Les charmes de la "Belle Province"

Nouvelle interview de Justine Brun à propos du Québec, de littérature, d'écologie et de mon livre "Pour tout l'or de la forêt", publié sur le site des éditions Transboréal.

Un événement particulier a-t-il motivé l’écriture de vos nouvelles sur le Québec ?
À qui j’aime, j’aime écrire. Or, au Québec, j’ai vécu un authentique coup de foudre. Très vite, j’ai été happé par la richesse de cette terre fascinante dont on m’a servi les sucs sur le plateau d’un accueil merveilleux. Son originalité culturelle, son histoire, sa géographie, la beauté de sa nature et de sa langue, l’élégante simplicité de ses habitants, la variété de ses paysages… et puis ses ciels et ses lumières… Il y avait beaucoup à dire sur la Belle Province, qui devrait selon moi porter le nom du pays tout entier !

Votre première nouvelle donne la parole à une baleine. Cela reflète-t-il une certaine sensibilité écologique ou naturaliste ?
Plus qu’une sensibilité, une préoccupation et, là encore, un grand amour. C’est la beauté de cet animal et de ses congénères que je souhaite avant tout célébrer. Je sais – par ce que je le lis et ce que je vois – que cette beauté meurt à feu plus ou moins doux. Cette agonie me révulse et m’attriste : cette beauté nous manquera un jour, quand nous en aurons hélas le plus besoin. Dans mon premier livre, j’avais pris goût à me mettre dans la peau d’une bête. Outre l’intérêt de l’exercice littéraire, il me semble que cela peut être un bon moyen pour transmettre certains messages.

Pourquoi avoir choisi le format des nouvelles plutôt qu’un autre ?
D’abord parce que j’aime (décidément!) en lire ! Maupassant, Buzzati, Coloane ou Steinbeck m’ont convaincu que certaines histoires courtes peuvent parfois en dire davantage qu’un roman. Ensuite parce que la pluralité des sujets que je souhaitais aborder m’a naturellement poussé à renouveler l’expérience. Et puis ce genre ressemble un peu à mon caractère : il oblige à aller à l’os, à trancher dans le gras, pour seulement habiller le texte d’un peu de nerfs et de beaucoup de muscles. Enfin, de formation journalistique et travaillant en communication, j’ai toujours été porté vers le format court, les saynètes, les aphorismes et les slogans. Mais je me soigne !

Selon vous, sur quel point avez-vous le plus évolué depuis votre précédent recueil, Un parfum de mousson, Nouvelles du Sud-Est asiatique ?
Sur le plan littéraire, j’espère que les choses s’articulent et s’imbriquent davantage les unes avec les autres. Ma pratique presque quotidienne de l’écriture a augmenté mon habileté narrative et je pense que mon style s’est affûté. Les choses se sont précisées, les contours de mes textes sont plus nets. Sur un plan personnel, et par rapport aux thèmes déroulés, mon rapport au monde et surtout aux échelles s’est affirmé. Si je n’oublie pas que les systèmes qui nous gouvernent ont un impact inouï sur nos existences de fétus, je pense qu’il y a dans la proximité une latitude d’action très grande. Considérant n’être que ce que je fais, je m’emploie donc à vivre et goûter au beau dans ce que je peux toucher du doigt.

Quelle œuvre sur le Québec vous a le plus marqué ?
Autochtones ou non, le Québec regorge d’artistes époustouflants. Les films 15 février 1839 de Pierre Falardeau et les documentaires de Richard Desjardins me semblent indispensables à voir. Pour souffler un peu, Les Rois mongols et Il pleuvait des oiseaux sont deux fictions remarquables. Parlons littérature ! Une bibliographie est disponible à la fin de mon ouvrage, mais il y manque la magnifique trilogie (Encabanée, Sauvagineset Bivouac) de Gabrielle Filteau-Chiba. Avec cette autrice, il me semble que nous sommes dans le même bois à défendre. Quant à la chanson québécoise, depuis Félix Leclerc, Harmonium ou Les Cowboys fringants en passant par les Colocs ou Louis-Jean Cormier, elle ne vieillit pas et se renouvelle continuellement. J’écoute en boucle l’album Une année record du rappeur Loud et recommande aussi de s’asseoir pour écouter Arnaq d’Elisapie ou Samian et son percutant Génocide, pour comprendre de quoi est fait le colonialisme canadien.

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