Gilets-Jaunes. En France on n’avance les idées qu’avec les pavés

Que les uns les lancent ou que nous marchions dessus, pour la sociale ou la planète, soyons surtout nombreux et solidaires ce samedi. Tandis que se reforme le bloc bourgeois tout en nuance... En mode « Charlie » pour Macron, « nazis » pour le peuple.

Quelque chose de comparable au matraquage médiatique du jour est-il prévu contre les casseurs du 14 Juillet 1789 à qui l’on doit l’abolition des privilèges ? Quelque chose contre les casseurs de 1936 à qui l’on doit les grandes vacances ? Contre les casseurs de la Résistance aussi peut-être parce qu’ils ont dégagé de Vichy les Macron et les Barbier de l’époque ? Ou contre ceux de 68 auxquels on doit... on ne sait trop quoi, la pédagogie médiatique de Cohn-Bendit nous expliquant que c’est inacceptable de brûler les voitures ?

Raz-le-bol de ce totem de la « violence » autour duquel veulent faire danser tous les esprits, les médias de ceux qui ne négocient rien, ont tous les avantages, tous les pouvoirs, n’acceptent aucune forme de co-décision ni même de dialogue à longueur d’année et imposent - pour gagner plus de brioche pour leur petite gueules et leurs carrières de minables- une violence sociale sans nom (misère, suicides, maladies, accidents, mal vivre...) et écologique (destruction de la nature et de la santé) aux autres.

Malheureusement oui, nous sommes dans un pays sans culture du respect. La responsabilité pourtant existe institutionnellement, dans les textes du moins. Elle en incombe à un président trop occupé à diviser pour régner, à opposer pour gagner du temps.

Le respect, ne peut pas être invoqué seulement le jour, visible, où les digues de la colère cèdent. Mais tous les jours, où le mépris fabrique la colère. Un pays où l’on ne discute pas ensemble parce que les pouvoirs méprisent toute parole de « ceux qui ne sont rien », c’est à dire qui n’apportent rien dans le sens de leurs intérêts. Un pays où les gens sont en permanence exclus, discrédités, ignorés, moqués s’ils ne partagent pas les objectifs austéritaires de l’Euro et les codes de cool-sélection du pouvoir.

 

Ce pouvoir pervers ne comprend que le rapport de force

Il lâche 2 milliards aujourd’hui parce qu’il a peur. On parle d’augmenter le Salaire Minimum parce qu’il y a rapport de force. Le PDG d’Orange, le patron des patrons, le gouvernement ont ouvert ce qui était tabou hier, la négociation sur la hausse des salaires parce que des gens ont eu le courage de se révolter.

Demain, c’est triste, on le sait bien que c’est au nombre de Porsche Cayenne brûlées que l’on mesurera l’ouverture démocratique que l’on obtiendra. Macron se bunkerise et attend maintenant de voir si des gens sont près à mourir -ce qui justifiera de lâcher plus- ou à tuer, -ce qui lui fournira peut-être l’argument pour durer- pour sortir de son mutisme. Son poker avec les vies des gens qu’il devrait protéger est lamentable, honteux.

C’est ce vendredi même où nous écrivons que cet arbitre indigne devrait mettre les pouces, ouvrir un vrai cadre démocratique : reconnaître les cahiers de doléances citoyens que collectent les mairies rurales, annoncer des élections qui en seront issues, aller vers un bouclier de revenu minimum garanti et un pacte de service public garanti aux territoires.

La liberté et l’écologie convergent dans l’urgence démocratiques des rues

Nous sommes conscients que nous allons devoir tous affronter un péril inédit avec l’effondrement environnemental en cours. Cela ira de paire avec un effondrement social, économique, sanitaire, des modes de vie etc. Les cris de détresse et les tuniques d’alarme des Gilets-Jaunes ne sont que l’avant-garde de cet effondrement.

Si nous ne sommes pas cohérents autour d’un projet choisi ensemble dans lequel chacun peut s’investir mais se sait aussi sécurisé, nous serons explosé par la réalité, laminés par la globalisation de ceux qui confisquent et aspirent nos ressources et nos biens de manière accélérée pour constituer leur bunker*. C’est dire la puissance écologique de la question démocratique en cours !

