Le cynisme de Renault, l’absence de politique industrielle française

Renault inaugure aujourd’hui une nouvelle usine de production automobile… à Tanger. Au moment où les salariés de l’industrie automobile, particulièrement de l’industrie automobile française, sont menacés de plans sociaux par dizaines de milliers, ce constructeur dit « national », qui a bénéficié il y a peu de 3 milliards d’euros d’aides de l’Etat, ne trouve rien de mieux que de délocaliser

Renault inaugure aujourd’hui une nouvelle usine de production automobile… à Tanger. Au moment où les salariés de l’industrie automobile, particulièrement de l’industrie automobile française, sont menacés de plans sociaux par dizaines de milliers, ce constructeur dit « national », qui a bénéficié il y a peu de 3 milliards d’euros d’aides de l’Etat, ne trouve rien de mieux que de délocaliser son activité de production, accélérant cyniquement le dumping fiscal et social. Qu’en dit l’Etat actionnaire ? Quel rôle joue-t-il encore au sein de cette entreprise ? Et au nom de quelle politique industrielle ?

 

Plus que jamais, au moment où l’industrie automobile affronte la pire crise de son histoire (prix du pétrole en forte hausse, perte de pouvoir d’achat des ménages, crise économique, concurrence internationale, etc.), l’absence de vision et de politique industrielles fait peser sur les salariés de ce secteur une menace de plus en plus lourde, qui à bien des égards s’apparente à la crise connue antérieurement par la sidérurgie. Ce n’est pas aux salariés de payer les conséquences de l’incapacité d’anticipation des dirigeants de ces entreprises.

 

Plutôt que la course au profit immédiat, et la fuite en avant vers des productions de véhicules de moins en moins adaptés aux besoins des consommateurs, et dont les surcoûts ne peuvent être compensés que par le dumping salarial et social, une autre voie est possible, celle d’une politique industrielle, d’une reconversion industrielle, à la fois vers les alternatives de transport (construction de transports collectifs, etc.), mais aussi vers des véhicules automobiles beaucoup moins lourds, moins rapides, moins énergivores, moins polluants et donc beaucoup moins chers à l’achat et à l’utilisation. Cette reconversion peut constituer l’antidote aux délocalisations, elle peut privilégier les circuits courts et la sous-traitance locale, pour autant que les pouvoirs publics – en priorité l’Etat – prennent leurs responsabilités et substituent au laisser-faire une véritable volonté industrielle.

 

Il est possible de concilier protection de l’environnement, efficacité énergétique, justice sociale et efficacité économique (emplois locaux, moindres importations de pétrole, etc.). C’est vrai dans le domaine de l’automobile comme dans celui de l’énergie, des bâtiments, de la logistique, etc. C’est le virage industriel que prennent de nombreux pays du monde. C’est celui que la France ne doit pas rater.

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