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Billet de blog 8 févr. 2022

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Eliahu Itzkovitz, la plus belle amitié

Un récit sur la plus grande vengeance du XXème siècle. Un jeune roumain se promet de pourchasser son bourreau, il le suivra jusqu'en Indochine. Je m'intéressai à cet incroyable parcours de vie, lorsqu'un email surprise m'annonce que le meilleur ami de cet homme souhaite écrire sa biographie, ce fut une promesse faite de raconter sa vie.

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Ce que je crains est arrivé, me voilà orpheline. Nous avions écrit une histoire à deux mains, et une des mains est partie, sans prévenir, sans signes avant-coureurs, le narrateur de l’histoire d’Eliahu Itzkovitz, s’en est allé  sans crier gare.

Joshua Gabriel Saada s’est éteint après avoir tenu sa promesse. En 2015, son ami et voisin Eliahu Itzkovitz dont la légende court déjà sur les réseaux lui avait fait promettre d’écrire son histoire; celle de sa désertion de l’armée israélienne, puis de son engagement dans la Légion étrangère pour venger le bourreau de ses parents tués à Chișinău par le nazi roumain  Stanescu.

Ecrivaine  et blogueuse à la Tribune de Genève, j’écrivai l’histoire de Eliahu Itzkovitz quand un jour, je reçus un email de Monsieur Saada, me disant qu’il connaissait parfaitement Eli qui fut son frère et voisin pendant des années, un ami à l’attachement indéfectible et qu’il pouvait me raconter sa biographie que l’on pourrait écrire à deux. Lui-même ingénieur ne se sentait pas le courage de l’écrire seul.

Ainsi pendant trois ans, nous travaillâmes d’arrache-pied pour faire naître ce récit incroyable d’un homme qui pourchassera son bourreau jusqu’en Indochine. Des centaines d’échanges d’emails entre Gabi et moi. Nous étions deux Tunisiens arrachés à notre terre et à travers ce récit nous faisions un trait d’union entre deux passés en Tunisie, lui juif, moi musulmane, puis entre  Ashod et  Genève, pour offrir aux lecteurs un récit historique, il fallait transmettre cette mémoire d’une résistance, laisser une trace aux générations futures.

Lorsqu’une maison d’édition française accepta de publier le livre, Gabi me dit tout heureux : « Ma promesse est tenue, ma mission est terminée, si je dois partir, je n’aurais jamais de regret. Ah ! qu’il en était fier de voir  son nom sur la couverture du livre, je m’étais retirée comme co-auteur pour lui laisser l’entière place  comme auteur de ce récit qui était le sien.

A fin janvier 2022,  le livre est enfin sorti en version papier et quelques jours après  l’avoir reçu Gabi s’est éteint ! J’ai appelé la maison d’édition pour m’assurer qu’il avait bien reçu sa copie avant de mourir.  Quelle tristesse et en même temps un soulagement car j’ai précipité la publication du livre et ai rappelé la maison d’édition Sydney Laurent pour savoir quand la version papier sortirait, comme un pressentiment.

 C’est un ami qui est parti et le seul regret qui me reste, le plus douloureux c’est de savoir combien Gabriel Joshua Saada aurait voulu une fois revenir au pays de ses ancêtres et la Tunisie ne lui a jamais accordé de visa. Une amertume profonde le tenaillait , il en pleurait de chagrin !

 A la mémoire de Eliahu Itzkovitz, à la mémoire de Gabriel Joshua Saada, deux amis pour la vie et pour la mort ! Que leur âme repose en paix !

https://editions-sydney-laurent.fr/livre/eliahu-itkovitz-la-promesse-de-vengeance-dun-enfant-juif/

Quant à moi, je continue à aller chercher les récits là où ils se trouvent, ni frontières, ni guerres ne me dissuadent, je parcours le monde à la recherche d'une mémoire oubliée, une arpenteuse en quête d'histoires.  Mon dernier récit publiée Benkos Biohò - L'esclave libre ou le roi de la Matuna  chez Editions Sydney Laurent

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