Lettre ouverte aux écologistes niçois

J'ai hésité longtemps à vous écrire ces mots, mais j'ai pour habitude de pratiquer la transparence et, devant l'enjeu et devant le sentiment d’écœurement qui me submerge, je me suis décidé à rédiger ces quelques lignes...

Bonjour,

J'ai hésité longtemps à vous écrire ces mots, mais j'ai pour habitude de pratiquer la transparence et, devant l'enjeu et devant le sentiment d’écœurement qui me submerge, je me suis décidé à rédiger ces quelques lignes. 

Nous sommes à une semaine du premier tour des élections municipales niçoises. Nous devrions vraisemblablement subir un troisième mandat estrosiste qui nous promet encore plus de béton, encore plus de pollution atmosphérique, encore plus de déchets, de nuisances sonores, de pollution visuelle et de déperdition énergétique.

Je ne suis pas un spécialiste du climat. Je ne suis pas un spécialiste de la décroissance, de la sobriété, ni de la collapsologie. Mais je sais que le mandat qui arrive est décisif. Durant les six prochaines années, si la transition écologique n'est pas réellement engagée à Nice, nous passerons un irrémédiable pallier, nous atteindrons un point de non retour. 

Le Collectif citoyens 06 est parvenu à faire entendre une triste réalité. 500 décès prématurés par an à Nice sont liés directement à la pollution atmosphérique parce que nous ne suivons pas les prescriptions de l'OMS. Mais sur combien d'autres décès et sur combien de pathologie cette pollution a-t-elle des impacts qui n'entrent pas dans ces 500 décès prématurés ? Il ne s'agit pas seulement de protection de l'environnement et de la biodiversité. Il s'agit de santé publique et cette question devrait interpeller même les plus climato-sceptiques.

Cette question aurait dû être au cœur du débat démocratique des municipales. Parmi les douze plus grandes villes de France, Nice est classée avant dernière dans la lutte contre la pollution de l'air. Ne pas lutter contre la pollution est irresponsable. Décider sciemment de polluer davantage est coupable. Or c'est très précisément ce que fait l'actuelle municipalité avec l'extension de l'aéroport de Nice et l'augmentation du nombre de passagers de 13 millions à 21 millions en 2030. Voter Christian Estrosi, c'est lui donner un permis de polluer encore davantage durant six ans.

Au niveau de la Métropole NCA, 60 % de la production de gaz à effet de serre provient des transports. Il faut bien sûr prendre des mesures sur les transports de marchandises et les poids lourds. Il faut surtout s'atteler à la place de la voiture en ville sans pour autant pénaliser ceux qui sont contraints de prendre leur voiture et qui ne peuvent acheter de véhicule moins polluant. Or nous ne pourrons réduire significativement, en six ans, la place de la voiture à Nice si nous ne parvenons pas à amorcer un profond changement de comportement. C'est la raison pour laquelle, en plus du développement des mobilités douces et d'un véritable plan vélo et des ZFE, nous proposons la gratuité totale des transports en commun pour offrir une alternative concrète et à moindre coût à l'usage du véhicule particulier.

Face aux dérèglements climatiques de plus en plus fréquents, qu'il s'agisse des inondations ou des canicules, il n'y a aucune anticipation de la part de la Ville de Nice, aucun plan de perméabilisation des sols, aucune réflexion sur le bâti et sur les nouvelles constructions vis-à-vis de la chaleur, rien. On continue à construire en zones anciennement inondables avec le même types de matériaux. On continue d'imperméabiliser les sols et d'importer des dalles sombres de Chine...

Nous sommes d'accord, je l'espère, pour dire que l'écologie doit être une priorité pour le futur mandat municipal. Mais l'urgence climatique et l'urgence sociale sont indissociables et nous ne devons pas traiter l'une sans l'autre : à causes communes, solutions communes. Et nous ne pourrons répondre à l'urgence sociale et à l'urgence climatique sans une démocratie active où chacun et chacun deviennent pleinement acteurs de la mutation que nous voulons mener. C'est la raison pour laquelle la liste Viva allie ces trois priorités qui interagissent et s'enrichissent les unes les autres : démocratie, écologie, solidarité.

