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Billet de blog 2 juin 2022

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Macron est-il en train de trahir l'Ukraine ?

Je traduis ici une intervention récente dans les médias ukrainiens du mathématicien et politiste russe Andreï Piontkovski. Il s'y interroge sur la complaisance coupable des pays vaincus de la seconde guerre mondiale (Allemagne, Italie, France et Hongrie) à l'égard de l'agression russe et de Poutine auquel il faudrait éviter de « faire perdre la face ». J'ai conservé l'oralité rugueuse de l'original.

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Le monde entier vit un moment de vérité et chaque pays doit faire son choix. Beaucoup, à commencer par le Président ukrainien, font, de manière tout à fait justifiée, le parallèle entre la situation actuelle autour de l’Ukraine et comment les puissances occidentales ont essayé d’apaiser Hitler en 1938. Qu’en est-il vraiment ? 

Oui, la France, l’Allemagne et l’Italie, ont trahi l’Ukraine, je n’ai pas peur du mot, en essayant de lui imposer au nom de Poutine un traité de paix qui sanctionnerait les nouvelles conquêtes territoriales de la Russie. C’est ce que propose tout à fait officiellement le plan italien, c’est écrit en toutes lettres. Premièrement le cessez-le-feu et deuxièmement des négociations bilatérales entre la Russie et l’Ukraine sur les questions territoriales litigieuses. C’est-à-dire que selon ces Etats non seulement la Crimée et le Donbass, mais encore les régions de Zaporojie et de Kherson ne sont plus des territoires ukrainiens mais sont devenus des “questions territoriales litigieuses” qu’il faudrait discuter avec la Russie. 

Cette politique à mon avis est provoquée par la crainte d’une possible victoire de l’Ukraine. Parce que la victoire de l’Ukraine et la liquidation de toutes les conséquences de l’agression russe vont changer cardinalement la situation internationale et créer un nouveau système de sécurité collective en Europe dans lequel la France et l’Allemagne perdront leur importance actuelle en tant qu’intermédiaires privilégiés de l’Occident dans ses relations avec le Kremlin et la Russie de Poutine. C’est pourquoi est en train de se former cette coalition entre Poutine, Macron, Scholz et le premier ministre italien Mario Draghi et dont le programme se réduit à transcrire sur le papier des annexions toujours plus importantes de territoires ukrainiens.  

C’est une très mauvaise nouvelle. Mais il y a aussi une bonne nouvelle. Très clairement les États-Unis, la Grande-Bretagne et la Pologne n’appartiennent pas à cette coalition regroupant quelques grands pays occidentaux. Et l’issue de la guerre dépend avant tout des armes que fournissent la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. Il n’y a plus rien à attendre de l’Allemagne. Le peu qu’elle fait relève en fait de la mauvaise plaisanterie. Le maximum qu’elle propose se réduit à quelques Guépards livrables en juillet et finalement sans munitions. 

La solution dépendra de l’intensité des livraisons américaines. Au plus haut niveau politique le soutien à l’Ukraine est lié à la volonté de quelques figures de l’administration américaine, à savoir Biden, Austin et Blinken. Mais l’Ukraine exprime sa déception quant au rythme de ces livraisons. Certes les obusiers sont arrivés mais on attend encore les lance-roquettes multiples sans lesquels il est difficile de résister à la puissance de feu de l’artillerie russe. 

Toute guerre passe par des moments extrêmement difficiles. Mais nous sommes tous certains de la victoire finale de l’Ukraine. Aujourd’hui, on compare souvent L’Ukraine avec l’Angleterre de 1940 qui luttait seule contre Hitler. Tout comme l’Ukraine qui lutte seule contre la Russie de Poutine. 

Mais on traverse des moments difficiles. Ainsi maintenant le monde entier se trouve devant un tel moment de vérité. Et beaucoup en ont conscience. C’est exactement cette idée qu’a exprimée au forum de Davos le premier Ministre slovaque Eduard Heger. Il a déclaré que si l’Ukraine ne tient pas bon, alors demain Butcha se reproduira chez lui, en Slovaquie. Tout le monde comprend ça en Europe, mais les dirigeants français et allemands ne veulent pas le comprendre. Les Français pensent certainement que si le fascisme russe l’emporte en Europe, il y aura certes de nouveaux Butcha en Lithuanie, en Pologne, en Slovaquie, mais que Paris restera toujours la ville lumière, comme en 1941-42. Les officiers russes, bouriates et Tchétchènes viendront en permission à Paris pour se régaler de croissants et visiter ses maisons closes. 

Voilà comment aujourd’hui se pose la question en Europe et chaque pays doit faire son choix. 

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