Copenhague, taxe carbone: même logique, même échec

Mêmes causes, mêmes effets. Du flop de Copenhague au rejet de la taxe carbone par le Conseil constitutionnel, c'est le greenwashing de l'économie productiviste, c'est la tentative de faire passer pour écologiste la poursuite d'une croissance éternelle, fut-elle repeinte en vert, qui sont en échec.

Mêmes causes, mêmes effets. Du flop de Copenhague au rejet de la taxe carbone par le Conseil constitutionnel, c'est le greenwashing de l'économie productiviste, c'est la tentative de faire passer pour écologiste la poursuite d'une croissance éternelle, fut-elle repeinte en vert, qui sont en échec.
À Copenhague, c'est l'acharnement des États-Unis à rester dans une logique «20e siècle» et à considérer prioritaire sa compétition économique avec la Chine – et donc à limiter tout ce qui pouvait réduire la sacro-sainte productivité – plutôt qu'à inventer de nouvelles règles de coopération planétaires «21e siècle» qui a conduit à l'échec. Et ce d'autant plus que les autres pays riches (Union européenne comprise) se sont alignés sur cette logique. Ce sont alors les pays victimes (les États insulaires, les pays les plus pauvres) et les ONG qui ont dénoncé le fait que le compte n'y était pas.
Dans le cas de la taxe carbone, c'est la même logique «20e siècle» qui a conduit le président Sarkozy et le gouvernement à vider de son contenu la contribution climat-énergie, sous la pression des lobbies économiques (qui ont obtenu l'exonération de l'électricité et des industries polluantes) et de sa majorité législative (qui a obtenu l'abaissement de la taxe à un niveau inefficace et une redistribution injuste de son produit), ne conservant que l'enveloppe (pour la comm', et encore une comm' extrêmement maladroite privilégiant le terme «taxe» à celui de "contribution") et reportant à plus tard les inévitables réformes. Mais là, plus surprenant, c'est le Conseil constitutionnel qui a dit que le compte n'y était pas, validant a posteriori la stratégie écologiste de reconnaissance des enjeux planétaires dans la constitution (principe de précaution, Charte de l'environnement, etc.).
Selon que l'on considère le verre à moitié vide ou à moitié plein, on peut donc se désespérer de ces deux situations, ou au contraire trouver matière à se consoler.
Se désespérer de voir le vieux monde résister à ce point aux évolutions rendues indispensables, et constater que décidément, ce ne sont pas les vieux responsables politiques – enfermés dans les vieilles logiques du 20e siècle et n'acceptant de prendre en compte les enjeux du 21e qu'à reculons, et donc de façon inefficace écologiquement et injuste socialement – qui arriveront à nous sortir de l'ornière, tant le court terme et la vision traditionnelle l'emportent sur le long terme et l'invention d'une nouvelle doctrine économique et écologique.
Profitons de l'occasion pour préciser que les communiqués triomphateurs du Parti socialiste, certes à l'origine du recours, ne l'exonèrent nullement des mêmes travers, tant ses propres contradictions dans l'opposition (quand sa propre candidate à la présidentielle et cheffe de file pour les prochaines régionales se prononce avec force démagogie contre toute fiscalité carbone) ou en situation de pouvoir (quand dans les municipalités, il préfère retirer les délégations des élus écologistes ici, rejeter les amendements budgétaires là, construire des autoroutes et des aéroports ailleurs, plutôt que de mettre ses actes en accord avec ses propos écologistes de circonstances) s'apparentent à celles du parti au pouvoir.
Ou se consoler de constater que les «cordes de rappel» sont aujourd'hui suffisamment puissantes pour mettre en échec le storytelling de Sarkozy. Qu'elles prennent la forme des victimes actuelles et futures du dérèglement climatique à Copenhague, ou celles de la plus haute juridiction en France, elles montrent qu'il n'est plus si facile aujourd'hui de se prétendre écologiste en restant productiviste, qu'il n'est plus aussi facile de prétendre qu'on sauve les générations futures quand on continue de les enfoncer, de prétendre être au service des victimes quand en fait on ne sert que les lobbies.
Et maintenant, «que faire?» comme dirait Dany (1).
J'ai eu l'occasion ici de livrer des pistes sur la façon dont on pourrait rebondir après l'échec de Copenhague, et à quel point les mois à venir seront cruciaux tant en ce qui concerne la reprise des négociations planétaires que sur la mise en place de politiques écologistes au niveau des régions, particulièrement en France.
Il en va de même pour ce qui concerne ce que nous continuerons d'appeler la contribution climat énergie. La solution est aujourd'hui connue. EIle est pour l'essentiel contenue dans les propositions de la commission Rocard :
- n'exonérer aucune source d'énergie non renouvelable
- n'exonérer aucune industrie
- revenir à un niveau de taxation efficace en tant que signal prix
- consacrer le produit de la taxe à corriger ses effets pervers sociaux (redistribution aux plus bas revenus) et à la mise en place de politiques écologiques (transports collectifs, isolation thermique, etc.)


Et accompagner ce dispositif d'une communication enfin à la hauteur expliquant en quoi cette contribution est indispensable pour impulser de nouveaux comportements (bonus) et pénaliser les plus polluants (malus) tout en mettant en place – et c'est essentiel – les outils permettant à nos concitoyens de choisir ces comportements vertueux...
Faute de quoi, en culpabilisant sans donner le choix, le politique serait loin de jouer son rôle.
La résolution des deux questions – Copenhague et la taxe carbone – est intimement liée. Sortir rapidement de l'échec de la taxe carbone est d'autant plus urgent que la France pèse en Europe, et que l'Europe détient une partie des clés du succès de l'après-Copenhague. Et ce, dès le 31 janvier prochain, quand l'Union européenne devra déclarer ses objectifs de réduction d'émission de GES à l'horizon 2020, conformément à l'engagement pris à Copenhague.
La France est dorénavant au pied du mur. Soit elle fait preuve de volonté politique et assume que lutter contre le dérèglement climatique nécessite une contribution climat-énergie efficace écologiquement et juste socialement, et elle aura acquis la crédibilité nécessaire pour porter une parole forte au sein des 27 et en direction du monde. Soit, comme il est à craindre, elle cède de nouveau à la facilité et aux lobbies et sa capacité à incarner un quelconque leadership climatique aura vécu avant même d'être éclos.
Au pied du mur, Nicolas Sarkozy doit choisir : s'en tenir à un storytelling défraîchi, ou passer enfin au «storymaking» ?

 

(1) Daniel Cohn-Bendit, Que faire ?, éd.Hachette Littératures

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