Nice, armes à feu dans nos écoles : transparence et débat public

La Ville de Nice a décidé de poster un policier municipal armé dans chaque école primaire en se basant sur un audit réalisé par une société israélienne. Or une arme a feu présente toujours un danger et l'école doit être préservée de l'angoisse sécuritaire. Les parents y sont interdits d'école et les citoyens tenus à l'écart : la sécurisation de nos écoles mérite transparence et débat public.

La dernière lubie sécuritaro-électorale de la Ville de Nice est tombée. Non, il ne s'agit pas, cette fois, des Roms, SDF, baigneuses en burkini, drapeaux étrangers ou mariés trop bruyants. 

Ils s'agit de nos enfants : un policier municipal armé d'un 9mn sera présent dans chaque école primaire. Oui, vous avez bien lu. Uniformes et armes à feu, l'école républicaine "sanctuarisée" cède le pas devant l'obsession sécuritaire post-attentat. 

Cette mesure est contestable pour moins quatre raisons :

1. L'armement des policiers municipaux

Nous étions nombreux, avant les attentats de 2015, à nous opposer à l'équipement des policiers municipaux en armes à feu en raison de leur mode de recrutement et de l'insuffisance de leur formation, en comparaison à celle dont bénéficient gendarmes et policiers nationaux. Étrangement, ces arguments ne seraient plus valables suite à la vague d'attentats sanglants commis sur notre sol. Or plus la menace est grande et plus nous avons besoin d'un dispositif sécuritaire efficace.

De deux choses l'une : soit pour être habilité à détenir et se servir d'une arme à feu il faut bénéficier préalablement d'une formation aussi exigeante que celle des gendarmes et policier nationaux, et dans ce cas il ne faut pas armer les municipaux, soit cela n'est pas nécessaire et on se demande alors pourquoi imposer cette formation aux gendarmes et policiers nationaux.

Ce n'est pas faire injure à nos policiers municipaux, très sollicités par ailleurs et dont les conditions de travail se dégradent, que de vouloir séparer clairement les prérogatives des uns et des autres. Aux maires la prévention de la délinquance, à l'Etat la répression. Que chacun se consacre pleinement à sa mission.

Il n'est pas acceptable que l'Etat se défausse de son obligation de protection des citoyens sur les communes ou les inter-communalités car l'égalité républicaine est rompue : selon que votre commune sera puissante ou moins fortunée, vous et vos enfants serez plus ou moins bien protégés.

Bernard Cazeneuve, alors ministre de l'Intérieur, a ainsi commis une faute en incitant les maires à armer leurs policiers municipaux. Mais chaque maire reste décideur d'armer ou non ses policiers municipaux.

2. Des armes à feu dans les écoles primaires

Disons-le clairement : nous nous opposons à la présence d'armes à feu au sein des écoles primaires, même à la ceinture de policiers en uniforme, car une arme à feu présente toujours un danger. 

Le 22 janvier 2015 un militaire en faction devant le centre Habad Loubavitch de Nice a tiré accidentellement une rafale de trois balles qui n’a, heureusement, pas fait de blessé. La rafale était due à une erreur de manipulation de son arme, alors tournée vers le sol. Imaginez qu'une erreur de ce type se reproduise mais cette fois au sein d'une école primaire...

De plus, la présence d'armes a feu peut présenter un caractère anxiogène pour les petits. Il faut préserver l'école comme un espace d'apprentissage et de transmission des savoirs dédié à l'enfance. 

L'école doit être protégée des menaces potentielles à l'extérieur mais préservée de la peur de la pression sécuritaire à l'intérieur. Oui, il faut sécuriser les abords des écoles. Mais il faut aussi préserver l'enfance de nos enfants. 

Et si l'on doit intégrer la menace terroriste dans l'éducation civique c'est aux enseignants de décider quand et comment parler aux enfants de ce danger car eux sont formés et compétents pour cela. 

Les policiers municipaux affectés aux écoles recevront-ils une formation pour répondre de façon adaptée aux questions que ne manqueront pas de leur poser les élèves ?

