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Billet de blog 27 févr. 2018

Jean-Luc Lagarce à jamais notre contemporain

Chez Les Solitaires Intempestifs, la collection «  Classiques contemporains » nous propose une nouvelle édition de la pièce de Jean-Luc Lagarce : «  J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne ». Au sommaire de ce livre de 128 pages vous y trouverez le texte intégral, sa chronologie, avec le synopsis de la pièce et une préface d’Alexandra Moreira da Silva, bien analysée.

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J'étais dans ma maison et j'attendais que la pluie vienne de Jean-Luc Lagarce raconte l'homme tragique contemporain noyé dans l'anonymat du quotidien, comme le faisait Euripide, l'un de ses auteurs préférés. 

Le héros n'est plus un dieu, mais un quidam. Ce commun des mortels est imaginé par le féminin pluriel, cinq femmes sans noms, une mère et ses filles, monologuent l’histoire familiale selon leur imagination : «  cinq femmes et un jeune homme‚ revenu de tout‚ revenu de ses guerres et de ses batailles‚ enfin rentré à la maison‚ posé là‚ dans la maison‚ maintenant‚ épuisé par la route et la vie‚ endormi paisiblement ou mourant‚ rien d’autre‚ revenu à son point de départ pour y mourir ». J'étais dans ma maison c'est " l'imagination au pouvoir !" qui résonne ici, comme le célèbre slogan de 1968.

Nous ne pouvons écrire sur l'œuvre de Lagarce sans penser à son journal commencé en 1977 ; et J'étais dans ma maison et j'attendais que la pluie vienne nous conforte dans cette pensée. Ne disait-il pas : " (…) l'idée que je reviendrai, que j'aurai une autre vie après celle-là où je serai le même, (…) où je serai un homme très libre et heureux". Mais quel serait donc ce retour ? Vendre sa salade ou y mettre des sortes de choses glissées entre deux phrases, comme les dates des morts célèbres sur son journal, avec l'oubli des naissances ?

J'étais dans ma maison et j'attendais que la pluie vienne ", écrit entre les portes, est l'histoire d'un retour qui commence le soir sur le perron de la maison, où s'attarde l'Aînée en attendant que la pluie vienne : " je regardais le ciel et je regardais encore la campagne qui descend doucement au détour du bois, là-bas (…) j'attendais et c'est alors que je le vis".

Toutes ces années perdues avec sa mère et ses sœurs à attendre le jeune frère qui les avait abandonnées, depuis que le père l'avait chassé. La mère dit qu'elle s'est trompée : ce n'est pas ainsi que j'imaginais les choses. La Plus Vieille dit qu'il fallait garder le lit : " est-ce que je n'avais pas raison ? S'en débarrasser, c'était renoncer à ce qu'il revienne". La Seconde dit : j'enfile ma robe rouge et il me retrouve telle qu'il me quitta". Quant à la Plus Jeune, elle était petite lorsqu'il est parti, elle était une enfant sans importance dans son coin, mais elle se souvient des jours de colère et des cris : " vous voulez toujours embellir cette vie-là, cette époque (…) mais il s'agit de violence et rien d'autre".

Bien sûr, il ne fallait pas rester si digne, il fallait courir derrière lui, s'enfuir avec lui, mais voulait-il s'encombrer plus ? Le mieux n'est-il pas d'imaginer que personne n'est coupable, et que le secret de cette famille est mort, avec le retour du jeune frère, dans la maison en attendant que la pluie vienne.

Jean-Luc Lagarce est notre contemporain à jamais parce qu'il nous parle de l'existence quotidienne de l'humain, en imaginant son poème dans l'instant de sa propre vie. Ce qui fait de lui un grand dramaturge joué et traduit dans le monde entier.

Ce texte intégral est édité dans la collection Classiques contemporains. La préface est signée d'Alexandra Moreina da Silva.

Jean-Luc Lagarce (1957-1995) est actuellement l’auteur contemporain le plus joué en France. Metteur en scène de textes classiques aussi bien que de ses propres pièces, c’est en tant que tel qu’il accède à la reconnaissance de son vivant. Depuis sa disparition, son œuvre littéraire (vingt-cinq pièces de théâtre, trois récits, un livret d’opéra, un scénario de film…) connaît un succès public et critique grandissant ; elle est traduite en vingt-cinq langues.

 Les Solitaires Intempestif : Collection : Classiques Contemporains

1 Rue Gay Lussac - 25000 Besançon - France

https://www.solitairesintempestifs.com

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