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Billet de blog 17 sept. 2015

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Accueillir en tirant les leçons du passé

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On essaie de nous faire croire que la vie d'un SDF français vaut plus que la vie d'un réfugié étranger, comme si l'on devait opposer la misère de l'un à la souffrance l'autre, comme si la préférence nationale, hier honteuse et illégale, devenait aujourd'hui la norme. Mais nous, humanistes, nous savons que l'on ne classe pas les êtres, décrétant qui mérite de vivre et qui peut mourir.

On essaie de nous faire admettre que la vie d'un demandeur d'asile chrétien vaut plus que la vie d'un demandeur d'asile musulman, comme si tout musulman était un terroriste potentiel, comme si à la préférence nationale des uns devait s'ajouter la préférence religieuse des autres. Mais nous, héritiers de la tradition des Lumières, universalistes et républicains, nous ne sommes pas de ceux qui classent les êtres en fonction de leur confession. Nous défendons une France qui demeure un pays laïque, respectant toutes les croyances. Nous refusons de traiter différemment les individus en fonction de leur origine, leur race, leur genre ou leur religion.

On essaie de nous convaincre que la vie d'une famille fuyant la guerre vaut plus que la vie d'une famille fuyant la misère et que, triant le bon grain de l'ivraie, il faudrait accueillir les réfugiés de guerre et laisser mourir en mer les réfugiés climatiques et les migrants économiques. Mais nous, habitant du pays des droits de l'Homme, défenseur d'une France terre d'accueil, nous savons que la réalité est éminemment plus complexe, que bien des réfugiés politiques sont en même temps des réfugiés climatiques et économiques. Nous connaissons notre histoire, faite de migrations successives, y compris économiques. On veut nous faire croire à la fable des "français de souche", mais nous savons que nous sommes tous, de près, de loin ou de très loin, des enfants d'immigrés.

Nous ne pouvons donc qu'accueillir. Et, de fait, quand bien même nous limiterons l'accueil, quand bien même nous le limiterions drastiquement, nous accueillerons. Alors bien évidemment, comme le disait Michel Rocard dans une phrase trop souvent tronquée et galvaudée, si on ne peut accueillir toute la misère du monde, chacun doit en prendre sa juste part.

La première difficulté consiste à définir cette juste part et à tenter de maîtriser autant que faire se peut les flux migratoires, mais, pour lors, l'Union Européenne fixant des quotas à chaque pays membre, la question est très provisoirement en suspens.

La seconde difficulté consiste à déterminer comment accueillir dignement ces hommes, ces femmes et ces enfants et mérite quelques précisions.

Nous avons constaté les effets catastrophiques de la concentration des populations étrangères dans les cités périphériques des grands centres urbains. Ne reproduisons pas les erreurs du passé. Ne créons pas, en France, de nouveaux ghettos à chaque nouvelle vague migratoire.

Nous savons que si le regroupement communautaire est un comportement légitime, chacun se tournant naturellement vers ceux avec qui il partage le plus de choses en commun, il peut nuire à l'intégration.

Le regroupement communautaire ne favorise pas l'apprentissage de la langue, des lois et des us et coutumes du pays d'accueil, notamment pour les enfants.

Un enfant parlant à la maison sa langue maternelle, regardant à la télévision des dessins animés dans sa langue maternelle, jouant dans la cour de son immeuble avec des enfants parlant eux aussi la même langue que lui, allant à l'école dans une classe d'élèves nouvellement arrivés en France parlant également entre eux la même langue que lui, cet enfant n'entend au final la langue française que dans la bouche de son enseignant, quelques heures par jour. Il s'intégrera bien plus lentement qu'un enfant devant apprendre le français ne serait-ce que pour jouer avec d'autres enfants. Il en va de même pour un adulte travaillant sur un chantier où tout le monde, du contremaître au maçon, parle sa langue maternelle.

Le regroupement communautaire freine l'intégration. La concentration urbaine suscite des comportements agressifs en réaction à des conditions de vie difficiles, en milieu hostile. La petite délinquance, les trafics en tous genres alimentant l'économie parallèle, la drogue... nous entretenons un système tel qu'un premier ministre en vienne à parler "d'apartheid territorial, social et ethnique".

Nous devons répartir les populations étrangères arrivant en France, demandeurs d'asile comme réfugiés climatiques et économiques, sur l'ensemble du territoire national, dans chaque département, dans chaque ville et chaque village, car "chacun doit en prendre sa juste part". Ainsi éviterons-nous qu'en France, 80% de la population d'un quartier, voire plus, puisse être d'origine étrangère.

Alors, bien sûr, cette proposition s'oppose temporairement au principe de libre circulation des personnes. Mais quelle chance d'intégration sociale et de réussite scolaire puis professionnelle voulons-nous offrir aux enfants que nous accueillons ? Par ailleurs, combien d'écoles de villages risquent de fermer en France, condamnant des villages entiers à une mort lente mais certaine ? 

Il ne s'agit pas de séparer des fratries ou d'imposer une assignation à résidence durant de longues années, mais simplement d'accueillir les populations étrangères dans les conditions les plus dignes possible. Bien sûr des réfugiés politiques et des migrants économiques retourneront dans leur pays d'origine mais, durant leur temps de séjour en France, ils ne viendront pas grossir les masses d'habitants de quartiers déjà surpeuplés. Bien sûr, une intégration réussie, notamment en zone rurale, nécessite un accompagnement et un suivi personnalisés, et doit s'inscrire dans une politique d'envergure de redynamisation des territoires.

Il s'agit d'une part de ne pas créer de nouveaux ghettos ou de ne pas grossir les ghettos existants, d'autre part de favoriser l'intégration des accueillis et, enfin, de contribuer à repeupler et redynamiser des territoires en voie de désertification rurale.

Accessoirement, il s'agit aussi de redonner à la France, terre d'accueil, une politique à la hauteur de ses prétentions éthiques.

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