3. Un véritable débat public sur la sécurisation des écoles 

La Ville de Nice, pour fonder sa décision, a rémunéré un cabinet d'audit israélien pour vérifier la sécurisation de ses écoles. Choix étonnant, sauf à considérer Israël comme un modèle de sécurité... et de démocratie.

Avant tout, Nice est-elle la seule ville française confrontée à ce problème ? Alain Juppé à Bordeaux ou Anne Hidalgo à Paris ne postent pas de policiers municipaux armés dans les écoles de leurs villes. A-t-on entendu quelqu'un s'en plaindre ? Les écoliers bordelais ou parisiens sont-ils moins en sécurité que les écoliers niçois ? Et que font nos pays voisins en Europe ? 

Financer un cabinet d'audit israélien n'est pas une caution en soi et Israël n'est pas un modèle sécuritaire transposable à la France. La sécurisation de nos écoles mérite un véritable débat public et que des éléments probants soient versés à ce débats et accessibles à tous : 

- Combien a coûté au Niçois l'étude menée par ce cabinet israélien ?

- Les résultats de cet audit sont-ils publics ? Et si non, pourquoi ?

- Quelles sont les écoles niçoises à sécuriser en priorité au regard de cette étude et quelles mesures ont été prises par la Ville ? 

- D'autres études ont-elles été menées, notamment en comparant les dispositifs mis en place ailleurs en France et en Europe ?

Nous demandons que la plus grande transparence soit faite et qu'un débat public ait lieu sur la sécurisation des écoles primaires à Nice.

4. Faire participer parents et citoyens

A Nice, les parents sont interdits d'école et ne peuvent plus pénétrer dans les établissements scolaires. Ils sont donc considérés comme un danger potentiel.

Or, si bien évidemment un terroriste peut se dissimuler parmi les parents d'élèves, le fait de provoquer un attroupement de parents accompagnant leurs enfants devant les école sans pouvoir y entrer engendre des problèmes de sécurité supplémentaires : mise en danger liée à la circulation, cibles faciles pour un terroriste que cet attroupement de parents et d'enfants devant les écoles.

Nos élus semblent ignorer un éléments simple et pourtant évident : les parents souhaitent par-dessus tout protéger leurs enfants. Nous serons donc les premiers à réagir et signaler un comportement suspect ou toute mise en danger de nos enfants.

Pourquoi fermer l'école aux parents alors que les parents sont les premiers agents de sécurité de leurs enfants ?

Les citoyens doivent être associés à la politique sécuritaire et ne doivent plus en être exclus. Faire participer les citoyens ne se résume pas à mettre en ligne un questionnaire biaisé leur demandant s'ils souhaitent que les policiers municipaux aient les mêmes prérogatives que les nationaux.

Et associer les habitants ne veut pas automatiquement dire que des brigades ciitoyennes se substituent aux forces de l'ordre : nous avons besoin de professionnels formés et compétents pour cela. 

La participation citoyenne est l'une des clefs de la réussite des dispositifs de sécurité. Les citoyens doivent être co-décideurs et acteurs de la politique sécuritaire locale, associés à chacune des étapes de son élaboration, de sa mise en oeuvre et de son évalutation. Nous le voyons à chaque comité de quartier où les questions sécuritaires reviennent sans cesse sans que cela soit formalisé et suivi d'effets probants. C'est à qui crie le plus fort et met le plus de pression sur l'élu local présent. Nous devons mettre en place une évaluation citoyenne des politiques publiques, et notamment des politiques sécuritaires.

Poster un policier municipal armé dans chaque école primaire, comme le veut la Ville de Nice est une fausse bonne idée. Cette mesure démontre à nouveau l'absence de réflexion globale sur la sécurité et la volonté de tenir les citoyens à l'écart des décisions les plus importantes. 

Nous savons, et le drame de Nice nous l'a douloureusement rappelé, que la sécurité est l’affaire de tous. Permettons donc à chacun d'y participer.

 

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