Crise: traiter la maladie, pas seulement les symptômes

Notre monde est malade, gravement malade. La crise dans laquelle nous sommes entrés est non seulement la plus grave, d'un point de vue économique, depuis les années 30, mais elle se double d'une crise écologique majeure - celle des ressources notamment énergétiques, et du dérèglement climatique -. Plus grave, les deux crises s'auto entretiennent.
Notre monde est malade, gravement malade. La crise dans laquelle nous sommes entrés est non seulement la plus grave, d'un point de vue économique, depuis les années 30, mais elle se double d'une crise écologique majeure - celle des ressources notamment énergétiques, et du dérèglement climatique -. Plus grave, les deux crises s'auto entretiennent.

 

C'est la crise énergétique qui a entraîné une forte hausse du prix du pétrole, donc l'incapacité des ménages américains hyper endettés à payer leurs emprunts immobiliers - enclenchant par effet boule de neige une crise mondiale - et à continuer d'acheter des automobiles bien trop énergivores. La récession a fait provisoirement redescendre le prix du pétrole, mais toute « reprise » à l'identique conduirait inéluctablement aux mêmes conséquences.

 

Traiter l'une (la crise économique) sans traiter l'autre (la crise écologique et énergétique), c'est non seulement insuffisant, mais c'est surtout se préparer à subir de nouveau demain ces deux crises de façon encore plus brutale.

 

Parce que les gouvernements européens et la Commission européenne font un mauvais diagnostic, et confondent les symptômes (faillites bancaires, crise boursière, récession) avec les causes réelles de la maladie (une civilisation du gaspillage qui sape les bases mêmes de son existence), ils se contentent de prescrire de l'aspirine à dose massive. Pour faire tomber la fièvre boursière et la fièvre bancaire, on injecte des centaines de milliards. Et, dans le meilleur des cas, s'ils n'ont vraiment pas le choix, pour faire tomber la fièvre sociale, ils consentent à injecter quelques milliards supplémentaires.

 

Pas de malentendus : traiter la fièvre, quand elle est trop haute, c'est indispensable. Mais laisser croire, comme le font les gouvernements mais aussi l'opposition notamment en France, que c'est cela qui permettra la guérison, c'est leurrer la population et préparer des lendemains qui déchanteront plus fortement encore. Croire les bonimenteurs qui prétendent qu'il suffirait de « moraliser le capitalisme » (oxymore) et de patienter jusqu'à une supposée « sortie de crise », c'est se préparer à un réveil douloureux.

 

Il peut même arriver que faire tomber la fièvre sans soigner la maladie aggrave l'état du malade. C'est ce qui se passe aujourd'hui avec le secteur automobile : injecter des milliards pour sortir la tête de l'eau les constructeurs, et surtout leurs salariés, c'est sans doute incontournable. Mais si on s'en contente, et que les mêmes véhicules hyper consommateurs et polluants continuent d'être produits, la rechute sera dramatique, irréversible. L'industrie automobile pourrait alors connaître une crise à côté de laquelle celle de la sidérurgie constituerait un épiphénomène.

 

En parallèle du traitement de la fièvre, c'est d'un traitement de fond dont a besoin le secteur automobile : une véritable reconversion industrielle vers des véhicules plus petits, moins puissants, moins polluants, moins rapides, mais aussi vers la fabrication de vélos, de bus, de tramways, de métros. Et cela vaut bien sûr également pour nombre de ses sous-traitants. Car si « sortie de crise » il doit y avoir, elle ne pourra se faire qu'en passant de la civilisation du gaspillage à celle de la sobriété, qui plus est dans une planète mondialisée où le Sud de la planète n'acceptera plus d'être à la fois le réservoir de matières premières, la poubelle à déchets et la première victime de la crise écologique, juste pour permettre au Nord de régler ses problèmes sur son dos.

 

Les docteurs Diafoirus d'aujourd'hui n'ayant comme seule réponse « la relance » purement quantitative, comme celui de Molière n'avait que « le poumon » - manquent singulièrement de vision et surtout de courage. On peut pourtant multiplier les exemples des mutations possibles et nécessaires : le bâtiment qui a bien plus besoin d'éco-quartiers et réhabilitation thermique que de tours énergivores ; l'énergie qui devrait privilégier les renouvelables décentralisées et non le nucléaire lourd, dangereux, coûteux ; l'agriculture écologique bien plus saine et créatrice d'emplois ; une pêche qui préserverait son avenir en protégeant la ressource ; un transport de marchandises privilégiant le rail et limitant les déplacements inutiles, etc. Les réponses sont connues, validées mais toujours repoussées à plus tard. C'est le moment où jamais, alors que le système est en passe d'imploser, de passer à l'acte.

 

La civilisation de la sobriété que nous proposons ne fera pas perdre de qualité de vie. Elle remettra sans doute en cause des habitudes et quelques intérêts économiques substantiels. Mais elle nous permettra à la fois de faire décroître notre impact négatif sur l'environnement, d'accroître la justice sociale (en rendant les plus fragiles moins vulnérables aux crises notamment énergétiques), de créer des centaines de milliers d'emplois et de construire un monde plus juste, donc plus sûr.

 

Pour cela, ne nous trompons pas, ne nous contentons pas de traiter les symptômes de la crise par des réponses à courte vue. Traitons la maladie, diminuons notre vulnérabilité, engageons la transition vers une civilisation en harmonie avec sa planète et l'ensemble de ceux qui l'habitent et l'habiteront demain.

 

Denis Baupin
Maire adjoint de Paris
Membre de l'exécutif national des Verts

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