Alexandre Benalla : belle et longue journée de procès

Ce vendredi, c’était le grand jour au tribunal judiciaire de Paris. Les agissements d’Alexandre Benalla et de son acolyte Vincent Crase, place de la Contrescarpe, le 1er mai 2018. Amusante, instructive et (enfin) singulièrement politique, cette audience a beaucoup raconté les turpitudes républicaines.

A. Benalla, au Tribunal judicaiire de Paris, 24 sept. 2021 © David Dufresne A. Benalla, au Tribunal judicaiire de Paris, 24 sept. 2021 © David Dufresne
8:53 PM · 24 sept. 2021

14h, l’huissier de justice a beau être fort aimable, le règlement, c’est le règlement : pas question de garder le téléphone allumé. Ça, c’est pour les avocats et la presse (avec cartes). D’où le décalage de ce live-tweet, réalisé dans les conditions du direct. Mais en différé (les tweets sont ici)

Sur les bancs des accusés : Vincent Crase, alors employé par En Marche, et comparse de Benalla. Sur les vidéos de l’époque, c’est l’homme au crâne chauve et aux lunettes noires. Aujourd’hui, il n’a pas ses lunettes.

A ses côtés, un homme de grande taille. Le contrôleur général Simonin, à l’époque haut gradé de la @prefpolice. Ce 1er mai 2018, il commande à la salle de commandement. Il joue un rôle clé dans le disposiitif de maintien de l’ordre ce jour là.

De ce qu’on comprend, il a été promu à Mayotte.

Et puis il y a @benallaoff qui assume son rôle de prévenu-star (pour les photos), moins dans le prétoire. Comme on va voir.

Sur les bancs de la presse, du beau monde : Michel Deléan de Mediapart, Pierre-Antoine Souchard de Dalloz, Samuel Laurent du Monde ou Ariane Griessel de France Inter

D’ordinaire, me souffle Alexandre Langlois (partie civile avec son syndicat VIGI), il y a beaucoup moins de presse pour suivre ce procès.

C’est un peu le syndrome Sarkozy. Des audiences essentielles, des couvertures-presse éparses. C’est quand même injuste, tout ça.

C’est donc le grand jour du procès Benalla. Le 7ème jour d’audience. 7 comme les 7 mercenaires (d’accord, ils étaient 2 mais comptaient comme 7) : les soupçons de violences volontaires place de la Contrescarpe, Paris, le 1er mai 2018.

Souvenirs :

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La salle est de bois récent. Les bancs espacés. Un écran se niche dans le plafond : il ne va pas tarder à se dévoiler. Car aujourd’hui, c’est vidéo. Vraiment. La vidéo comme attestation des #ViolencesPolicières (même commises par des déguisés-policiers)

L’assesseur, président de l’audience du jour, est assez pince sans rire. Un ancien juge d’instruction anti-terroriste, me dit-on. Il sait (aussi) manier la souris. On va bientôt le voir en VJ. Vidéo sur vidéo : vitesse normale, ralenti, arrêt sur image.

Il maitrise.

Mais d’abord, place à Chloé P. et Georgios D., les deux « interpellés » par Crase et Benalla. Georgios s’est mis sur son 31. Son accent grec est impeccable, son veston un peu grand. Chloé arbore la même longue chevelure que sur la vidéo de Taha Bouhafs.

Les deux s’expriment avec une infinie douceur, et beaucoup d’honnêteté (et une pointe de candeur). Ce 1er mai là, place de la Contrescarpe, Chloé et Georgios ne manifestaient pas. Ils fêtaient leur anniversaire de rencontre.

Précision : Devant la charge « inexplicable » des CRS (on va y venir, c’est intéressant), selon leurs dires, Georgios et Chloé lancent des projectiles en réaction.

Lui : une carafe vers les CRS.
Elle : une bouteille en plastique.

Précision 2 : le couple a déjà été condamné à 500 € d’amende.

Mais aujourd’hui, Georgios et Chloé sont parties civiles.

(saut dans le temps, vers 19h, Chloé va déclarer : « Cette affaire a été très difficile à vivre. Il y a eu beaucoup de choses dites sur nous dans les médias. C’est pas facile. C’est pas facile. Ça va rester un traumatisme toute notre vie »)

Ensuite, tout le monde a vu la vidéo.

Crase et Benalla s’interposent. Crase, sans rien ou presque : on verra plus loin, sur des images de vidéo surveillance de la Préfecture de Police qu’il arbore un tissus orange qui ressemble à s’y méprendre au orange-brassard-de-police mais aussi, on est jamais trop prudent : une matraque télescopique dans sa poche arrière droite de son jean.

