« Gem of the Ocean », une grande pièce d’August Wilson, auteur trop méconnu en France

Dans la collection domaine étranger, chez Les Solitaires Intempestifs, vient d’être édité «  Gem of the Ocean » d’August Wilson* (1945-2005). Ce texte écrit en 2003, est tiré d’une série de dix pièces « The Pittsburgh ». Cycle dramatique qui se déroule de 1904 à 1997. Chaque décennie dépeint l'expérience afro-américaine du XXe siècle.

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August Wilson, un des plus grands dramaturges noirs aux États-Unis, est bien trop méconnu en France. Il est, entre autres, l'auteur d'un cycle de dix pièces, écrit au début des années 1980 et terminé en 2004. Chacune de ces pièces correspondant à une décennie. Il veut utiliser le théâtre qui le fascine, comme médium, où des personnages peuvent témoigner, avec sa puissante écriture, de notre humanité. Nous découvrons avec Gem of the Ocean un univers qui décrit la condition des Noirs américains au XXe siècle. 

Tante Ester, le personnage le plus souvent mentionné dans la série, vient justement de cette pièce. C’est une conseillère spirituelle, elle aurait 285 ans. L’action se passe en 1904 dans le Hill District, quartier de Pittsburgh en Pennsylvanie, dans le salon de la maison d’Eli, Tante Ester et Black Mary, située 1839 Wylie Avenue. Le Citoyen Barlow est en proie à une crise spirituelle. Il vient d’Alabama pour voir Tante Ester, espérant laver son âme. Il y a aussi un gars nommé Garret Brown qui a sauté dans une rivière : «  on dit qu’il a volé un seau de clous. Lui il disait que c’était pas vrai. On l’enterre aujourd’hui ». Tante Ester a perdu son Junebug : «  oh c’était terrible. Le jour le plus sombre que j’ai jamais vécu c’est le jour où j’ai perdu mon Junebug. Avez-vous jamais observé un bout de corde, monsieur Citoyen ? C’est Dieu qui a fait cette corde. (...) Et l’homme parfois vient se mêler de l’œuvre de Dieu et en fait l’instrument du diable ». August Wilson, n’a pas son pareil pour narrer, d’une manière explicite, une scène ancrer dans la mémoire d’un personnage. Ce qu’il ne veut pas montrer va directement dans l’imagination du spectateur ou du lecteur : «  j’ai la mémoire puissante. J’ai la mémoire longue. Les gens disent que je suis folle de ma souvenir. Mais j’ai pas peur de me souvenir. J’essaye de me souvenir tout haut. Je garde mes souvenirs en vie. Je les nourris. Il faut les nourrir sinon ils me rongent. Mes souvenirs remontent à très loin. Je les porte pour bien des gens. Les gens du temps jadis. Je porte leurs souvenirs et je porte les miens ». August Wilson cherche le centre de gravité que l’homme a perdu pour le remettre à l’intérieur de lui-même : «  c’est le centre du monde. Le moment venu tout ça se retrouvera dans la lumière ». Le «  Joyau de l’océan » est pour August Wilson un mystère de la vie. Un mystère et une aventure qui se réconcilie avec son histoire. 

Gem of the Ocean est un chef-d’œuvre. Nous espérons que cette pièce sera lu et joué en France pour saluer August Wilson à son juste mérite.

*August Wilson avait reçu le prix Pulitzer à deux reprises : en 1987 pour Fences (Barrières) et en 1990 pour The Piano Lesson (La Leçon de piano).

Gem of the Ocean d'August Wilson 

Les Solitaires Intempestif

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