de poésie et d'indignation : Claude Adelen

On mesurera combien ce livre : “Je hais les dieux qui n’ont pas mal aux pieds” établit une distance nécessaire et urgente entre les précédents livres de poésie et de méditation sur la langue, de Claude Adelen et cet ensemble de proses brûlant d’indignation et de colère, à travers la figure fraternelle de V. Hugo.

  

“Je déteste les dieux qui n’ont pas mal aux pieds”

variations Hugo

de

Claude Adelen

Obsidiane 2018

 

Il est toujours possible de manifester sa colère sous forme d’assertions plaisantes. C’est sur ce mode que se présente le titre du livre de Claude Adelen, cocasserie ou non-sens puisé au texte lui-même, contenant une colère toujours vivante à propos d’une méditation sur Victor Hugo ainsi que l’amertume qui est l’autre face du plaisant, devant le spectacle de la “Bêtise triomphante”, “le cynisme éhonté des politiciens”, leurs mensonges de plus en plus bruyants et, ce qui les nourrit et les encourage, “le mépris des riches”. Ce contre quoi s’est battu Hugo, jusqu’à l’exil, à partir d’un moment de sa vie. Car le monde du poète qu’il n’a cessé d’être est hélas encore le même que le nôtre, mêmes envieux et mêmes enjeux à l’instar de Napoléon le petit et de toute sa clique.

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Claude Adelen, du même mouvement, célèbre ici la grandeur d’un poète et celle d’un républicain, de cette voix qui tonne à jamais tant dans ses discours à l’Assemblée que dans ses romans et ses vers, le grondement des Misérables et des Châtiments, “loin du joli ou du délicat”, penché sur la lumière noire et sur cette bouche d’ombre qui constitue le creuset et la racine de toute poésie. Dans “cette série d’improvisations rêveuses” Cl. Adelen met en évidence que le poète des Misérables a débarrassé la poésie de “ses habits sacerdotaux”, des mystifications et des mystificateurs qui faisaient tellement plaisir à ses contemporains bien en place comme maintenant aux fabulateurs institués des médias, à ces “sinistres cocos”, ces hommes et femmes de mensonge qui ont laissé passer en force une autre loi scélérate, dite “loi travail”. La force de V. Hugo est qu’il faut aussi, pour être entendu et rester fidèle au poème, “savoir marcher dans la langue comme on marche dans les rues”, et considérer les poètes comme des démystificateurs, ceux -là qui restent fidèles à ce que murmure la langue dans ses souterrains et, parfois, savent s”évader, “fuir aux champs, dans le grand songe, dans les fleurs, sous les cieux”, loin des hommes contrefaits, “Prêtres, despotes, rois”. Ce qui fait que le poète, malgré ses prises de position, tient la langue à l’écart de la prostitution du politique. Cette classe toujours la même qui sait manifester sa solidarité de classe, à tout moment et en toute occasion (on se souvient comme en a pâti Hugo) qui devient toujours plus “une férocité de classe”, posant comme une qualité éthique l’absence d’états d’âme, parce que précisément ils n’en ont plus.

Avec V. Hugo, comme ne cesse de le souligner Claude Adelen, voici la phrase immense lancée sur l’abîme des sens, ces lâchés d’oiseaux noirs, ces souffles qui proviennent de l’infini et par lesquels on mesure l’infinie petitesse et insignifiance des hommes de pouvoir, au bord de la “béance” qu’ils ne perçoivent même pas et où seulement le poète est capable de se tenir à l’écoute, “ces champs sombres où n’ose aborder la pensée”.

Si le poète possède une grandeur, c’est dans sa confrontation avec ses vocables, dans “leurs formes sonores , inépuisables gisements d’images”, “qui font fi des pédants, des universitaires”, cette langue parlée en rêve et qui nous accompagne dans le cours de nos vies et laisse loin derrière les petits hommes aux dents de fer.

                                                            

                                                                                                B.Demandre

 

 

 

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