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Billet de blog 29 nov. 2016

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Réunir les trois visages du PCF

À quelques semaines d’intervalle, le Parti communiste a montré deux visages apparemment contrastés et en réalité inséparables l’un de l’autre.

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À la conférence nationale du 5 novembre, c’est le « parti militant » qui s’est exprimé, dans le vote nettement majoritaire des 500 délégués en faveur d’une candidature communiste à l’élection présidentielle, et plus encore dans la tonalité des débats. Ce sont, non pas les « cadres » comme l’a prétendu une interprétation journalistique un peu sotte mais les militants les plus engagés du parti qui se sont surtout prononcés pour l’option d’une candidature communiste : jeunes, syndicalistes, militants attentifs aux efforts déployés au sein du parti, par exemple dans sa commission économique, pour développer un marxisme vivant. 

Trois semaines plus tard, c’est le « parti municipal » qui a donné une courte majorité à un ralliement à Jean-Luc Mélenchon. La majorité qui s’était exprimée à la conférence nationale en faveur d’une candidature communiste a été submergée par les votes en provenance de grandes villes, souvent dirigées par un maire communiste. On reste particulièrement impressionné par les centaines de voix, avec des taux de participation de 100 % dans certaines sections, qui donnent une majorité de près de 80 % à la candidature Mélenchon dans un département comme la Seine-Saint-Denis, en net décalage avec la tendance générale dans l’ensemble du pays.

Aujourd’hui, la décision est prise et il reste désormais à la mettre en œuvre. Un point important fait l’objet d’un large consensus au sein du parti : opposer l’un à l’autre les deux visages du PCF, l’un plus militant et idéologique, l’autre plus institutionnel et parlementaire, n’aurait aucun sens tant ils sont constitutifs d’un même sujet politique. Chacun s’est plu à souligner, à juste titre, combien les mœurs qui prévalent ailleurs dans la vie politique contrastent avec la dignité du débat interne dans les sections du PCF et le climat de respect mutuel dans lequel il s’est déroulé, alors qu’aux yeux de beaucoup de ceux qui y participent c’est l’existence même du parti qui est en jeu.

De fait, l’engagement idéologique pour une transformation radicale de la société et la conquête, dans cette perspective, de positions concrètes de pouvoir dans les institutions politiques sont deux des composantes historiques qui font la spécificité du Parti communiste, lui ont donné les moyens d’agir concrètement sur la situation des citoyens, et ont conféré son importance au rôle qu’il joue dans la politique française depuis près d’un siècle.  

Paradoxe, ce qui fait cette force a aussi contribué à conduire, dans l’état actuel, le PCF à s’effacer de la campagne présidentielle.

Cet effacement n’est plus un projet, il devient un fait pour l’élection qui structure les idées politiques des Français. Il s’opère au profit d’un leader qui a renoncé à structurer son programme à partir des principales revendications syndicales pour faire le choix d’un « populisme de gauche » dont les accents – Jean-Luc Mélenchon a tenu à le souligner lui-même – ressemblent beaucoup, sur certains sujets déterminants comme les questions européennes, à ceux du populisme d’extrême-droite que Marine Le Pen s’efforce d’installer comme courant hégémonique dans la vie politique française. Pour la première fois depuis près d’un siècle, le mouvement social – les syndicalistes, les centaines de milliers de citoyens qui se sont mobilisés dans le mouvement contre la loi El Khomri – n’aura pas de relais dans une campagne électorale nationale. Il risque de ne pas en avoir non plus au Parlement après les élections législatives.

On a de bonnes raisons de considérer cette situation comme tragique alors que montent les périls politiques, sociaux, écologiques, économiques, financiers. On peut aussi se dire qu’un autre fait politique est, lui, porteur d’avenir : la réaffirmation du visage militant du parti qui s’est manifestée à la conférence nationale, sans crainte, fait sans précédent, d’entrer en contradiction avec les prises de position du secrétaire national. En effet, cet événement a reposé à la fois sur un fort engagement de jeunes générations militantes et sur une conscience renouvelée de l’originalité de ce que les idées communistes peuvent apporter à notre peuple.

Face à cette poussée, Pierre Laurent et les dirigeants qui l’entourent ont obtenu un vote majoritaire pour une candidature Mélenchon en affirmant que le PCF pourrait quand même défendre ses propositions de façon « autonome » dans la campagne présidentielle. Il leur incombe désormais d’en apporter la preuve.

L’enjeu n’est pas seulement l’unité du parti. C’est sa capacité, lorsque les Français et tous ceux qui vivent sur notre sol devront affronter les prochaines convulsions de la crise sociale, économique, financière, politique, morale qui bouleverse notre civilisation, à jouer le rôle qu’il a joué dans d’autres moments de notre histoire. Pour en avoir la force, sans doute faudra-t-il que le PCF montre à nouveau un troisième visage, lui aussi inséparable des deux précédents mais effacé progressivement au cours des dernières décennies : celui d’un parti d’action et de lutte, ancré dans les entreprises, là où le pouvoir du capital s’exerce le plus directement, là où ses ressorts les plus profonds peuvent être contestés, dans un affrontement qui dessine les valeurs et les moyens concrets d’une nouvelle civilisation.

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