La sagesse de Geneviève, le mépris du Président

Pendant que Geneviève Legay est hospitalisée, le Président livre à son encontre un sarcasme inutile et insultant. Oui, Geneviève est septuagénaire. Et alors ? Arrête-t-on d'être citoyen lorsque l'on a plus de 70 ans ? Est-on soudain disqualifié à porter une revendication publique ? Geneviève, par son humanisme et sa solidarité, pourrait donner bien des leçons de sagesse à Emmanuel Macron.

Notre camarade et amie Geneviève Legay est hospitalisée et nous sommes tous inquiets pour elle. Ce matin, le Président Macron s'est fendu d'un sarcasme dont nous nous serions bien passés.

Samedi 23 mars 2019, Geneviève, 73 ans, inlassable défenderesse des libertés et des solidarités, a été grièvement blessée lors d'une chute provoquée par la charge brutale des forces de l'ordre. Elle souffre de plusieurs fractures du crâne. 

Christophe Castaner, ministre de l'Intérieur, ne cesse, depuis le début du mouvement des Gilets Jaunes, d'expliquer qu'il fait la distinction entre les casseurs et les manifestants légitimes. Geneviève, Monsieur le ministre, n'est pas un dangereux Black Bloc, c'est une militante pacifiste venue défendre le droit de manifester.

Le rassemblement Place Garibaldi à Nice, bien que non autorisé, était pacifique et composé majoritairement de militants progressistes qui ne présentaient ni danger ni menace pour l'ordre public. Aucun jet de projectile, aucun acte de violence, ni même aucune insulte de la part des manifestants.

La charge policière, elle, ordonnée par le commissaire Rabah Souchi, en charge des opérations, était inutile et disproportionnée. Cette charge est la résultante de la pression continue des tenants du tout sécuritaire locaux et nationaux qui ne voient comme seule alternative aux mouvements populaires que la répression aveugle. Et Geneviève en paye le prix fort.

Le Président de la République affirme ce matin, dans les colonnes de Nice Matin, que Geneviève Legay "n'a pas été en contact avec les forces de l'ordre". En réalité, c'est l'enquête en cours qui établira les faits. Que le Président commence par laisser la justice travailler et par respecter la séparation des pouvoirs.

Il ajoute que "lorsqu'on est fragile, qu'on peut se faire bousculer, on ne se rend pas dans des lieux qui sont définis comme interdits et on ne se met pas dans une situation comme celle-ci." Narquois, il termine en lui souhaitant un prompt rétablissement "et peut-être une forme de sagesse."

C'est par ce genre de petites phrases méprisantes que le chef de l'Etat, au lieu d'apaiser les tensions sociales, jette continuellement de l'huile sur le feu.

Comme le sien, les commentaires condescendants et paternalistes sur l'âge de Geneviève qui inondent le débat public résonnent pour nous comme une insulte. Oui, Geneviève est septuagénaire. Et alors ? Arrête-t-on d'être citoyen lorsque l'on a plus de 70 ans ? Est-on soudain disqualifié à porter une revendication publique ? On aurait encore le droit de voter mais pas le droit de manifester ? 

Monsieur le Président, Geneviève Legay, par son engagement humaniste et ses actions de solidarités, a fait preuve de bien plus de sagesse que vous. Et votre gestion du pays nous laisse tous penser que Geneviève pourrait vous donner bien des leçons de sagesse...

 

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