C’est grâce aux zooms de l’assesseur qu’on les voit bien.

Georgios raconte : il a senti quelqu’un l’attraper au cou par derrière, il a cru à un étranglement, puis un coup dans l’estomac, un second au visage, et enfin un troisième, violent, derrière le genou droit, qui le projette au sol.

Les premiers coups, c’est Benalla, coiffé d’un casque préfecture de police. Rappelons qu’il est, ce jour là, officiellement « observateur », pas main-forte.

Les autres coups, un CRS. Ce jour là, sur cette place là, c’est la CRS de Béthune. L’assesseur lit les témoignages de la Compagnie. C’est pas fameux.

Des gestes de Benalla et de Crase, ils disent qu’ils ne sont « pas professionnels ». Pire : « On avait pas besoin de ces deux policiers de la BAC ». Un aveu qui en dit beaucoup sur les liens, aigres-doux, entre services.

Passons.

Crase, qui s’est réfugié dans un café, parce que la lacrymo, très peu pour lui, est accusé d’avoir brandi une carte tricolore en s’annonçant « de la police ».

Il dit qu’il n’a jamais dit ça, Crase.
- Vous avez dit quoi ? Demande le juge.
- Que j’étais avec les Forces de l’ordre.

Benalla est appelé à la barre. Il fait plus jeune qu’à la télé, et plus massif aussi. Il faut dire qu’il aime bien rappeler son poids. 110 kilos. Pour dire que « 110 kilos, ça laisse des traces » Et que sur Georgios, il n’y en a point (de traces). Et ce point est important :

L’homme de l’Elysée l’assure. Il n’a pas cherché à violenter Georgios.
– La scène, que tout le monde a vu, concède-t-il, elle est violente. Mais... mais ce sont des gestes techniques qui se sont mal passés.
– Ah ? se dit la salle (et le président assesseur)

Alexandre Benalla s’explique :
– Des gestes vigoureux, mais je porte pas de coups... Et je vais être très modeste [véridique, NDLR] : c’est raté. Mon intervention, c’est une tentative de maîtrise très brouillonne...

Le juge assesseur, bon prince, fait lecture du rapport IGPN : « il n’y a pas de violences illégitimes... [les points de suspension ont leur importance] ...dès lors qu’il s’agit de policiers ».

Mais ...

1. Crase et Benalla ne sont pas policiers.
Et 2. l’IGPN est quand même farceuse

S’en suit une digression interminable. Selon Benalla, les CRS, ben, ils avaient besoin d’aide : « J’ai beaucoup de respect pour eux », dit-il.

Mais...

Mais ils avaient pas réussi à maitriser Georgios. Fallait quand même bien que quelqu’un se dévoue.
– C’est à dire, demande le juge ?
– L’individu était décidé à ne pas se laisser faire, c’était un mano a mano !

Et puis. Et puis il y a le code pénal. L’article 73. Comme Benalla l’aime et le cite beaucoup, il faut dire ce qu’est l’article 73 :

« Dans les cas de crime flagrant ou de délit flagrant puni d’une peine d’emprisonnement, toute personne [a fortiori quand elle travaille à l’Elysée pour Emmanuel Macron] a qualité pour en appréhender l’auteur et le conduire devant l’officier de police judiciaire le plus proche. »

C’est l’argument-matraque de Benalla. Ce qu’il a fait :
- C’est du civisme. Le statut d’observateur n’existe pas à ce moment là. Là, c’est le citoyen [Benalla] qui agit... Des gens préfèrent filmer la police... Moi, je l’aide. C’est du bon sens.

[véridique, toujours et encore]

A l’écouter, sans lui :
- Il y aurait eu, ce jour là, un agresseur de policier libre en plus dans la rue ».

Tandis que sur le banc des parties civiles, Georgios et Chloé ne laissent rien paraître, le juge commence à s’impatienter.

Miracle de la technologie moderne : l’écran descend du ciel (à moins que ce soit du plafond).Qu’il est espiègle, le juge. Il dit qu’il va procéder « à de la chirurgie ». Il va faire de l’arrêt sur image.

– et ça, c’est quoi ? demande-t-il à Benalla.
– une clé de contrôle.

– Ah ?
– A ne pas confondre, poursuit le prévenu, à un étranglement.

