Mépris macronien : une stratégie irresponsable

Alors que le mouvement des Gilets Jaunes est en partie le prix de son mépris, alors qu'il tente officiellement d'apaiser les choses avec un débat national qu'il fausse lui-même dès son lancement, Emmanuel Macron en rajoute et joue les pyromanes irresponsables à grand coups de petites phrases méprisantes et insultantes. Comment expliquer ce comportement proprement indigne d'un chef de l'Etat ?

La France est le théâtre, chaque semaine, de violences extrêmes, y compris contre la presse, pilier de notre vie démocratique. Nous comptons 12 décès directement ou indirectement liés au mouvement des Gilets Jaunes. Quand bien même les revendications sociales et démocratiques, sont légitimes, les violences, elles, sont inacceptables.

L’Etat exerce lui aussi une violence illégitime : les exactions des forces de polices à l’encontre des manifestant et en particulier des jeunes, et la violence sociale, invisible, non quantifiable, poussant chaque jour un peu plus à bout une part grandissante de la population.

Le débat national lancé par le chef de l’Etat est faussé dès son lancement. Il ne répond pas aux revendications faites par les Gilets Jaunes (justice fiscales, augmentation des salaires et des retraites, coût de la vie, refonte démocratique) pour y substituer des thèmes volontairement polémiques (laïcité, quotas migratoires). Sa lettre aux Français apparaît comme le point culminant d'une mascarade faite tout à la fois de démagogie et d'improvisations hasardeuses très inquiétante pour la fin de son mandat.

Dans ce contexte, voir le Président de la République se livrer à de nouvelles « petites phrases » méprisantes et insultantes laisse pantois.

Il a exaspéré et blessé les Français, ceux qui ne sont « rien », les « illettrés »,  ceux qui n’ont qu’à « traverser la rue » pour trouver un travail, ceux qui coûtent à la France « un pognon de dingue », ceux qui « se plaignent » et sont « réfractaires au changement ». Et il nous dit désormais que nous avons perdu « le sens de l’effort » et que certains parmi nous, en difficulté, « déconnent ».

Emmanuel Macron joue les pyromanes au pire moment. Alors que le mouvement des Gilets Jaunes est en parti le prix de son mépris, il en rajoute, il provoque, il pousse à la faute. Comment expliquer ce comportement proprement indigne d’un chef de l’Etat ?

Nous ne pouvons supposer un manque d’intelligence de sa part. Nous pouvons, par contre, émettre, a minima, au moins deux hypothèses, aussi graves qu’effrayantes :

Hypothèse n°1 : l’irresponsabilité.

Le Président serait à ce point déconnecté du réel, hors sol, qu’il ne mesurerait pas la portée de son mépris. Il pratiquerait une forme de provocation irresponsable à l’égard des Français, enivré par le pouvoir, certain de remporter ce bras de fer et réduisant de fait son mandat à un simple rapport de force.

Hypothèse n°2 : la stratégie

Emmanuel Macron ferait le choix délibéré de la provocation, après neuf semaines de violences généralisées et incontrôlées, pour pousser le pays à un paroxysme de crise. Devant l’aggravation de la situation et l’avènement d’un point critique, il tenterait alors d’instaurer un pouvoir autoritaire, seul capable de restaurer l’ordre républicain.

Il n’est pas à exclure que le comportement inconséquent du Président résulte d’un mixte de ces deux hypothèses, une stratégie irresponsable.

Entre des scènes répétées semaines après semaines d’une insupportable violence d’une part et la stratégie irresponsable du chef de l’Etat de l’autre, il nous revient à nous, citoyens, d’être intelligents pour trois.

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