« Comment vivre cette fin de mois ? » et « comment vivre dans 20 ans ? » sont une seule et même angoisse : « comment vais-je offrir des cadeaux à Noël à mes enfants ? » revient beaucoup dans les propos des gilets-jaunes qui défileront partout et « comment mes enfants auront-ils accès à l’eau et aux soins ensuite ? » demandent les écolos qui défileront à Nation. Personne ne doit opposer l’une s’il ne peut répondre à l’autre.

Les uns sont dans le salariat, d’autres dans l’indépendance, tous ont en commun un travail détruit ou pourrit par la mondialisation libérale. Tous ont en commun de subir une dégradation de la vie et du bien commun, de la santé et des services publics qui vient du même accaparement par... le 1%, la Caste, l’oligarchie, le appelez cela comme vous voudrez dont Macron et En Marche ne sont que la vitrine légale, vitrine fissurée par les pavés actuellement. Et tant mieux.

Merci les lanceurs de pavé et d’alarme !

Les uns prennent leur responsabilités physiques et assument pour tous leur risque, ils méritent notre respect (même si parmi eux se glisseront des amateurs de sensation, des pillards et des provocateurs stars warholiens des caméras).

Ceux qui manifesteront à Nation pour la planète et ceux qui manifesteront à Bastille et République pour la France. Nous tous sympathisants des gilets-Jaunes et/ou des écolos nous devons prendre nos responsabilités, premièrement respecter ceux qui s’engagent au prix de nombreuses douleurs (au lieu de pleurer avec Madame Hidalgo sur le mobilier urbain), celle surtout d’être une foule immense et pacifique qui avance pour ses droits, sa survie, ses enfants, conscients que si ce gouvernement ne comprend que la force, se complaît perversement dans l’opposition brutale de ceux qui font métier d’être loyaux à l’ordre républicain et de ceux qui font conscience d’êtres fidèles au génie de la Liberté; opposition sadique et injustifiable de ses petits soldats Playmobil à nos lycéens; ce conflit mené par un pouvoir pervers narcissique, ne sera désarmé que par la masse pacifique des millions.

Bousculer ou construire ?

Autre chose. Les uns pensent qu’il est urgent de faire tomber ce pouvoir. Les autres de savoir ce que l’on veut mettre à la place, car le pouvoir vacant tombe souvent entre de mauvaises mains. Aidons là aussi par l’échange et le débat à recoller les deux. Car derrière le silence et l’adhésion passive de la majorité silencieuse aux Gilets-Jaunes, il y a un impensé. C’est cette réserve confuse d’émotions et d’opinions floues — qui suivent indifféremment les complotistes isolés ou la messe des médias — qui fait l’élection qui viendra « après ». C’est cela qui a installé Macron à l'Elysée et souhaite sa perte aujourd’hui, cela qui se donnera, nous donnera presque au hasard demain au premier homme providentiel venu (voir mon dernier papier à ce sujet mercredi), cet inconscient collectif qui peut vite se retourner et d’un même mouvement de manivelle du progrès pour tous à l’autoritarisme rassurant. Demandez aux pays qui ont su s’offrir le plaisir de faire choir un dirigeant honnit, si ce bonheur suffit comme garantie sur l'avenir avec celui qui le remplace...

Beaucoup de choses, hein ? Nous sommes partagés par des points communs en somme. Les uns ont rendez-vous à Nation, les autres à Bastille et République. Et donc... ?

Langlois-Mallet

* A ceux qui sont vraiment tourmentés par le destin du mobilier urbain « qui c’est encore qui va payer... » me disait une « indépendante » au comptoir ce matin. J’ai envie de répondre que 40 000 000 000 € de bien commun (corrigez si le chiffre de mémoire est approximatif), de richesse nationale, ont encore été aspirés sans y penser plus que cela et sans connaitre le montant du SMIC, par les députés LREM lundi vers les poches sans fonds des actionnaires du CAC40, alors même que la Place de la Concorde était occupée par les services de santé ! Les moyens existent et très largement, la seule question est de savoir où est la détermination.

NB : Les Amis, c'est écrit un peu à la va-vite au comptoir, donc sous les tirs croisés de BFM et des échanges polémiques du jour, pas forcément d'une structuration parfaite (l'écran de téléphone et les multiples interruptions n'y aident pas). Mais c'est vivant !

 

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