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Billet de blog 21 sept. 2016

De l'audace, encore de l'audace...

Pour conjurer un désastre en 2017, et pour rassembler à gauche sur des objectifs crédibles, ma conviction est que le PCF doit faire entendre ses propositions, ce qui suppose une candidature à l’élection présidentielle pour les porter. Ce billet, issu d’une élaboration commune avec Didier Le Reste, membre du conseil national du PCF, Yves Dimicoli et Nicolas Marchand, s’attache à le démontrer.

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En se prononçant, en juin dernier, pour un processus de rassemblement pour l'élection présidentielle, notre 37eme Congrès a décidé ceci :

« Les communistes travaillent pleinement à un tel processus et à y engager un-e candidat-e pour y mettre en débat nos idées et y porter notre conception du rassemblement ».

On a déjà beaucoup tardé à appliquer cette décision. Il est maintenant urgent d'ouvrir le processus démocratique de choix du représentant du PCF.

Voyons la réalité en face : depuis plusieurs mois, notre parti multiplie les appels pour ouvrir la voie de la définition d'un socle programmatique commun vers une candidature commune à gauche, alternative à celle de F. Hollande ou de l'un de ses clones.  Pierre Laurent a réitéré cet appel avec insistance pendant la Fête de l'Humanité, en présence des forces concernées. Mais au lendemain de la Fête, chacun s'étant exprimé, force est de constater que la situation est bloquée.

Dans le débat public, en matière de propositions susceptibles de répondre aux attentes populaires, on est très loin de ce qui est nécessaire face à la gravité de la situation sociale, écologique, économique et financière.

Le doute sur les promesses politiques, d'où qu'elles viennent, est énorme. Il y a une exigence de radicalité, de faisabilité et de cohérence, vis-à-vis de laquelle les sondages montrent qu'aucun candidat ne passe la rampe. L’entrée d’un-e candidat-e communiste, à disposition du rassemblement et de la gauche, permettrait d’élever le débat de propositions, pour un projet à la hauteur des urgences face à la crise systémique et de civilisation, un projet capable par son audace et sa crédibilité de remobiliser le peuple de gauche dans sa diversité, un projet en phase avec le besoin d’alternative manifestée par le mouvement social.

Il s'agit d'avancer sur des propositions précises et cohérentes.

Un socle partagé ne peut se limiter au plus petit dénominateur commun. Constater des convergences ne suffit pas, surtout si elles ne concernent que des thématiques générales sans traduction dans des dispositifs opérationnels concrets, jusqu'aux indispensables moyens nouveaux de financement. C'est la question sur laquelle ont buté toutes les expériences de gauche. En l'état, c'est ce qui manque pour transformer les convergences existantes en levier de rassemblement capable de faire le poids face à la puissance des marchés, mais aussi face à la force que pourrait donner au candidat Hollande la peur d'un second tour entre la droite et l'extrême-droite.

Il y a besoin du PCF pour apporter des propositions précises à débattre, particulièrement pour des pouvoirs citoyens sur les banques, l'euro et la BCE, les finances publiques et les entreprises, pour un très grand essor de l'emploi et des services publics, pour une production industrielle et de services ambitieuse, répondant aux exigences sociales, écologiques, de maîtrise nationale et de coopération internationale.

Notre initiative « Que demande le peuple ? » est un point d 'appui utile. Il faut la prolonger d'une grande campagne de propositions, en prise sur l'actualité et les luttes : pour cela,  il nous faut un candidat.

Le chantier de la construction d'une candidature commune alternative à gauche est enrayé par ce qui fonctionne, en fait, comme un couple de forces bloquant le processus :

·         d'un côté, JL Mélenchon récuse toute idée de candidature commune ; il prend ainsi la responsabilité de la division, en rompant avec le Front de gauche. Il n'hésite pas à se réclamer du programme l'Humain d'abord, alors qu'il récuse les dispositions précises qui en font la radicalité, et poursuit une dérive nationale-populiste, qu'il serait impossible aux communistes de soutenir. La faiblesse et l’ambiguïté de ses propositions, corollaire de sa volonté de jouer sur les mécontentements, et son discours violemment anti-PS s'avèrent un repoussoir pour la grande masse des électeurs socialistes désespérés par Hollande, et contribue ainsi, en pratique, à alimenter l'abstention ou à faire grandir la crédibilité de Le Pen ;

·         de l'autre, F. Hollande peut alors espérer compter, le jour venu, sur un renfort de ces électeurs de gauche en déshérence face au risque d'un second tour se jouant entre la droite et son extrême.

La multiplication des candidatures à gauche exprime, au-delà de la compétition des « ego », le refus d’un tel blocage. Mais elle accentue l’impuissance à le lever. 

Le pire, face à cela, serait de renoncer. D'où la nécessité que le PCF, qui a démontré sa disponibilité pour ne pas en rajouter à ce paysage si fragmenté, fasse avancer le débat d'idées en l'incarnant, sans tarder, dans une personnalité et des propositions à la disposition de la recherche d'une candidature commune.

Le temps presse. Alors que les candidats développent leur campagne, présentent leurs propositions, bénéficient de toute l'attention médiatique, on entend très peu la voix et les propositions d'un parti qui n'a pas de candidat. Cela accrédite l'idée que le parti communiste est voué à s'effacer en se ralliant à l'un ou l'autre des candidats. L'attentisme ne peut que nourrir cette situation dangereuse dont les conséquences seraient lourdes aux législatives, pour le mouvement social, comme pour le PCF et son existence si nécessaire, bien au-delà de 2017. La responsabilité de la direction du PCF est grande pour ne pas enfermer le parti dans cette situation, ne pas laisser s'installer le défaitisme ou la résignation.

On ne débloquera pas la situation en retardant sans cesse le moment de s'engager dans la campagne avec nos idées marquées par l’Humain d’abord, et un candidat pour les porter. Le candidat du PCF ne sera pas « un candidat de plus », il sera un candidat pas comme les autres : sa campagne donnera de l'écho, indissociablement de son objectif unitaire, à des propositions novatrices, radicales et réalistes. Elle pourra ainsi marquer le contenu d'un socle commun suffisamment cohérent, condition d'une candidature commune qu'il s'agira de continuer à favoriser dans les mois qui viennent. Et quoiqu'il arrive, elle sera utile pour l'avenir.

Dans cette période troublée, incertaine, propice au désarroi faute de perspective de progrès, l'heure est à l'audace politique qui a permis d'écrire les meilleures pages de l'histoire du PCF et de notre pays.

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