Le juge, qui confond rien, mais ne comprend pas tout, demande des éclaircissements. Benalla a alors cette phrase :
– Est-ce que je peux mimer ?
– Faites donc, dit le juge, dont on devine le sourire malicieux sous le masque.

Et voila Benalla qui fait un pas de danse :
– Vous voyez... je sautille... Entrainé par la chute de monsieur Georgios D., je sautille... Mon pied effleure une demi-seconde son thorax... comme ça.

(à ce moment là, je me me rends compte qu’ils devraient être quatre sur les bancs des prévenus. Mais ce vendredi, Maxence Creusat, commissaire de son état, n’est point là. Concernant les absences, on note aussi celles, fracassantes de la cellule riposte de l’Elysée et En Marche)

(ces cellules qui ont traficoté les bandes vidéos de la préfecture de police pour essayer de sauver le soldat Benalla, mais revenons à nos prévenus du jour)

(c’est quand même fou cette tendance française à dépolitiser les procès politiques)

(de l’art, à ce niveau)

Mais revenons à la salle d’audience.

Le juge examine maintenant le relevé du téléphone de Benalla (pour les curieux, un Samsung). Le magistrat est un tantinet intrigué par certaines recherches Google, restées en mémoire.

(c’est fou, ça aussi, combien des requêtes anodines peuvent jeter un doute, a posteriori).

Sur l’écran (géant, le même), on lit les recherches fébriles de Benalla. Avant et après (19 juillet 2018) les révélations Ariane Chemin du Monde.

Avant, Alexandre Benalla demande à Google ce que ça vaut des « violences volontaires ». Après, quid des « circonstances aggravantes » ?

A la barre, l’homme de main d’Emmanuel Macron dit que ses recherches, c’était pas vraiment pour lui. Mais pour les incultes de l’Elysée (il dit pas ça, mais on le comprend ainsi). Il voulait « pouvoir présenter les articles de loi à des gens non-juristes ».

Le président maîtrise décidément son VLC. Il enchaîne les vidéos, avant, la plus célèbre, signée Taha Bouhafs, la seule qui dévoile le visage d’Alexandre Benalla.

(et, du même coup, les turpitudes de la Ve république).

Une, deux, trois vidéos. A chaque fois, un nouvel angle. Alexandre Benalla saisit le cou de Georgios D., le relève brusquement, un main au niveau du menton, puis la seconde qui s’abat sur sa tête. Et des cris de passants.

Benalla proteste :
– Ma main ne touche pas sa tête. Elle l’effleure. Moi, j’essaye de rattraper son épaule. Il essaye de fuir, vous comprenez.

Le juge, qui comprend :
– Quand même, c’est une main qui tombe franchement.

Là, suspension d’audience. C’est mérité.

Au retour des débats, Benalla émet une hypothèse quand le tribunal l’interroge sur ses grands gestes pour repousser curieux et protestataires. S’il empêche les citoyens de comprendre ce qui se déroule c’est parce que...
– S’il y avait un accident de la route, je demanderais aux gens de s’éloigner...
– Pardon ? interroge du regard le président.
– Pour laisser les policiers travailler, rétorque Benalla.

Benalla ajoute, à propos d’une inconnue, belle et en colère, rousse et en manteau, qui s’interpose à plusieurs reprises, et qu’il repousse :
- Mon but, c’est que cette dame ne prenne pas de coups de matraques, ou même se fasse bousculer par une manœuvre policière.

A la barre, le haut responsable de la DOPC de la préfecture de police, Laurent Simonin, est d’accord avec ça : ça s’appelle « un geste de maintien de l’ordre » (rappelons que, sauf contre-ordre qui nous aurait échappé, Monsieur Alexandre Benalla n’est toujours pas policier)

Minute, papillon semble dire Sahand Saber. Il a beaucoup étudié les vidéos, l’avocat de Georgios et Chloé. Et il trouve que le geste de Benalla, ça lui rappelle ça : Zidane qui « s’essuie les crampons » contre l’Arabie saoudite en 1998.

Coupe du monde 1998 : Le coup de sang de Zinedine Zidane © le10sport

La métaphore sportive semble produire son effet. Benalla se lève et s’excuse (presque) :
– Si monsieur a ressenti ça comme une agression, j’en suis désolé.

Avant de se reprendre :
– Moi ce que j’ai constaté, c’est une agression contre les forces de l’ordre. J’ai voulu bien faire.

Vincent Crase se lève à son tour, un brin embarrassé :
– A posteriori, on peut se poser la question de savoir si mon intervention était vraiment opportune. Sur le moment, je ne me la pose pas.
– A posteriori, demande Sahand Saber : c’est l’article 73 ou c’est la connerie ?

