faits, il prend des précautions, mais n’affirme rien, il ne fait que proposer des interprétations possibles de l’histoire racontée ».

Le «  terrorisme intime » de la pièce vient d’une écriture qui va du gris à la couleur, pour « créer le terreau poétique d’Hedda », comme le dit si joliment Sigrid Carré-Lecoindre.

Cette pièce est une grande révélation. C’est de l’intelligence pure. Un conte terrible pour enfant, une philosophie tragique pour adulte, un vœu profond pour servir l’humanité. Quoi d’autre ? Rien. Sortez de chez vous, achetez le livre et venez voir ce que le théâtre peut faire en matière de résilience. 

HEDDA de Sigrid Carré-Lecoindre

Mise en scène et interprétation Lena Paugam

Dramaturgie Sigrid Carré Lecoindre, Lucas Lelièvre, Lena Paugam 

Création sonore Lucas Lelièvre

Chorégraphie Bastien Lefèvre
Scénographie Juliette Azémar

Création Lumières Jennifer Montesantos

THÉÂTRE DE BELLEVILLE • 16 PASSAGE PIVER, 

75011 PARIS • 01 48 06 72 34 •

RESERVATIONS@THEATREDEBELLEVILLE.COM

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