Zone à démultiplier

Le 17 janvier 2018, le premier ministre annonçait l’abandon du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Cette victoire, rendue possible grâce à l'implication de milliers de personnes qui ont su composer avec leurs différences pendant une lutte de près de quarante ans, n'a pas dissuadé le gouvernement de choisir la force en engageant des expulsions en avril et mai 2018. Pourtant, un an plus tard, la ZAD est toujours là, et elle reste un territoire vivant où s’expérimentent toujours des organisations et des idées à défendre !

– élargir la zone à défendre – De l’importance de continuer à soutenir l’expérience de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.

À la veille des opérations d’expulsion du printemps 2018, nous avions été nombreux·ses à être choqués·es par l’arrivée des blindés dans le bocage et à affirmer notre opposition à l’absurdité de la destruction de nombreux lieux de vie, cabanes et habitats légers. Avec la tribune Comme à Notre Dame des Landes défendons d’autres manières d’habiter, et la pétition l’ayant suivi, signée par plus de 60 000 personnes, nous appelions à reconnaître la légitimité des formes d’habitat et d’habiter sur la ZAD et à refuser les expulsions et les destructions. Un appel qui fût renouvelé en mai, avec l’initiative Pour une inscription de la ZAD de NDDL et de ses habitats à l'UNESCO, insistant sur le péril immédiat qui menaçait les habitant·e·s et leurs lieux de vie.

Vivre en dehors des normes

Aujourd’hui nous continuons à penser qu’il faut défendre l’avenir de ce territoire, avenir indissociable de son histoire façonnée par des formes d’habitats, des façons de vivre et de résister, des pratiques collectives qui s’y sont inventées. Des pratiques qui interrogent les normes et proposent de nouvelles façons d’habiter, de construire par soi-même, de s'organiser collectivement, de partager des infrastructures, d’être attentif·ves aux impacts sur le territoire, d'explorer ce qui fait le commun, localement et face aux enjeux globaux du changement climatique. Ce qui s’expérimente à la ZAD questionne la norme en elle-même, telle qu’elle est appliquée dans tous les territoires, notamment la manière dont elle met en cases et sépare des réalités intrinsèquement liées comme agriculture, habitat et activités artisanales et culturelles.

Défendre d’autres façons de construire et d’habiter

Nous, architectes, urbanistes, paysagistes, universitaires et toute personne concernée par ces questions, défendons ici, d’une part, la nécessité, le besoin pour la société entière, que des lieux de vie tels que la ZAD de NDDL puissent continuer à exister hors des cadres préétablis sans être menacés, et, d’autre part, que la norme puisse évoluer et ses faiblesses juridiques être dépassées lorsqu’elles ne correspondent pas aux formes de vie – et non l’inverse.

Si, par exemple, le droit refuse de reconnaître pour l’instant la légitimité de l’habitat léger, ce n’est pour nous qu’une question de temps avant que ces formes ne soient acceptées et trouvent leur place dans le tissu social et les outils du droit. Il est vital que les territoires eux-mêmes reconnaissent l’intérêt d’être capables d’accueillir dignement ces formes de vie qui ont toujours existé hors des cadres.

Inventer le commun

En se préoccupant uniquement du devenir agricole de la ZAD, l’État a cherché à ignorer les liens complexes, à toutes les échelles, entre activité, habitat, production, fabrication, culture, qui se sont constitués dans et avec ce territoire. Face aux logiques administratives qui nivellent par le bas la forme comme le fond de la réalité vécue, la ZAD reste inventive. En s'organisant, avec le Fonds de Dotation La terre en commun, pour éviter la fragmentation du territoire, et le transformer en commun en cherchant des formes de propriété collective dissociant la propriété de l'usage. À travers l’Assemblée des usages, réunissant régulièrement habitant·e·s et soutiens réparti·es dans des groupes de travail (commission « foncier », « habitat », « attributions », etc), qui permettent une acculturation collective pour faire des choix face à des mécanismes complexes comme les politiques foncières et agricoles, ou encore pour répondre aux enjeux posés par la rédaction d’un nouveau PLUi (Plan Local d'Urbanisme intercommunal). La commission « habitat » en particulier a ainsi ouvert le dialogue avec les communes avoisinantes et transmis aux élu·es locaux une contribution à l’écriture du PLUi d’Erdre et Gesvre. Ce travail, présenté en octobre, n'a pour le moment pas été pris en compte. Mais, à la veille de l’enquête publique - qui commence le 15 avril 2019 -, le travail continue à travers l’arpentage collectif du projet de PLUi de la Communauté de communes : 1500 pages dans lesquelles seule une ligne mentionne l'abandon du projet d’aéroport et le devenir agricole de ce territoire. L'empressement à valider ce PLUi risque de faire table rase des quarante dernières années de ce territoire, connu à travers le monde entier, et par conséquent également de la réalité de ses centaines d'habitant.e.s et voisin·es. Il est regrettable que cette occasion de se donner les moyens de réécrire collectivement un projet de territoire, suite à l’abandon de l’aéroport et au changement radical de projection qu’il implique pour les communes concernées, ne soit pas saisie.

Soin Partout

Face à la régularisation à marche forcée, les habitant·es s'efforcent de se confronter, pour les bousculer, à ces trames de fond qui tendent à faire rentrer chaque vie dans une case bien définie, et qui figent toutes possibilités de transformation pour penser et agir face aux enjeux sociétaux, et ce à la fois à l’échelle environnementale, sociale et démocratique.

