France Insoumise. Régnez, sans le pouvoir !

Vous voyez, si j'étais Méluche, je prendrais la situation sous l'angle positif. Surtout, ne pas rester passif. Rompre avec une culture de pouvoir/opposition, pour s'adapter à la donne nouvelle à trois ou quatre familles politiques.

Certes, on vient de passer à côté d'une situation politique magnifique. Mais si l'on regarde le beau, une force politique a émergé. 7 millions de gens sont connectés et disponibles sur des bases très intéressantes. C'est plutôt rare et précieux. Il ne faut surtout pas les décevoir.

Noyer cette force, la dissoudre dans le duel entre deux projets qui comportent chacun une part d'odieux (ou mieux pour retourner l'expression de Marine le Pen ce soir, qui portent une violence "fratricide") serait stupide, du vieux monde.

Nous sommes à un moment de décomposition. Je ne dis pas que c'est plaisant et stabilisant. C'est un fait et déjà mieux que la déprime qui le précède. Les Français ont eu la peau des deux grands partis et ont fait émerger du bouillon de culture deux monstres, l'un l'ultra fric, parti pour un projet violemment anti-social et l'autre, nationaliste par essence anti-humain. Le vieux n'en finit pas de pourrir, dans une odeur moribonde, et le neuf n'a pas encore émergé...

Regarder, pleurnicher, ne sert pas à grand chose. Voter blanc est un minimum pour ne pas se compromettre, insulter l'avenir et dissoudre ce potentiel magnifique. Se préparer à être une force de blocage à l'Assemblée, en attendant d'être de nouveau en situation de pouvoir faire, un devoir.

Alors je pense qu'il faudrait plutôt constater cette force que la défaite. Les 7 millions sont les arbitres, les faiseurs de rois. Il est possible de dire, soit vous jouez votre élection à la roulette entre vous et cela ne nous regardent pas. Soit vous abandonnez tous les points qui dans votre programme sont inacceptables à nos yeux : la casse sociale d'un côté, la déshumanisation de l'autre.

Ne surtout pas entrer dans une négociation de postes, sinon c'est un suicide morale. Juste dire. De la position de faiblesse où nous sommes, nous sommes au même endroit que le peuple, et nous obtenons des avancées en faisant reculer de l'inacceptable.

Ne pas donner de consignes de vote non plus. Laisser les gens libres et se comporter en adultes, même s'il n'est pas interdit d'éclairer leur choix. Mais pas seulement en leur donnant à gérer la défaite (comme actuellement, le vote blanc, nul ou Macron), en leur permettant d'offrir à la société des victoires. En prouvant notre force et notre utilité par l'effritement de ces projets extrémistes. Commencer dès maintenant le détricotage de la futur-super-loi-El-Khomri et celui de la future super loi anti-immigrés.

Idem à l'Assemblée demain. Ne pas se comporter en alliés potentiels avec des projets destructifs, mais se poser en arbitres, censeurs, déconstructeurs de projets minoritaires dans le pays. C'est-à-dire tabler sur une assemblée tripartite dont nous ne pouvons être le pouvoir, mais mieux la force centrale.

Marine le Pen ou Macron aura la présidence, ses huissiers et son bouton nucléaire, c'est un espace perdu certes, mais qui n'est TOUTE la politique que si l'on veut bien accepter cette croyance monarchique. La preuve est qu'un Hollande démonétisé, tout président qu'il soit, ne pèse pas plus qu'un fantôme.

Là où la situation de la France est effectivement psychanalytique, c'est qu'il faut faire le deuil du père (et ça tombe bien c'est ce que Mélenchon proposait, les électeurs viennent juste de lui demander d'être cohérent en le prenant au mot); non, la politique française ne pourra plus être un papa bienveillant qui fera le bien (ou qui déçoit). En l'état, ce sera une mère fouettarde dans l'ombre d'un père inquiétant, ou un fils irresponsable accroché à sa maman.

Le, la Président-e ne sera pas notre ami, mais cela ne va pas nous empêcher de faire de la politique ! Au contraire. Justement, cela va l'aviver.

Quel que soit celui-là, il ne faut pas qu'il ait les pleins pouvoirs en ayant l'Assemblée. Car les tensions françaises ne vont pas disparaitre demain. Et les libéraux comme les nationalistes resteront minoritaires, comme nous les humanistes.

Le 2e tour nous apprendra juste si les tensions restent ce qu'elles sont, un pouvoir détesté contre la société passive et rageuse, ou un conflit institutionnel entre un président et une Assemblée, une cohabitation tendue. Soit on continue à mettre la poussière sous le tapis, soit les tensions, existantes de toutes les façons, se manifestent. La politique est servie brûlante, ou froide, mais la composition des menus n'a pas changé avec cette situation.

Dans tous les cas, il faut jouer notre force à plein, SURTOUT SANS le pouvoir. Faire le deuil du règne, mais régner en fait depuis l'endroit où nous sommes.

Soyons une force utile qui va vers son devenir. Pas des chiens battus ou des pleureuses angoissées du vieil ordre des choses.

Langlois-Mallet

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