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Leur "Déclaration sur la situation aux frontières extérieures de l'UE" qui en a découlé est un modèle d'hypocrisie et de cynisme absolu.
Statement on the situation at the EU's external borders
Decryptage de quelques morceaux choisis :
"le Conseil exprime sa solidarité avec la Grèce, la Bulgarie et Chypre et les autres États membres qui pourraient être touchés de la même manière, y compris dans les efforts de gestion des frontières extérieures de l'UE."
Comme l'a rappellé Agnès Callamard dans Mediapart : "La technique de refoulement (push back) à laquelle [le gouvernement Grec] a recours est interdite par la Convention de Genève et par les conventions relatives aux droits humains. La Grèce est dans une situation de non-droit absolu en termes de droit international"(1)
Les gardes-côtes grecs repoussent les embarcation, tirent des coups de feu en guise de sommation (2).
Le conseil européen, au lieu de condamner ces violations du droit international, lui exprime sa solidarité.
"Tout en reconnaissant la charge et les risques migratoires accrus auxquels la Turquie est confrontée sur son territoire et les efforts substantiels qu'elle a déployés pour accueillir 3,7 millions de migrants et de réfugiés, le Conseil rejette fermement l'utilisation par la Turquie de la pression migratoire à des fins politiques."
Pour rappel, l'Europe a conclu en 2016 un accord ignoble avec la Turquie. Elle n'a rien fait d'autre que de payer plusieurs milliards d'euros à Erdogan afin qu'il retienne ou reprenne les milliers d'hommes, femmes et enfants qui veulent demander une protection en Europe. L'Europe a payé un pays qui ne respecte pas les droits de l'Homme, afin qu'elle-même puisse ne pas respecter la Convention de Genève.
"Le franchissement illégal des frontières ne sera pas toléré."
Article 31 de la convention de Genève : "Les Etats contractants n'appliqueront pas de sanctions pénales, du fait de leur entrée ou de leur séjour irréguliers, aux réfugiés qui, arrivant directement du territoire où leur vie ou leur liberté était menacée au sens prévu par l'article premier, entrent ou se trouvent sur leur territoire sans autorisation, sous la réserve qu'ils se présentent sans délai aux autorités et leur exposent des raisons reconnues valables de leur entrée ou présence irrégulières."
Le Conseil européen indique clairement qu'elle ne tient plus compte de la convention, et ne tolère plus le droit d'asile.
"Les migrants ne doivent pas être encouragés à mettre leur vie en danger en tentant de franchir illégalement les frontières terrestres ou maritimes.(...) L'UE continuera à lutter activement contre le trafic d'êtres humains."
Il faut le rappeler sans cesse : c'est l'UE, en imposant des visas, en fermant ses frontières, qui encourage les demandeurs d'asile à mettre leur vie en danger et en favorisant le trafic d'êtres humains.
"Tous les États membres, la Commission européenne et les agences de l'UE sont prêts à renforcer leur soutien aux zones sous pression, notamment par le déploiement de l'intervention rapide aux frontières de FRONTEX et par une assistance technique supplémentaire."
Il y a 2 jours, Ursula von der Leyen a déclaré "Ceux qui cherchent à tester l'unité de l'Europe seront déçus"(3).
En effet, c'est vérifié, l'Europe est unie. Unie dans le non-respect des conventions et du droits international.
Dans sa déclaration, PAS UN MOT sur le sort des milliers d'hommes, femmes et enfants qui fuient la guerre ou la misère.
Ceux qui cherchent à tester l'unité de l'Europe sont déçus.
Ceux qui cherchaient à tester son humanité encore plus.
(1) https://www.mediapart.fr/journal/international/030320/refugies-la-grece-est-dans-une-situation-de-non-droit-absolu (Réservé aux abonnés)
(2) https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/migrants/video-des-migrants-attaques-en-mer-par-des-garde-cotes-grecs_3850609.html
(3) https://www.lemonde.fr/international/article/2020/03/03/face-a-l-afflux-de-migrants-l-ue-promet-toute-l-aide-necessaire-a-la-grece_6031689_3210.html