Ce soir j'applaudirai et à 20 heures 02 je taperai sur les casseroles

Les timides applaudissements du début se sont étoffés peu à peu, puis de jour en jour. Tiendront-ils le coup ?

Les timides applaudissements venant des fenêtres de mes très tranquilles voisins se sont étoffés peu à peu, puis de jour en jour.

Pourquoi ces applaudissements ?

Au début, je n'en ai pas compris la raison. Puis, ce message des réseaux sociaux défila sous mon nez : "À 19h pétantes#OnApplaudit en signe d'encouragement aux soignants qui risquent leur vie à lutter contre le covid 19 !"

Ainsi fut fait. Et les soignants furent émus et remercièrent chaleureusement.

Puis, deux ou trois jours plus tard, les politiques et les medias s'emparèrent de ce signe spontané de solidarité qui se répandait de ville en ville : À 20 heures #OnApplaudit !

Il est vrai que je trouvais amusant que ma rue toute entière applaudisse à tout rompre. C'était toujours les-mêmes sans doute qui donnaient le signal de départ, sans jamais qu'aucun mot ne fut prononcé. Puis, peu à peu, le bruit s'amplifiait. On applaudissait en chœur et à qui mieux-mieux et certains hurlaient aux fenêtres comme pour un match de foot. Puis, au bout de 2 minutes, tout s'arrêtait. Et la rue redevenait silencieuse.

Puis  il me sembla peu à peu que cela se transformait en une sorte de rendez-vous qui n'était plus seulement pour encourager les soignants mais pour s'encourager soi-même. Des applaudissements pour faire savoir que l'on n'était pas seul. Les autres aussi étaient en confinement obligatoire !

On écoutait les applaudissements du voisin. Étaient-ils chaleureux ? Étaient-ils moins forts qu'hier ou plus fort ?

Et je m'interrogeais. Pendant combien de temps encore pourront-ils applaudir ? Allaient-ils longtemps exercer cette petite gymnastique des mains ? N'était-ce pas trop répétitif ? Il y a des moments où les petits gestes d'amour trop souvent répétés fatiguent et perdent leur sens premier.

Et soudain les héros

Tandis que de son vocabulaire guerrier Macron soudain les encensait, qualifiant de héros de première ligne ceux-là même qui étaient en grève et qui, gazés, matraqués, manifestaient depuis 8 longs mois en dénonçant la situation des services hospitaliers qui s'en allaient à vau-l'eau, ceux-là même qui par millier démissionnaient de leur poste de chef de service administratif afin de lui faire entendre raison, ils faisaient remarquer très humblement qu'ils n'étaient pas des héros mais des soignants qui faisaient leur devoir.

"Nous ne sommes pas en guerre mais en crise sanitaire. Les soignants ne sont pas des héros mais des professionnels de santé, démunis face à la crise. On réclame juste des moyens depuis des mois.... prenez 5 min de confinement pour signer la pétition ", écrivent les soignants du CHU de Rennes en ce 28 mars 2020.

Et bien d'autres encore répétèrent la même chose. Nous ne sommes pas des héros.

#OnApplaudit, la récupération

Et soudain, les medias firent le tour des villes afin de monter ces images et ces sons. Comme s'il s'agissait de montrer des images de feux d'artifice réalisés par chaque pays au moment du passage à la nouvelle année.

Puis Macron devint le grand relayeur des #OnApplaudit et des actions solidaires des citoyens.

Puis, chaque petite commune exigea des applaudissements. On se devait de participer à la fanfare nationale en élargissant son champ d'action.

Alors, l'écœurement s'invita dans le bruit des applaudissements. Et des insultes envers la personne de Macron fusèrent des fenêtres de ma tranquille rue.

Nous ne voulons pas de héros

Ce sont ceux qui sont au front qui le disent. Nous ne voulons pas être des héros. Être un héros signifie se taire sur l'absence d'armes pour lutter. Être un héros signifie qu'il n'y a pas de responsables politiques de la crise des hôpitaux. 

Alors, nous ne voulons pas de héros.

Demain à 20 h, j'applaudirai les #RealPremiersDeCordée.

Demain à 20 heures j'applaudirai. Et à 20 heures 02, je taperai sur les casseroles.

J'applaudirai et je taperai afin de rappeler pourquoi et comment ces #RealPremiersDeCordée et tous ces "riens" qui sont au front, sans armes et sans bagages, portent la France à bout de bras tandis que Macron traite d'irresponsables ceux qui entament contre son gouvernement des plaintes.

Images de soignants au front.

Images de surblouses en papier pour les soignants.

Mise à jour du 1er avril 2020

Une coalition d'associations et d'individuels saisit le Conseil d'État pour réquisitions afin de palier la pénurie de médicaments.

Prenez soin de vous !

ADSJ pour Dawning News

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