Mais, une fois cela posé, je me dois de dénoncer ici un leurre, un mensonge, une supercherie. La liste EELV-AEI ne peut représenter l'alternative que nous appelons de nos voeux. Elle ne peut incarner l'écologie politique au conseil municipal et au conseil métropolitain. Et cela pour trois raisons : la première est politique, la seconde idéologique et la troisième est éthique.

D'un point de vue politique tout d'abord, alors que l'ensemble de la société civile s'est mobilisée, de collectifs citoyens en associations, de pétitions, de recours en justices en marches pour le climat, les élus EELV sortant ont été inaptes, durant six longues années d'opposition, à incarner une alternative et à donner à voir une autre vision du développement urbain à Nice, une autre gestion possible des déchets, une autre conception du réseau de transports, un autre mode de gestion de l'eau et des ressources énergétique. Ne cherchez pas leur bilan de mandats, ils n'en n'ont pas.

D'un point de vue idéologique, l'idée que l'écologie est ni de droite ni de gauche ne tient pas. L'écologie n'est pas soluble dans le libéralisme économique tel qu'il se développe actuellement et poser comme le fait cette liste une compatibilité entre l'écologie et le capitalisme est une erreur fondamentale. J'ajoute que ceux qui se disent "ni de droite ni de gauche" finissent généralement à droite. La proposition de Jean-Marc Governatori de généraliser les voisins vigilants et donc un système de délation citoyenne dans toute la ville le démontre.

D'un point de vue éthique désormais : Jean-Marc Governatori a été condamné à un an d'inéligibilité. Il a proposé à Brigitte Bardot d'être candidate à l'élection présidentielle alors que ses propos racistes et homophobes étaient connus de tous. Durant cette campagne municipale, la liste EELV-AEI a fait passer des salariés rémunérés qui distribuaient leurs tracts pour des militants écologistes. Ce n'est que lorsque l'affaire a été révélée par la presse qu'elle a reconnu les faits. Cette liste a également diffusé de faux micro trottoirs où l'on faisait passer pour des citoyens lambda des militants chevronnés. Mais il y a pire. Aucune réponse crédible n'a été apportée aux accusations extrêmement graves portées contre Jean-Marc Governatori selon lesquelles il serait un marchand de sommeil exploitant la misère humaine. J'espère que la famille en question sera rapidement relogée, que la justice sera saisie de cette affaire et que toute la lumière sera faite sur les faits rapportés. Mais, dans ses propres propos, le tête de liste EELV-AEI confirme qu'il relevait bien des loyers et quand on évoque le fait que la Préfecture avait déclaré le dit logement impropre à l'habitation, il botte en touche sans répondre en déclarant que l'Etat peut se tromper.

Autant je peux accepter le débat démocratique d'égal à égal avec des adversaires politiques ayant leur propre cohérence, autant là, nous touchons à la légitimité même à prétendre à des responsabilités d'élus. Nous sommes bien au-delà des enjeux politiciens. Nous sommes à un niveau de civisme qui nous impose de dénoncer l'illégitimité de cette liste à incarner des valeurs écologistes et humanistes.

Et ce n'est pas un hasard si Mari-Luz Hernandez Nicaise, ancienne conseillère municipale EELV de 2001 à 2014 et ancienne présidente de la Commission d'Appel d'Offres de 2008 à 2014 à la Ville de Nice, si Rémi Gaechter, ancien conseiller municipal EELV de 2001 à 2014 et si Jean-Noël Montagné, fondateur des Assises de la transition écologique et citoyenne 06 soutiennent la liste Viva.

En conséquence, j'invite l'ensemble des écologistes niçois à rallier la liste Viva !, à nous donner les moyens de peser dans les débats démocratiques en qualité d'élus municipaux et métropolitains, de tout faire pour bloquer et empêcher les projets polluants de Christian Estrosi et de démontrer avec vous, à l'ensemble de la population, tout au long du prochain mandat, dossier après dossier, qu'une alternative réellement écologique est possible à Nice.

Les 15 et 22 mars prochain, votez et faites voter massivement pour la liste Viva ! Démocratie, écologie, solidarité.

 

David Nakache

Président de l'association "Tous citoyens !"

Candidat sur la liste Viva, démocratie, écologie, solidarité.

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