Corona Chroniques, #Jour53

Un député LREM, ancien patron du RAID, veut autoriser les «gardes particuliers» (vigiles) à pouvoir contrôler et verbaliser les promeneurs mal attestés. La logique porte un nom: «le continuum de sécurité». Gêné, même le gouvernement toussote.

Commission des lois, 6 mai 2020 Commission des lois, 6 mai 2020

JEUDI 7 MAI 2020 - JOUR 53

MATIN. Excursion dans le quartier qui s’affaire avant le 8 mai, jour férié dont personne ne parait bien vouloir, chacun semblant pressé de passer à lundi-délivrance. Dans les boutiques, les aspirateurs sont de sortie, une ponceuse même ravale une porte, et une devanture se dévoile, divine surprise de déconfinement : c’est un snack Libanais qui sort de terre. Devant le boulanger, une file d’attente comme jamais — Aurélien fait un petit bonjour de tête et de derrière les meringues ; signe que ça va mieux, même si les croix au sol, même si les un mètre, même si les masques. Chez le libraire du coin, aussi, les affaires ont repris : la Petite Lumière s’est à son tour mise au comptoir de vente sous Covid, click and collect, Amazon killer. C’est ouvert un après-midi sur deux. Dans la vitrine, il est toujours là, fier comme un vestige de Corona (de ces chroniques, jour 18), prêt à servir de souvenir : Feel like going home, légendes du Blues et pionniers du Rock ’n Roll. Je repasserai.

Branle-bas de combat au gouvernement, mais en tenue camouflage. Matignon dépose en catimini un amendement pour démolir un autre amendement, pourtant proposé et voté hier par son propre camp. Le péché originel, venu d’un député LREM, ancien patron du RAID : autoriser les « gardes particuliers » à pouvoir contrôler et verbaliser les promeneurs mal attestés. La logique à l’œuvre porte un nom, fumeux et malfamant : « le continuum de sécurité, enjeu du futur, entre sécurité publique et sécurité privée », dit un préposé à l’argumentaire. En clair : les députés en marche veulent déborder leurs chefs et donner pouvoir de police aux vigiles, en plus des nouveaux venus auxquels Castaner aimerait confier ces nouvelles missions (apprentis-policiers, retraités gendarmes, et robo(pastoutàfait)cops du métro, cf. Corona Chroniques, jour 48). Dit plus clairement encore : légaliser les milices (euphémisées en commission des lois par « gardes assermentés de propriété de grande superficie  »). D’où le gouvernement qui toussote, qui trouve que ça fait un peu beaucoup, ce débordement sur l’extrême-droite, que ça risque de se voir un tantinet trop, cette tentation d’un sécuritaire total — et qui dépose son amendement (Saint Muddy Waters, héros du peuple et du Chicago Blues, que ces choses sont délicatement dites : «  L’octroi d’un tel pouvoir de police judiciaire aux gardes particuliers pour participer à l’accomplissement d’une mission de police sanitaire n’est pas envisageable en opportunité et par ailleurs présente des fragilités constitutionnelles  »). Au passage, avec le #Confinement, jamais vu une telle remontée de vidéos terrifiantes de policiers municipaux en roue libre. Après se teste Pendant.

(Penser à écrire aux députés pour leur rappeler qu’en matière de continuum de sécurité, les reportages de M6 n’y pourront rien : ceci est achevé depuis des décennies, jamais la société n’a été aussi « sûre » et contrôlée qu’aujourd’hui ; 2020 n’est rien comparé à 1920, ni même à 1970. Leur demander également si, des fois, l’insécurité véritable ne règnerait pas ailleurs, quelque part du côté de la sûreté sanitaire, à défaut de sécurité sociale, régulièrement défoncée ?).

APRÈS-MIDI. Présentation par Édouard Philippe du plan de déconfinement pour lundi (France 2 dit : « le moment de vérité » ; lui, moins baba : « une nouvelle étape »). Quelques images tristes zappées tristement suffisent : toutes ces mesures sentent la misère intellectuelle et l’à-peu-près ministériel. Sur les plateaux télé, déjà, on se chamaille (© Macron 2020) pour des broutilles : comment les plages vont rouvrir cet été, les masques font-ils trop de marques au visage, Covid ou Covid-poche de la zone euro (je n’invente rien ; les mêmes, il y a un mois, débattaient tout de même sur des points autrement plus cruciaux, comme le coût de la vie, au sens strict, ce qui se sous-entendait ainsi : à partir de combien de pognon de dingue, on doit laisser mourir une vieille ou un vieux ?).

Sur la nouvelle carte de la France zonale, l’orange a disparu, comme par enchantement et par promesse (cette disparition annoncée était l’enjeu futile des trois derniers jours, mais ô combien essentiel pour tenir le crachoir dans les spectacles de parole à la télé). Sur Paris Corona, l’ultra est mis, il est rouge — ce qui enchante la presse qui, depuis autant de jours, cavale à la recherche des peurs d’Avant et des ultra-menaces (les ultra-jaunes en fantômes et l’ultra gauche en épouvantail, parfois même mouvance ultra-gauche à tendance ultra -aune, selon un journaliste police qui tient généralement ses informations de sources généralement bien préfectorales — ultras ennemis agités sans preuves ni finesse, comme par cycle, avec un peu d’incantation qui dissimule mal une excitation certaine).

Sur Twitter, la tendance du jour est l’intendance de tous : #MasquesGratuits, réclament le peuple — et le bon sens.

SOIR. A 20h, à la fenêtre, #OnGifle. La banderole tient le choc — et commande passée chez le libraire.

  • Moral du jour : 6/10
  • Ravitaillement : 6/10
  • Sortie : 1
  • Speedtest Internet : 937 Mbps

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