Silence dans les rangs (fournis) de la défense.

Le procureur, à propos, sauve Crase :
- La connerie n’est pas toujours pénale.

Des rires fusent, de tous bords.

Arrivée remarquée dans les bancs des parties civiles du jeune Taha Bouhafs, l’homme par qui la vidéo-scandale est arrivée. Son avocat, Arié Alimi, tente de cuisiner le commissaire Simonin qui argue de son droit (c’est son droit) au silence et esquive toute question.

Arié Alimi maintient ses questions (c’est son droit, aussi). Et se met à lire les retranscriptions des ondes radios entre la salle de commandement de la préfecture de police et les troupes sur le terrain. Et là, attention, pour ceux qui s’intéressent au maintien de l’ordre, du lourd :

(rappelons que Simonin, qui garde le silence, gardait le commandement ce soir là).

Arié Alimi lit les conversations couchées sur bandes.

Un haut gradé dit (Simonin ?) : « il faut retirer nos hommes de la place de la Contrescarpe, c’est nous qui créons l’événement ».

En #NousSachons, ça veut dire : ça se pourrait bien que c’est la police qui met le foutoir.

Pour rappel : ce jour là, il y a un apéro militant sur la place. Etudiants et manifestants sont assis en tailleur, discutent, boivent des coups, sans hostilité.

Léger flottement dans le prétoire. Côté défense, on proteste. Mais c’est quelle côte du dossier, ça ? Arié Alimi hésite, il cherche. Et propose qu’on écoute les bandes, il les a sur une clé USB. Tenez, monsieur l’huissier. Sans façon, lui dit-on dans la partie adverse.

(dommage)

(j’oubliais, dans l’intervalle, Alexandre Benalla a dit au procureur)
– D’accord avec vous. Si on s’était annoncés comme observateurs, on n’en serait pas là aujourd’hui, c’est sûr et c’est certain.

(parce que, oui, comme tout le monde, les CRS trouvaient le duo plus vrai flic que nature)

Benalla répète aussi :
– le contrat social repose sur l’article 73. Il faut aider la police. Aujourd’hui, à la moindre occasion, on sort son téléphone portable, on filme, on est passif. Le contrat social, c’est pas ça. C’est agir.

Chloé et Georgios, eux, ont une autre approche. Ils racontent, toujours doucement, d’une voix parfois fluette, leur vie après les révélations du Monde, quand ils ont compris que c’était pas le premier bacqueux venu qui les avait interpellés, mais deux hommes du Président :
– On a été jugés, on s’est excusés. On a payé. Mais après le 18 juillet [quand l’affaire devient d’Etat], dès qu’on voyait une voiture devant la maison, on se posait des questions.

Là, La Défense d’Alexandre Benalla tente de déstabiliser le couple et singulièrement Georgios. C’est vrai, son certificat médical est anti-daté. Pour résumer : à la première visite (juste après le 1er mai), Georgios est accusé, pas besoin de certificat. En juillet, il devient victime.

La médecin signe en juillet le certificat de mai.

Lors de l’instruction, elle reconnaîtra « une erreur » celle, notamment, de « ne pas avoir mesuré l’ampleur de l’affaire » : « je n’aurais pas dû écrire l’attestation à la va-vite »

Ainsi vont les affaires politiques.

En verve, comme il sait faire, l’avocat Christian Saint-Palais se lève. Il est le conseil de Crase. Il tente de savoir ce que Georgios pense de son interpellation.

Le jeune homme répond :
– légitime.

On souffle dans le camp Benalla.

Georgios ajoute :
– ...Mais pas les violences volontaires !

Il est maintenant 19h. Le tribunal appelle Taha Bouhafs.

– Votre vidéo est une vidéo importante et essentielle, lâche l’assesseur (dont on avait saisi, une heure plus tôt son attachement à la bande, tant il l’avait disséquée : c’est dire l’importance capitale désormais des vidéos).

2:18 AM · 25 sept. 2021 (la suite, demain, je m’écroule)

9:06 AM · 25 sept. 2021 (bonjour amis de Twitter, du café et de la justice bien faite)

L’audience reprend.

Alors, nous en étions à l’audition, hier, à la 10e chambre du tribunal correctionnel de Paris du jeune et trépidant Taha Bouhafs. Il a le hoodie chic et la démarche nonchalante.

