Décoloniser Les Arts dénonce la fermeture du Tarmac

Le Tarmac, situé dans le 20e arrondissement a ordre de disparaître. Il s'agit d'un théâtre remplissant une mission de service public : jusqu'ici, il donnait la parole aux artistes de la francophonie. Sans qu'il soit possible de déceler une direction précise pour la future francophonie, l'équipe du Tarmac voit son projet purement et simplement rayé de la carte.

Un théâtre qui relève des missions de Service Public, c’est un projet et une équipe. Et mettre une équipe à la porte d’un théâtre qu’elle faisait vivre, ce n’est pas rien. C’est un coup de tonnerre. D’autant plus lorsqu’il y est procédé par un Etat tout-puissant. C’est un cataclysme significatif lorsque l’équipe du théâtre apprend sa mise à la porte par voie de presse sans qu’il y ait eu concertation au préalable. Cela signifie à toutes les équipes œuvrant au sein du service public leur soumission à ce qui s’apparente au fait du prince.

Décoloniser les Arts questionne une certaine conception de la Francophonie qui cantonne les auteur.e.s, les créatrices et créateurs étrangers de langue française à des espaces dédiés, et qui crée une concurrence entre ceux-ci et les artistes français.e.s issus de l’immigration post-coloniale… Nous, pour la plupart artistes racisé.e.s,  refusons d’être assigné.e.s à ces espaces, non pas par dédain ou opposition à leurs lignes artistiques mais parce que nous affirmons le droit de présenter nos travaux sur toutes les scènes de France. Nous combattons pour la LIBERTÉ de CRÉATION de tou.te.s les artistes, et parmi elles et eux, pour celle des artistes racisé.e.s qui vivent et travaillent en France (afro-descendants, asia-descendants, caraïbo-descendants, etc), qui ne trouvent que trop peu d'espaces d'expression pour accepter la disparition du Tarmac.

Pour justifier la fermeture du Tarmac, le Ministère de la Culture évoque la nécessité pour Théâtre Ouvert d'être relogé. On oppose l’un à l’autre deux projets qui ont chacun leur validité. Ainsi, deux équipes risquent d’entrer en conflit.  Les mécontents de l’une seraient invités à se positionner dans les pas de l’autre ? On opposerait ainsi auteur.e.s contemporains à… auteur.e.s francophones ? Mais les auteur.e.s francophones ne sont-ils pas des auteur.e.s contemporains ? Cependant que dans le même temps d’aucuns posent la question suivante : « A-t-on encore besoin d’auteur.e.s de théâtre ? ». Ne nous trompons pas : la mise en concurrence de spécificités minoritaires ne sert en aucun cas le théâtre. Il est surtout question de contraintes budgétaires et de la fameuse réduction des coûts de tous les services publics.

DLA signe l’appel à la défense du TARMAC, tout comme nous appellerions à la défense de Théâtre Ouvert. Nous nous opposons à la destruction de tels espaces culturels, parce qu’ils sont les seuls, à ce jour, ouverts à tou.te.s les auteur.e.s, à tou.te.s les artistes, et particulièrement aux artistes venant des anciennes colonies ou des Territoires d’Outre-Mer (dont la trop rare diffusion pose problème).

Nous disons non à la fermeture du Tarmac et oui au relogement de Théâtre Ouvert dans des conditions décentes et dignes. Mais nous appelons aussi le Ministère de la Culture, les différentes tutelles et les institutions à travailler, avec  l’ensemble des organisations culturelles qui œuvrent pour l’égalité, à rendre effective l’ouverture de toutes les scènes publiques aux questions occultées du post-colonialisme. Parce que le silence qui se fait autour de ces questions gangrène la société française et encourage les racismes et discriminations.

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