Delaunay Matthieu
Journaliste et auteur aux éditions Transboréal
Abonné·e de Mediapart

80 Billets

0 Édition

Billet de blog 29 janv. 2022

L'empereur et les steppes

Vous connaissez Marc Alaux ? Non ?! Pauvres de vous ! L’avantage c’est que vous pouvez très rapidement y remédier en courant vous procurer un des livres. En voici quelques uns recensés.

Delaunay Matthieu
Journaliste et auteur aux éditions Transboréal
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Vous connaissez Marc Alaux ? Non ?! Pauvres de vous ! L’avantage c’est que vous pouvez très rapidement y remédier en courant vous procurer un des livres de ce bonhomme souple et solide comme un bambou, qui promène sur la vie un regard coquin et profond derrière des lunettes, carrées comme ses mâchoires rasées de frais. Le cheveu court, le sourire clair et franc, la chemise repassée, le pantalon au pli impeccablement tenu, et puis ces chaussures invariablement cirées qui peinent à suivre un pas démesuré, voilà le genre de gusse. On l’imagine universitaire en santé qui survole les couloirs d’un obscur département de géographie où de vieux sages crapoteux glosent sur les échelles des cartes, non point.

Or donc, Marc Alaux. Tout juste passé 40 ans, six livres et des milliers de kilomètres à pied à travers la steppe mongole. Le désert de Gobi, en hiver mais en compagnie (soyons fous, mais modestes), les moustiques au Nord, à l'Est et à l'Ouest, la soif partout, les Mongols nulle part. De ses ambulations, il a ramené deux livres merveilleux : ''La Vertu des steppes'', et ''Sous les yourtes de Mongolie''. Le premier est une déclaration d’amour en 90 pages sur le bien qu’ont procuré à l’auteur l’herbe rase, les glacis arides et la chaleur des yourtes ; le second est une sorte de bible pour qui voudrait voyager en Mongolie et comprendre de quoi, comment et par qui ce pays est fait. Ce qu’il y a de bien avec Marc Alaux, c’est qu’il n’y a pas de place pour le romantisme. On ne chouine pas sur le nomadisme en perdition, on en explique les mutations ; on ne fait pas dans le larmoyant en faisant mine que ces gens qui ne possèdent que leur rude vie ont tout compris à l’existence. On parle avec sérieux des femmes mongoles, des pierres mongoles, du cheval mongol, de la musique mongole, de la lutte mongole et, accessoirement, des exploits physiques et de courage que l’auteur et son compagnon de marche ont dû déployer pour aller à la rencontre de ces humains forts comme des dieux et misérables comme des hommes.

Si vous êtes fatigué de lire cet échalas courir sur le tapis steppique, se glacer les os dans les torrents et se vriller les vertèbres dans les montagnes, ''Joseph Kessel, La vie jusqu'au bout'', devrait vous remettre en selle ! Kessel, le journaliste génial, le romancier fantastique à la descente vertigineuse et au souffle de vie qui asphyxia ceux qui avaient commis l’erreur de s’approcher trop près de ce soleil. Jeff, le magnifique, le jouisseur, conté par Marc Alaux, lumineux et sobre, qui a survécu à son premier printemps mongol en relisant tous les soirs à la lueur de la lampe frontale les pages symphoniques des Cavaliers, un des chefs d’œuvres de l’Empereur. Forcément, ça vous forge un livre. Deux cent pages superbes, sans complaisance aucune, regorgeant de détails et pleines d’humour qui vous font comprendre l’étendue du mythe et la sublime difficulté de vivre quand on est un génie.

Il y a quelques temps, Marc Alaux est reparti refroidir sa fièvre d’existence par - 40° C plusieurs mois sous une yourte. Dans le grand-Ouest mongol il a vécu avec des éleveurs extrêmement pauvres, a beaucoup travaillé la journée et écrit le soir.

Un livre sur la Mongolie ? Encore ?! Et Alors ? On a célébré en grande pompe il y a quelques années le décès d’un écrivain qui a écrit quatre-vingt fois la même rengaine sans s’en émouvoir. Histoire d’O, paix aux morts. L’avantage avec Marc Alaux, c’est qu’il est bien vivant et que, lui, il se renouvelle.

Rejoignez Matthieu Delaunay sur Twitter

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Gauche(s)
En Seine-Maritime, Alma Dufour veut concilier « fin du monde et fin du mois »
C’est l’un des slogans des « gilets jaunes » comme du mouvement climat. La militante écologiste, qui assume cette double filiation, se lance sous les couleurs de l’union de la gauche sur ce territoire perfusé à l’industrie lourde, qui ne lui est pas acquis.
par Mathilde Goanec
Journal — Sports
Ligue des champions : la France gagne le trophée de l’incompétence
La finale de la compétition européenne de football, samedi à Saint-Denis, a été émaillée de nombreux incidents. Des centaines de supporters de Liverpool ont été nassés, bloqués à l’entrée du stade, puis gazés par les forces de l’ordre. Une faillite des pouvoirs publics français qui ponctue de longues années d’un maintien de l’ordre répressif et inadapté, souvent violent.
par Ilyes Ramdani
Journal — Europe
En Italie, Aboubakar Soumahoro porte la voix des ouvriers agricoles et autres « invisibles »
L’activiste d’origine ivoirienne, débarqué en Italie à l’âge de 19 ans, défend les ouvriers agricoles migrants et dénonce le racisme prégnant dans la classe politique transalpine. De là à basculer dans la politique traditionnelle, en vue des prochaines élections ? Rencontre à Rome. 
par Ludovic Lamant
Journal — Moyen-Orient
Le pouvoir iranien en voie de talibanisation
La hausse exponentielle des prix pousse à la révolte les villes du sud et de l’ouest de l’Iran. Une contestation que les forces sécuritaires ne parviennent pas à arrêter, tandis que le régime s’emploie à mettre en place une politique de ségrégation à l’égard des femmes.
par Jean-Pierre Perrin

La sélection du Club

Billet de blog
Mères célibataires, les grandes oubliées
Mes parents ont divorcé quand j'avais 8 ans. Une histoire assez classique : une crise de la quarantaine assez poussée de la part du père. Son objectif à partir de ce moment fut simple : être le moins investi possible dans la vie de ses enfants. Ma mère s'est donc retrouvée seule avec deux enfants à charge, sans aucune famille à proximité.
par ORSINOS
Billet de blog
Les mères peuvent-elles parler ?
C'est la nuit. Les phares des voitures défilent sur le périphérique balayant de leurs rayons lumineux le lit et les murs de ma chambre d'hôpital. Je m'y accroche comme à un rocher. Autour de moi, tout tangue. Mon bébé hurle dans mes bras.
par Nina Innana
Billet de blog
Pourquoi la fête des Mères est l’arnaque du siècle
À l’origine la Fête des Mères a donc été inventé pour visibiliser le travail domestique gratuit porté par les femmes. En effet, Anna Jarvis avait créé la Fête des Mères comme une journée de lutte pour la reconnaissance du travail domestique et éducatif gratuit ! Aujourd'hui personne n'est dupe sur les intérêts de cette fête et pourtant...
par Léane Alestra
Billet de blog
« La puissance des mères », extrait du livre de Fatima Ouassak
A l'occasion de la fête des mères, et de son braquage par le Front de mères pour faire de cette journée à l'origine réactionnaire une célébration de nos luttes et de nos victoires, extrait du livre « La Puissance des mères, pour un nouveau sujet révolutionnaire » de Fatima Ouassak. Il s'agit de la conclusion, manifeste écologiste, féministe et antiraciste, lue par Audrey Vernon.
par Jean-Marc B