Quitter le PS pour rester socialiste

Je suis entré au Parti Socialiste en 2006. Adhérent de la section "Nice Massena" puis à "Nice 9", j'y ai rencontré des camarades sincères et désintéressés, avec qui nous avons milité et débattu des heures durant avec un plaisir sans cesse renouvelé.

Mandataire d'Arnaud Montebourg depuis la si belle campagne des primaires ouvertes en 2011, j'ai été directeur de campagne au niveau fédéral pour les présidentielles de 2012 (organisation des opérations "Tous sur le pont !", des porte-à-porte et des meetings, dont ceux de de Christiane Taubira et de François Hollande) puis membre des instances fédérales et secrétaire fédéral au laboratoire des idées. J'ai également été coordinateur du projet municipal pour la campagne de Patrick Allemand à Nice, en 2014, que j'ai secondé et soutenu autant qu'il m'était possible dans sa difficile opposition à Christian Estrosi.

Nous avons organisé une bonne trentaine de débats publics ou conférences, tantôt avec la section Nice Massena (la laïcité avec Henri Pena Ruiz), tantôt avec le comité « Des idées et des rêves 06 » (l’éducation avec Jean-Pierre Obin, l'environnement avec Philippe et Catherine Outrequin, l'immigration dans les AM avec Yvan Gastaut, l'open data avec Inès Hammami, les systèmes familiaux chez Todd avec Jean Marc Glachant, la démocratie participative avec Anne Piriou, la place des oppositions locales au sein de l’UE avec Rémi Boggio, les institutions européennes avec Jean Baptiste Coutelis, la démondialisation, le libéralisme, la dérive populiste, le multiculturalisme, etc.), tantôt avec le laboratoire des idées (conseil interfédéral avec Laurent Bouvet et Sarah Proust, la République exemplaire avec Paul Alliès, la loi sur l'ESS avec Marc Daunis, Jean Jaurès avec Arno Munster, etc.).

A l'initiative de campagnes de terrain comme la votation citoyenne sur le tramway en souterrain, j'ai participé, avec de nombreux camarades, anonymes et dévoués, à toutes les campagnes, toutes les réunions, toutes les manifestations...

Bref, voilà pour le résumé factuel de 9 années de militantisme et mes états de service à la fédération du Parti Socialiste des Alpes-Maritimes.

Je tiens à remercier ici l'ensemble des intervenants et participants à ces débats et conférences, l'ensemble des militants ayant contribué à ces campagnes et actions de terrain.

Mais, en tant que socialiste, j'ai décidé de quitter le PS pour rester fidèle à mes idéaux et à mes engagements. 

Les bilans et analyses de la politique gouvernementale menée, d'inspiration libérale, ont déjà été produits par quantité d'observateurs plus qualifiés que moi. Le positionnement "suiviste" du Parti Socialiste a déjà fait l'objet de critiques argumentées durant le congrès de Poitiers. Je ne vais pas refaire ici l'inventaire des renoncements et manquements à la parole donnée, il suffira de citer la capitulation de Florange, la non renégociation du TSCG, l’ANI, la non réforme fiscale, l’insuffisance coupable de la lutte contre la finance, les dizaines de milliards d'aides aux entreprises sans contrepartie ni discernement, le plafonnement des indemnités prud’homales, l’extension du travail le dimanche, la loi sur le renseignement ou le recours au 49-3…

Pour autant, les faits sont là : Jean Christophe Cambadelis a été démocratiquement élu, il peut légitimement, avec sa nouvelle direction du Parti Socialiste, redéfinir le Parti Socialiste en parti social-démocrate (ce qu'il s'est empressé de faire au soir du vote sur les motions) et cautionner la politique sociétale-libérale menée par le gouvernement. Et il en va de même pour la fédération des Alpes-Maritimes où Xavier Garcia a été plébiscité par les adhérents.

Si j'estime que la politique gouvernementale et la ligne politique du PS ne correspondent plus au socialisme que je défends, force est de constater, a contrario, que je n'ai plus de légitimité à parler au nom de ce parti. Je le quitte donc à compter de ce jour.

Je ne critique personne et ne veut pas m'inscrire dans la longue liste des camarades claquant la porte dans des règlements de comptes internes déballés en public. Si les idées que je porte sont restées minoritaires au sein de ma propre famille politique, c'est tout simplement que je n'ai pas su convaincre les miens.

Beaucoup me disent aujourd'hui que je devrais rester pour préparer l'avenir parce que "c'est maintenant qu'il faut se placer" puisqu'une "génération s'en va". D'autres me disent que je devrais rester car sinon je ne "passerais plus dans la presse" ou encore que je ne pourrais jamais "arrêter" la politique...

Je ne me suis pas engagé en politique pour "me placer", "faire carrière" ou être "sous les projecteurs". Les medias permettent la diffusion des idées, l'information et la formation des citoyens. J'y porte une voix pour contribuer, à mon niveau, à combattre les hégémonies culturelles nationales et locales.

Je ne vais pas mettre un terme à mon militantisme parce que je quitte le Parti Socialiste : je quitte le Parti Socialiste précisément afin de pouvoir continuer à militer pour les causes que j'estime être justes et défendre les solutions auxquelles je crois, indépendamment des querelles de courants ou des ambitions personnelles des uns et des autres.

Socialiste, humaniste et républicain, je ne peux rester adhérent du PS sans trahir mes idéaux ni manquer à mes engagements.

On me demande déjà dans quel autre parti je m’engage et je remercie au passage les camarades d'autres partis m'ayant déjà invité à les rejoindre. Qu'il me soit donné un peu de temps afin de déterminer les modalités de mon militantisme à venir...

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