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Billet de blog 25 mars 2017

L'autre versant de la lumière

Paul Le Jéloux (1955-2015) Très attaché à la Bretagne et à la langue bretonne qu'il parla dès son enfance, Paul Le Jéloux a également manifesté un grand intérêt pour des poètes anglais et irlandais qu'il a traduits dans différentes anthologies, On retrouve dans ses poèmes des souvenirs liés à des séjours marquants à Madagascar et en Irlande.À la fin de sa vie a vécu en Bretagne.

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Le jardin sous l’ombre

de

Paul le Jéloux

obsidiane 2017                           

                              Un vent de tonnerre déliant toutes les roses

  On entre ici dans l’éclat d’ images  et d’ une vie qui nous déroutent. Souvent dans ce jardin où “ il fait noir et nul, “ ,voici de  merveilleuses guirlandes qui se fondent dans l’émotion et, par vagues successives, apportent le sel de l’imagination et le tremblement du rêve. Le lecteur ici n’est pas confronté mais emporté par ces traces amoncelées du temps et d’un “ désespoir lent “. Tout cependant peut être plus beau et s’ouvrir des deux côtés du monde., malgré un réel qui n’offre parfois que ses atroces nausées. Le monde de Paul Le Jéloux se déroule comme une fête des mots et des images, mais dans cet apparent désordre des sens et dans la présence des ombres et de leur loi, “ Et pourtant la clef était sur la porte / et les vantaux presque souriaient “, qui ne permet nullement d’entrer, même si le jardin n’est pas fermé, car ouvert à la difficulté du coeur, à des coulées  d’une  émotion qui est comme la mère du poème.

   Livre de la vie folle et surabondante, une ivresse perpétuelle des poèmes et de leurs secrets, “dans l’admirable taverne des poètes “. Cette poésie qui sans cesse frôle l’abîme et irait droit à la racine du monde, comme s’il s’agissait de nous délivrer de la pesanteur. Vraiment ici la respiration se fait plus large, et “ Là-bas fuit où d’autres îles sont douces “. Ces ombres dans les couleurs et la lumière la plus indiscutable , ce “bleu du monde “ qu’on irait enfin toucher apparaît à la fois comme signe du visible et témoin d’un secret prolongé. 

C’est peu de dire que la poésie de Paul Le Jéloux nous entraîne plus loin qu’ailleurs, ou plus haut, ou plus  fou dans cet incendie permanent  et comme un appel à l’émotion immédiate : “ Ignore tes pères / décalque les traditions / Ne perds rien de la minute / Sois cet instant de grâce “. Il y a bien des merveilles dans le monde, comme dans la langue ou dans l’espace des contes, mais sans doute jamais autant que dans ces rêves d’Orient, “ le paquetage / et prix du chanvre tout à la fois sous une grande lune à crête  / rougie par la nuit du Caire”., touaregs et leur beau rire bleu, rêves rendus possibles par leur envers , ailleurs, dans des paysages différents comme l’ ombre même de ces éclats, “ciel d’automne safrané “, pierres oubliées au détour d’un chemin,  pluie “sans tricherie “ et les cris indéfinissables d’une présence peut-être inquiétante mais probablement salutaire.

La lecture ici doit cesser, le monde de Paul Le Jéloux est comme indéfiniment relancé, non que les images se répètent, mais entraînent toujours vers l’autre versant de la lumière, dans les délires des sens, hyperboles de l’imagination et des désaccords des mots  pour une harmonie décisive. Mondes entrevus et intouchables et cependant parfois présents comme ces gestes et ces spectacles aussi tangibles que les “marteaux dans la grange”  et où “la soupe sale est pour le chien “ . Ombres du jardin, rideaux des mots  ou des “vitres blêmes “,  devant toutes les fantasmagories, “un grand tour de rein pour l’ange, / de la pluie pour finir …”

                                                                                                         Bernard Demandre

TEXTES  (extraits )

Le bateau sur la mer d’Iroise

Ils sont bons le coeur amer et le pain en sang

Quand s’effiloche la verdure du rêve

Quand tout tient bon n’ayant pas de sens

Les rivières sont décimées

Le feu se voit comme jeté

À proportion de la sourde frayeur des heures

Qu’à beau jeu on perd ou soumet

Se démettre des saisons du talisman,

de la boussole :

Devant l’atroce nausée du réel,

Dans sa marmite bosselée,

Où cru et cuit combattent et s’arraisonnent,

Où tout ce qui ternit tient bien la mer –

Qu’importe un fruit de défaite ;

Sors-tu de rien, liberté sans obole ?

Le périple accroît la vie par sa désespérance,

Et l’Unique, clair limier, à jour et à nuitée,

Radoucit puis relève tes paumes –

MOTIF

L’émotion est la mère du poème

Elle est parfois sa soeur

qui la suit ligne après ligne

et le regarde parler.

L’émotion est mâle

mal à l’aise dans les pleurs faciles

- amie de toujours

elle ne bronche pas

elle démontre avec des gestes d’amour

des traits de silence, le juste poids.

Elle est le ying et le yang en camion

de la poésie à la terre

du regret à la stèle des vents

du mariage du fait et du fictif,

de l’entrelacs à la route droite

Elle calme les ombres au lieu de les étendre

Elle couche le corps sur un berceau de pierre

Elle ne connaît pas la mort, renonce au mal

car toute bouche qui la prononce

est pure et neuve

Son jardin est la règle contre la mort

elle ignore le conflit entre mouvement et fixité

elle est soeur, elle est mère

cousine des sentences et douce comme la fleur

Elle est rive d’amour et philtre d’épopée

Elle est poésie sûre

Elle est poésie dure

L’unique qui dit le coeur.

Pare-brise

Quand le lait monte,

Quelque chose comme la solitude qui se desserre.

Balayage ! La lampe est plus vive

la santé enchante. Tout est mû dans l’ivresse ou marine sous le plomb.

Mais non ? La mer est belle qui grelotte et domine pourtant.

Où a-t-elle caché la terre ? Ode, ode au vert-bouteille

L’autoroute longe la mer. La belle arrachée, l’araignée bleue.

( …) 

C’est vers le ciel qu’il faut guetter le bruit du soir.

Des chiffons traînent à St. Coulomb. La marée est morte

dans la mangrove – Il y a un hospice d’oiseaux blancs

dans le songe à fil d’acier des rives –

Un silence déjà parcourt la terre et les arbres rares,

Malheureux fantomatique se tait l’oiseau,

indifférent. La route jouxte ces murets assommés

et languides. Mais qui dira le soir ?

Le drap de la journée de mal retient la captive lumière

sur fond de doute. Il n’y a pas d’autoroute. Simplement

une voie dorée de sable blanc sous le vent, vie demi-morte, malade comme une lune  (… )

Éléments de bibliographie

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