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Billet de blog 15 mai 2014

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Non, Monsieur Ciotti, ce n'est pas cela la laïcité !

En souhaitant la bienvenue au nouvel évèque de Nice le 11 mai 2014, le Président du Conseil Général des Alpes-Maritimes, Eric Ciotti, a repris une formule dont il avait déjà fait usage en septembre 2013 et qu'il a à nouveau posté sur son compte twitter : "Le principe de laïcité garantit la liberté de culte mais n'interdit en rien de revendiquer & défendre notre héritage chrétien."

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

En souhaitant la bienvenue au nouvel évèque de Nice le 11 mai 2014, le Président du Conseil Général des Alpes-Maritimes, Eric Ciotti, a repris une formule dont il avait déjà fait usage en septembre 2013 et qu'il a à nouveau posté sur son compte twitter : "Le principe de laïcité garantit la liberté de culte mais n'interdit en rien de revendiquer & défendre notre héritage chrétien."

Or, il faut ici différencier les déclarations d'une personne en son nom propre, en tant qu'individu, et ses déclarations en tant que représentant politique d'une collectivité territoriale et donc de ses administrés.

L'individu Eric Ciotti a parfaitement le droit revendiquer et défendre un héritage religieux, c'est même la loi de 1905, de séparation des Eglises et de l'Etat, qui le lui permet en préservant la liberté de culte dans le respect de la loi et de l'ordre public.

Pour autant, qu'Eric Ciotti, en qualité de Président du Conseil Général des Alpes-Maritimes, revendique publiquement un héritage religieux est contraire à la neutralité des pouvoirs publics, nationaux comme locaux, en matière de religion. Et cette déclaration est donc contraire au principe de laicité. 

En effet, si la laicité est la liberté de culte de chacun dans le respect de la loi, c'est précisément parce que l'espace public laique est un espace neutre. Les manifestations religieuses y ont lieu après autorisation des pouvoirs publics locaux. Cette neutralité de l'espace public laique dépend de la neutralité des pouvoirs publics eux-mêmes qui ne doivent en aucun cas manifester une préférence religieuse, quelle qu'elle soit. Il en va du vivre ensemble au sein de notre "res publica", la République étant notre "chose commune" à tous.

Le Président du Conseil Général doit représenter et traiter avec équité tous les citoyens résidents dans son département. Indiquer une préférence religieuse consitue une parole publique si ce n'est d'exclusion, tout du moins exclusive.

Alors que l'on a longtemps débattu des "racines chrétiennes de l'Europe" chères à Silvio Berlusconi et à Nicolas Sarkozy, alors que le débat sur les élections européennes démontre que la difficile contitution de l'Union Européenne en tant qu'acteur économique et politique majeur soufre d'un sentiment d'appartenance et d'identification à l'Europe assez faible, le Président du Conseil Général des Alpes-Maritimes, envoie un message exclusif au lieu de développer un discours d'inclusion et de rassemblement : il nous rappelle à tous, chrétiens ou non, croyants ou non, que notre département est une terre chrétienne.

Dans le même temps, Eric Ciotti plaide pour la non suppression du Conseil Général afin de ne pas supprimer des "liens identitaires" (compte Twitter, 13 mai 2014).

Là encore, Eric Ciotti semble entretenir volontairement la confusion : le fait de supprimer la collectivité territoriale qu'est le Conseil Général ne revient pas à supprimer le département comme entité administrative dirigée par le représentant de l'Etat qu'est le Préfet.

En deux jours, le Président du Conseil Général 06 revendique un héritage chrétien et défend les "liens identitaires" au sein des départements. Mais de quels liens identitaires s'agit il ? De quelle identité parle-t-on ici ? Veut-il réouvrir un débat sur l'identité ?

On est en droit d'attendre du représentant d'une collectivité territoriale un discours républicain oeuvrant au rassemblement et à l'implication de tous les citoyens pour le bien commun et non un discours marquant les différences et les revendications identitaires.

On peut espérer d'un Président de Conseil Général, à tout le moins, le respect de la stricte neutralité des pouvoirs publics locaux en matière de religion.

C'est aussi cela, Monsieur Ciotti, la laicité. 

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