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Billet de blog 25 juil. 2017

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Nouvelle dramaturgie espagnole, chez Les solitaires intempestifs

Les Solitaires Intempestifs éditent les textes inédits de trois jeunes auteurs espagnols. Les titres des pièces de Lola Blasco, Zo Brinviyer et Francisco Javier, touchent aux préoccupations majeures de la nouvelle dramaturgie espagnole, bien au-delà du pays ; dans l'espace universel d'un monde en expansion maladive.

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DR Zo Brinviyer

Avec Canicule il est question d'une fratrie à huis clos dans un hôpital, sur fond de franquisme pendant la canicule. L'histoire Désir d'être l'enfer, raconte le quotidien d'un centre de réclusion pour mineurs délinquants où Jean Genet fut pensionnaire, et Gertrude Stein, ce n'est pas un nom de piano parle de l'engagement moral d'une écrivaine tourmentée qui  attend que le jury lui décerne le prix Nobel de littérature, dans une suite luxueuse d’un hôtel de Stockholm. 

Lola Blasco, pour sa dernière pièce Canicule, avait en tête un idéal scénographique. Le cadre d'une porte délimiterait de façon irréalisable tout le plateau comme s'il s'agissait d'un retable. Une construction religieuse en quelque sorte, où une fenêtre s'ouvrirait au monde devant un tribunal suprême. Le tout servirait un "Évangile apocryphe d'une famille, d'un pays". 

Cette pièce que l'on pourrait taxer de "pseudo-sacrée", est un huis clos dans un hôpital, pendant la canicule. À la porte, deux sœurs l'Une et l'Autre, gardiennes de ce qui pourrait être déjà vécu. De ce qui semble "déjà-vu" sans pourtant  avoir aucun lien avec elles, parlent de gémellité lors de leur adolescence, mais dans un champ de forces où l'Une et l'Autre sont connectées. Derrière la porte, le Troisième (leur frère) est alité, atteint d'un mal étrange. Alors que dans la salle d'attente l’Aîné, Celui du milieu, et le Plus Petit de la fratrie sont assis sur un canapé trop étroit, qui fait dire à l'Aîné : "on s'en serait mieux sortis avec Franco !"

Six frères et sœurs dont un, à la peine, bêle son “'indisposition”.  C'est bien de peine dont il s'agit. Et puis tout le monde s'efforce d'occulter la mort, les hôpitaux et les maisons de retraite servent à ça.

Ces six larrons contemporains cherchent le pourquoi de la vie, dans le Golgotha de leur quotidien, face à la dépersonnalisation de la croyance dans le divin. À l'horizon dans la vision du Troisième, un calvaire, une occasion de chute. Pourtant à l'épilogue brille le soleil des femmes.

Lola Blasco est née à Alicante en 1983. Elle est auteure, metteuse en scène et actrice, diplômée en dramaturgie et enseignante en sciences humaines à l’université Carlos-III de Madrid. 

DR Lola Blasco

Désir d'être l'enfer

Dans le pénitencier de Mettray, où Jean Genet fut pensionnaire, quatre jeunes délinquants ont franchi le rubicon de l'interdit : ils ont volé, violé et tué. Mais les morts reviennent pour nourrir les rêves des vivants. Personne ne peut apprivoiser l'ombre rêvé de Billy the Kid. Elle vous rejettera comme le monde rejette les "inadaptés". 

Je pars monstrueusement loin de vous, je cours loin de vos lois... Mon corps a juste besoin de courir pour disparaître,
pour être un cadavre que personne ne peut identifier. Courir et s'enfuir pour tout voir en rose.

À côté du centre de réclusion le cirque de Buffalo Bill en tournée en Europe, s'installe avec Calamity Jane, le clou du spectacle, et l'ombre de Billy the Kid qui n'est jamais loin. Alors quatre jeunes délinquants négocient des sorties, sous la forme de faveurs sexuelles, avec le surveillant de la section B, surnommé le Chien. Alors les exclus se  reconnaissent et se rassemblent hors du monde.

Zo Brinviyer, née à Madrid en 1982, écrit et met en scène. Elle a été lauréate du prix Calderón de la Barca en 2010 pour sa pièce Désir d'être l'enfer.

Gertrude Stein, ce n'est pas un nom de piano

Dans une suite luxueuse d’un hôtel de Stockholm, Selma, une écrivaine tourmentée, attend que le jury lui décerne le prix Nobel de littérature. Son roman, Les Imposteurs, connaît un succès mondial et lui vaut des menaces de mort de terroristes. De quoi perdre pied et entendre des voix, dont celle de Gertrude Stein. Francisco Javier Suárez Lema s'interroge, via son personnage Selma, sur l'engagement moral des auteurs et leur subjectivité fictionnelle souvent détournée, par des lectures hors contexte de lobbys  malsains, et alimentée de l'intérieur par une communication opportuniste. 

Alors que je parle du ramadan pour mettre en cause tous les dogmes, la horde d'extrême droite brouille les cartes et saute sur l'occasion pour déployer sa rhétorique : "Vous avez vu ?... Même notre écrivaine de gauche préférée se lance et diabolise le ramadan." Le livre... les ventes ont décollé. Et derrière toute cette merde : mon éditeur. 

Francisco Javier Suárez Lema est né en Galice en 1979 et vit à Madrid. Psychologue, expert en thérapies narratives, il est scénariste, dramaturge et poète. Il a notamment écrit plusieurs textes sous le pseudonyme de Watanabe Lemans.

DR Francisco Javier Suárez Lema

Vous le constaterez, en lisant ces trois écritures, nos dramaturges se rejoignent étrangement par une forte  symbolique du cerbère et des lieux où l'action se déroule. Primo chez les sœurs à l'hôpital, de la porte à la salle d'attente en passant par la chambre du frère moribond, dans Canicule. Secundo avec le surveillant dans Désir d'être l'enfer à la colonie pénitentiaire, où un cirque s'est installé à deux pas du centre de réclusion de Mettray, et tertio dans la suite d'un hôtel où Selma attend son prix Nobel de littérature en compagnie de son éditeur dans Gertrude Stein, ce n'est pas un nom de piano.

Les pièces rendent comptent d'une médiocrité pleine d'intensité passionnée qui aboutit à un fondamentaliste destructeur. À qui il est difficile d'expliquer que ce n'est pas l'auteur qui parle, mais les personnages. Elles racontent aussi les liens familiaux sur le fil des croyances, où pendent comme du linge à sécher l'autorité, le racisme et le sexisme d'un héritage qui patauge dans la boue. Avec un Dieu qui ne peut pas surveiller ceux qui courent à la marge du monde. Comme vous pourrez le lire dans ces trois textes, les auteurs sont en phase avec une vie, la nôtre, pas plus enviable ni détestable que les vies passées, présentes et à venir. Car l'histoire de l'Humanité, même avec des variantes  fictives ou réelles, est un éternel recommencement.  

Les solitaires intempestifs

1 Rue Gay Lussac

25000 Besançon - France

téléphone : +33 [0]3 81 81 00 22

http://www.solitairesintempestifs.com

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