La présidente Isabelle Prévost-Desprez, qui avait cédé son micro jusqu’ici au juge Brunaud (je viens d’avoir son nom, grâce à la lecture matinale du compte-rendu de Samuel Laurent dans Le Monde) reprend la parole.

Parce que y a débat. Y a débat juridique.

Monsieur Bouhafs est-il fondé à se porter partie civile ? C’est vrai, ça, de quoi se plaint-il ? Demandent (et c’est le jeu), sans le demander tout à fait comme ça (et c’est l’art de la joute) les avocats de Benalla, Crase et Simonin.
– C’est très simple, lâche Bouhafs.
– Expliquez nous...
– La politique.

Murmures dans le public, de plus en plus respectueux des gestes barrière. Il est tard, et ça file à l’anglaise, notamment du côté des médias (d’où ce live en différé).

Bouhafs, qui n’est pas seul comme chacun sait, mais tout de même isolé à cet instant, embraye :
– Ce qui s’est passé place de la Contrescarpe est quelque chose d’éminemment politique.

Selon lui, la police a empêché un apéro-militant, calme et pacifique. Et comme il y participait... il estime être victime de « l’immixtion [dans le maintien de l’ordre] de monsieur Crase et de monsieur Benalla, ces deux représentants du pouvoir ».

La juge demande :
– Vous les aviez reconnus ? Vous saviez qui ils étaient ?
– Non, non.

(m’enfin, tout le monde est là, le tribunal en premier, parce qu’ils ont bien fini par être reconnus)

Bouhafs, qui s’y connait en la matière, analyse la situation ce jour là :
– Je pense que ça rentre dans une logique de répression politique, à l’œuvre dans ce pays depuis plusieurs années.

Et le voila qui s’élance. Je cite Ariane Griessel de France Inter qui le cite :

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Taha Bouhafs avance un autre préjudice : la sortie du circuit légal des images de vidéo surveillance. Petite leçon de choses :
– Si on accepte tous d’être filmés, c’est parce qu’il y a un contrat, c’est réglementé. Ces images où j’apparais se sont retrouvées dans les mains de l’Elysée !

Et troisième raison à sa présence : Bouhafs estime avoir été trompé par l’usurpation de l’identité de policier par Alexandre Benalla et Vincent Crase. Son avocat Arié Alimi lui demande :
– Seriez-vous intervenu si vous n’aviez pas cru que M. Crase et M. Benalla étaient policiers ?

Bouhafs, tranchant :
– Non, il y avait des policiers autour, c’était à eux d’intervenir.

Rires contenus dans la salle.

Passé le moment de point juridique (partie civile, pas partie civile ?), qui aurait passionné tous les apprentis de l’Ecole nationale de la magistrature, et qui sera tranché (lui aussi), à la fin du procès, place au témoignage de Taha Bouhafs.

A cet instant, Crase ne le quitte pas des yeux. Benalla est plus fuyant. Simonin, qui sait que ça le concerne moins, s’étire les jambes, qu’il a longues.

(on note tout de même un autre grand absent du procès, le major Mizerski, chaperon de Crase et de Benalla pour leur journée d’observation)

Bouhafs, à propos des « gestes techniques » de Benalla (pour reprendre l’expression de Benalla lui-même) :
– J’ai été surpris de cette violence. Pourquoi Benalla lui met une patate comme ça, à Georgios ?

Le journaliste ajoute :
– Je savais pas quoi faire... La seule chose que je pouvais faire, c’était filmer. Dès qu’il m’a vu, Alexandre Benalla est parti.

(ce que conteste l’intéressé qui assure, plutôt, avoir tenté de retrouver un OPJ de la préfecture de police pour embarquer Georgios et Chloé).

Bouhafs décrit la scène. Les coups, les cris, les gaz :
– On a été gazé parce qu’on filmait. C’est devenu une technique systématique. Dès qu’on filme, on a un policier qui vient taper votre objectif, ou donner un coup de gazeuse.

Il poursuit :
– Ça va si loin qu’ils ont même confectionné une loi pour ça, pour nous empêcher de filmer.

Peu à peu, Bouhafs déroule. Il ne martèle rien, il raconte, parfois il hésite et se reprend. Il ne transforme pas la barre en estrade politique, il remet juste la réalité à sa place : ce procès n’est pas (seulement) celui d’une basse police, mais celui d’une vision de basse politique.

Bientôt 20h, fin des débats, l’écran géant remonte gentiment se cacher dans le plafond, et chacun rentre chez soi, libre et fatigué.

L’audience est suspendue. Reprise lundi.

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