C’est pourquoi, aujourd’hui, comme il y a un an, nous soutenons les formes d’habiter hors cadres existantes à la ZAD, qui expérimentent des possibilités de résilience des territoires et des lieux de vie, et nous continuons à défendre plus largement d’autres formes d’organisation et de réappropriation de la gestion des territoires, à la ZAD comme partout ailleurs.


En parallèle de l’enquête publique en cours au sujet du PLUi s'organise sur la ZAD un Printemps du bocage habité, avec un programme de rencontres, balades et actions pour engager le débat avec les habitant.e.s des communes voisines. En écho à cette tribune, nous vous invitons à faire des ponts et des liens autour de la défense des habitats hors normes, sur la ZAD et partout ailleurs.

Rencontre :

Venez à la rencontre de la ZAD  lors des Grandes Portes Ouvertes ce dimanche 14 avril :
https://zad.nadir.org/spip.php?article6454

Le comité de soutien sera avec la commission habitat à l'Ambazada (Sud de la forêt de Rohanne), pour un atelier de désurbanisme et d'information sur le PLUi.

Premiers Signataires :

 
/ Agnès Candiotti, Normalienne, Bretagne 

/ Alain Bornarel, Ingénieur, Montreuil

/ Alain Dussort, réalisateur du film, Bignan 5§

/ alec boivin, architecte, enseignant à l'ensa Nantes.

/ Amélie Allioux, architecte, Nantes

/ Anaël SAULNIER. Paris

/ Anais Callipel, architecte et médiatrice, Nantes

/ Anne Bourbon, étudiante en architecture & membre du collectif gru, Nantes

/ Anne E. Berger, Directrice, UMR LEGS CNRS/UPL Paris 8/ Paris Nanterre

/ Anne lise Gruet, architecte,

/ Arnaud Chiffaudel, Chercheur en Physique, Val d'Oust 56

/ Barbara Glowczewski, directrice de recherche au CNRS

/ Cédric, architecte, zad

/ Christophe Laurens, Architecte, enseignant dsaa Alternatives urbaines, Vitry-sur-Seine

/ Claire Mélot, architecte, Berlin

/ Claire Thomas, musicotherapeute, Val d'Oust, 56

/ Damien Najean, maçon, redon

/ Éric Olivié-Gaye, néoplouc CCAS, Toucy, 89

/ Fanny Lancelin, Association Autour de la Cathédrale de Jean Linard, Cher

/ Fleur Bouscaud, plasticienne, Figeac, Lot

/ François Hamon, architecte, Nantes

/ Frantz Daniaud, espasces possibles, sociologue-urbaniste, Redon

/ frédéric barbe, géographe, nantes

/ Geneviève Pruvost (sociologue, CNRS-EHESS)

/ Gilles Clement, écrivain-paysagiste

/ Guillaume Faburel, enseignant-chercheur, auteur des Métropoles barbares

/ Isabelle Fremeaux, artiste-activiste, zad

/ Jacques Gautier habitant de Vigneux de Bretagne

/ Jean Baptiste Bahers, chercheur, nantes

/ Jean-Baptiste Bureaux, Producteur à Nantes

/ Jean-Baptiste Paumelle, militant, Figeac, lot

/ jean-louis schoellkopf, 89 Maillot

/ Jean-Louis Tornatore, professeur, université de Bourgogne, Dijon

/ Jean-Louis Violeau, sociologue, Saint-André-des-eaux, 44

/ Jennifer Druet, architecte 

/ Jimmy Leduc, architecte, Nantes

/ Jonas Cervantes, étudiant, Nantes

/ Jonas Marpot, Réalisateur, Arles

/ Julien Bellanger, Explorateur numérique, Nantes

/ Julien Dupont, artisan, Nantes

/ Julien Perraud, Architecte (Raum architectes), enseignant ENSAN, Nantes

/ Laureline Guilpain, architecte-urbaniste, 93

/ Lisa Rambeau, architecte

/ Ludivine Bantigny, historienne. 

/ Lynda Devanneaux, artiste dramatique, Paris

/ Maire Kayser, Saint Jean de Boiseau

/ Margaux Vigne, paysagiste, Nantes

/ Marie Menant, architecte et doctorante.PEROU, Paris

/ Mathieu Cirou, Espasces Possibles, géographe-urbaniste, Morlaix 

/ Maud Le Floc’h, POLAU, Saint Pierre des corps 

/ Maus Nys, architecte, Nantes

/ Maxime Combes, économiste et membre d'Attac France

/ Noël Barbe, anthropologue

/ Pascale Joffroy,

/ Patrick Bouchain, architecte, Paris

/ Pierre Couturier, Université Clermont Auvergne, Clermont-Ferrand

/ Pol-ewen Maisonneuve, ingénieur agronome/menuisier, Nantes

/ Quentin Faucompré, dessinateur, Nantes

/ Richard  BOST médecin retraité, Hautes Alpes 05 

/ Roberta Trapani, enseignante, Paris

/ Ronan cornec, menuisier

/ Sebastien Thery, PEROU, Paris

/ Sylvain Gasté, Architecte dplg, maître de conférence des ENSAN, Nantes

/ Thierry Paquot, philosophe de l'urbain, Paris

/ tibo labat, architecte, nantes

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