Delenda est Ruthena putinesca

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Billet de blog 7 novembre 2025

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Népotisme à la russe

Le media d'enquête indépendant russe Proyekt a réussi à identifier 24 proches de Poutine placés à des postes importants et surtout très bien rémunérés dans l'administration russe ou des entreprises du secteur public. C'est un record absolu, dans l'histoire russe comme parmi les régimes actuels les plus corrompus au monde.

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Proekt a nommé son enquête "Pères et fils" en hommage au beau roman de Tourgueniev, qui n' a d'ailleurs rien à voir avec le népotisme.

Voici les heureux bénéficiaires du piston présidentiel :

Alina Kabaeva, gymnaste, concubine en titre, mère de deux à quatre enfants du tyran, actuellement PDG de NMG, Groupe des Medias Nationaux, holding géant de médias surtout télévisés, vecteur essentiel de la propagande du régime, une sorte de Canal+ nationalisé et puissance 10. Bien qu'excellente gymnaste, la direction de la jeune femme est surtout formelle et symbolique, mais pas son salaire, ni la possibilité de caser à son tour les membres les plus éloignés de son innombrable famille.

Maria Vorontsova, fille reconnue du bout des lèvres, dirige à l'Université d'Etat de Moscou un Institut de recherche sur l'immortalité (dada de papa et de son copain Xi) très richement doté par les compagnies pétrolières et gazières publiques.

Katerina Tikhonova, deuxième fille officielle, directrice du fond Innopraktika. Sur son site il s'agirait de faire "croître le capital humain" de la Russie, formulation nébuleuse qui cache une formidable pompe à Phynance comme dirait Jarry : vous voulez que le papa prenne une décision qui vous soit avantageuse, crachez au bassinet des fonds et des instituts des filles.

Svetlana Krivonoguikh, ex-concubine, actionnaire de la banque "Rossia". Un peu comme si Julie Gayet avait reçu la moitié du capital de la Société Générale...

Liudmila Otcheretnaïa, première épouse, répudiée, envoyée se reposer dans une somptueuse villa de Biarritz jusqu'au début de la guerre. Elle ne s'appelle plus Poutina parce que pour la consoler on a obligé un jeune oligarque, Monsieur Otcheretnyi, à l'épouser. Elle reçoit en plus une rente à vie de plusieurs centaines de millions de roubles (1 euro = 100 roubles) de différentes banques publiques et de la mairie de Moscou pour des services imaginaires. On comprend mieux l'admiration sans borne de Fillon pour le système russe et son dirigeant. Ce minable notable de province n'a réussi à verser à son épouse que des faux salaires de misère, et n'a même pas pu en profiter pour se taper des gymnastes de trente ans de moins que lui.

Artur Otcheretnyi, le fameux jeune oligarque de compensation pour l'ex-première dame, reçoit lui aussi une rente des mêmes banques et de la mairie de Moscou, pour des services certainement aussi imaginaires.

Anna Tsivilyova, nièce, vice-ministre de La Défense, où elle se contente de proférer des banalités patriotiques et de rencontrer les amputés et les gueules cassées de la guerre en Ukraine pour les assurer de la reconnaissance de son tonton.

Sergueï Tsivilyov, heureux époux de la précédente, grâce à quoi il a accédé au ministère de l'énergie.

Alisa Khartcheva, ex-concubine (repérée sur un calendrier coquin quand elle avait 17 ans), employée de la société Dialog, qui produit des contenus de propagande pour le gouvernement.

Mikhail Poutine, neveu, vice-directeur de Gazprom.

Tatiana Ptachouk, nièce, vice-médecin chef de la polyclinique de l'administration présidentielle.

Elena Zhidkova, petite-nièce, directrice des services médicaux de RZhD (la SNCF russe).

Mikhail Chelomov, neveu, homme de paille, propriétaire nominal de nombreux actifs dont Poutine est le bénéficiaire réel.

Vera Podgouzova, nièce, vice-présidente de Promsvyazbank.

Igor Poutine, cousin, directeur du port "Petchenga", membre du Collège Maritime.

Roman Poutine, neveu, collaborateur du FSB

Kirill Chamalov, ex-gendre,  ex-copropriétaire de "Sibur" (géant russe de la pétrochimie).

Jorrit Faassen, ex-gendre, ex-manager de Gazprom et de Stroïtransgaz.

Evguenii Nagornyi, gendre, directeur de Mourmansk Transgaz.

Igor Zelenskii (!), gendre, chorégraphe, responsable de la construction du nouveau théâtre de Sébastopol.

Dmitrii Loginov, arrière-petit-neveu, co-propriétaire de la compagnie charbonnière Kolmar.

Denis Poutine, arrière-petit-neveu, employé de Sibur, après avoir travaillé chez Gazprom.

Viktor Khmarine, cousin, propriétaire de Neftproduktservis

Viktor Khmarine-Jr, petit-neveu, PDG de Rusguidro.

Ouf !

J'attends les commentateurs qui nous prouveront que Macron ou Biden font mieux.

En attendant Proekt fait remarquer, chiffres à l'appui, qu'un tel degré de népotisme n'a jamais été approché par aucun dirigeant soviétique. Même si Lénine avait nommé son  épouse Nadezhda Krupskaïa Ministre de l'Instruction Publique, c'est parce qu'elle avait consacré sa vie à cette question et était réellement compétente et impliquée.

On remarquera au passage la distorsion infinie qui existe entre le discours officiel du régime sur la défense des valeurs traditionnelles et la pratique réelle de ses représentants : divorces généralisés, maîtresses mineures ou plus jeunes de plusieurs décennies, dénis de paternité...

On ne sait comment interpréter le phénomène d'un népotisme aussi généralisé (comme dans les poupées russes, il se reproduit à tous les niveaux du pouvoir, du sommet de l'Etat au village), rémanence du despotisme oriental dont sort l'Etat russe moderne ou néo-féodalisme comme horizon de l'histoire. On ne sait jamais si la Russie est une sorte de Jurassic Park stalino-tsariste ou le laboratoire des régimes du futur.

Ce qui permet de douter de la seconde option est qu'un tel système qui organise une sorte de sélection négative des cadres (sinécures et prébendes en échange de la loyauté absolue, aveugle et sans réserve au régime) garantit l'inefficacité et l'échec à long terme. Ce dont semble témoigner l'incapacité de l'armée russe à avancer de Belgorod à Kharkov (70 km) en trois ans et demi, alors que pendant la même durée l'Armée Rouge avait avancé de Stalingrad à Berlin.

En parlant de guerre, on remarquera aussi qu'aucun des nombreux cousins ou neveux de Poutine ne s'est approché du front à moins de 500 km. On pourra par exemple comparer avec les quatre fils du président Paul Doumer morts au front pendant la première guerre mondiale.

Proekt poursuit son enquête et prévoit d'autres publications sur son site :

 https://t.me/proektproekt/1004

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