Denis Garnier
Conseiller social - Polémiste, auteur, blogueur
Abonné·e de Mediapart

99 Billets

2 Éditions

Billet de blog 6 mars 2022

Denis Garnier
Conseiller social - Polémiste, auteur, blogueur
Abonné·e de Mediapart

Mais qui est Volodymyr Zelensky ?

La population d’Ukraine dans son ensemble, qu’elle soit victime des Russes dans tout le pays ou victime des Ukrainiens au Donbass mérite tout notre soutien et notre aide. Si l’on connaît le comportement irrationnel de Poutine largement décrit dans tous les médias occidentaux, celui du président Zelensky est plus discret. Qui est le président de l’Ukraine ?

Denis Garnier
Conseiller social - Polémiste, auteur, blogueur
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La population d’Ukraine dans son ensemble, qu’elle soit victime des Russes dans tout le pays ou victime des Ukrainiens au Donbass mérite tout notre soutien et notre aide. Les appels à dons se multiplient et c’est un minimum (ICI et ICI). Si l’on connaît le comportement irrationnel de Poutine largement décrit dans tous les médias occidentaux, celui du président Zelensky est dépeint en héros en raison de sa présence au cœur de sa population. Mais qui est le président de l’Ukraine ?

Avant d’être président, il était humoriste, producteur, acteur, scénariste, réalisateur. Il connaît donc parfaitement tous les rouages de la communication. Usant de tous les médias occidentaux, il apparaît comme le résistant courageux. Il est vrai qu’à sa place, beaucoup d’hommes politiques auraient pris la fuite et qu’à ce titre, il mérite bien le qualificatif de héros. Il reste aux côtés de son peuple bombardé pendant que les Français sont abandonnés par la France !

Ceci étant, je suis désolé de casser l’ambiance, mais lorsque tous les médias passent en boucle les mêmes informations accablantes, que les chaînes de télévision RT-France et Sputnik sont devenues interdites en Europe sous prétexte de propagande russe, cela mérite de fouiller d’un peu plus près la réalité.

En exemple et parmi tant d’autres, les médias occidentaux ont dû démentir deux informations qui tournaient en boucle pendant plusieurs jours démontrant la sauvagerie des Russes. Rappelez-vous.

La première, c’est le reportage selon lequel, des soldats ukrainiens auraient répondu au bateau russe qui les menaçait « allez vous faire foutre » avant d’être tous tués. « Ils sont morts en héros », a salué le chef de l’État ukrainien Volodymyr Zelensky, affirmant que les 13 soldats seraient décorés à titre posthume de la médaille de « héros d’Ukraine ».

En réalité, c’était une fausse nouvelle ! Les Russes ont démenti et après vérification, les médias français ont dû rétropédaler. Ce ne sont pas 13, mais 82 soldats ukrainiens vivants qui se sont rendus ! (Source)

L’Île aux serpents sur laquelle 82 soldats Ukrainiens ont été prisonniers par l’armée Russe.

La seconde ; ce fut l’indignation après une frappe russe près du site du massacre nazi de Babi Yar à Kiev. Cette attaque a été dénoncée par le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui a appelé la communauté internationale à s’indigner. Dans un tweet s’adressant « au monde entier », il alerte : « À quoi ça sert de dire “plus jamais ça” pendant 80 ans, si le monde se tait quand une bombe tombe sur le même site de Babi Yar ? Au moins cinq personnes sont mortes. L’histoire se répète… »

Là encore, la presse française doit rétropédaler : Libération : « Présente ce mercredi matin sur place, la journaliste de l’AFP, Daphné Rousseau a publié deux photos des sculptures mémorielles encore intactes dédiées aux enfants morts et de la Menorah (le chandelier à sept branches) en hommage aux Juifs exécutés. La reporter constate : le mémorial lui-même, un parc situé à 1 kilomètre de la tour, est intact comme vous pouvez le voir. » (source)

Le monument, après le bombardement

__________

La guerre de l’information est ouverte.

La suppression de la chaîne RT France et Sputnik par l’Europe n’est pas un bon signe pour l’avenir de l’information plurielle ! Si la désinformation devait être censurée partout, que deviendrait la plupart des médias français ? Il y aurait d’un côté la vérité d’État et de l’autre des complotistes ? La France se perd dans cette Europe de la censure ! Le pluralisme de l’information est un gage de la démocratie, un pas vers l’analyse, vers la liberté d’agir en conscience. Avec un seul point de vue, que devient la liberté ? Heureusement, il existe encore des journalistes d’investigation et de terrain ainsi que des organismes internationaux qui publient. C’est du travail, mais pour y voir clair, c’est indispensable.

Venons-en maintenant au président actuel de l’Ukraine, Volodymyr Zelensky.

Dans une page Facebook, j’ai été interloqué par le post suivant :

« Le président ukrainien Zelenskyy, est-il l’homme très honnête qui a combattu les nazis chez lui et qui n’a jamais trempé dans de sales affaires ? Questions incompréhensibles pour celles et ceux qui ne pas savent qu’il est mis en cause ; 1)- dans l’affaire des ‘Panama Papers’ ; 2)- que son gouvernement interdit le Parti communiste ukrainien ; 3)- intègre dans l’armée un régiment néo-fasciste ; 4)- vote en décembre 2021 à l’ONU contre un projet de restauration contre la glorification du nazisme. »

Compte tenu de tout ce qui précède, cela mérite d’être vérifié.

1- Corrompu dans l’affaire des « Panama papers » (1) :

« Les oligarques, les hauts fonctionnaires et les procureurs et juges corrompus continuent à se partager l’État, des milliards disparaissent à l’étranger ; l’Ukraine, à quelques exceptions près, a fait aussi peu de progrès dans la construction d’un État de droit que dans la lutte contre la corruption ». (source : rapport spécial de la Cour des comptes européenne (CCE) sur « la lutte contre la grande corruption en Ukraine » – septembre 2021).

Le 3 octobre 2021, Radio France International (RFI) et d’autres, révèlent qu’ « En 2019, Volodymyr Zelensky a été élu, après avoir incarné dans la série « Serviteur du peuple », un président fictif, incorruptible, luttant contre les oligarques et les forces de l’agent, rappelle notre correspondant à Kiev, Stéphane Siohan. Mais sur la base des Pandora Papers, les journalistes de Slidstvo Info, un média d’investigation ukrainien, ont prouvé que pendant des années, Zelensky et ses amis du Kvartal 95, sa société de production audiovisuelle, ont caché leur fortune dans une douzaine de sociétés-écrans, à Chypre, au Belize et aux Iles Vierges britanniques.« 

Des Russes, des Français, etc., sont aussi concernés par ce scandale d’évasion fiscale. L’enquête baptisée « Pandora Papers », à laquelle ont collaboré environ 600 journalistes, dans plus de 100 pays et territoires, avec quelque 100 médias partenaires, s’appuie sur quelque 11,9 millions de documents, qui proviennent de 14 sociétés de services financiers et a mis au jour plus de 29 000 sociétés offshore.

Sources complémentaires :

2- Il interdit le Parti communiste ? :

Ce n’est pas l’exacte réalité, car Volodymyr Zelensky, n’était pas encore président de l’Ukraine. C’est l’ancien président, Petro Porochenko, qui a fait voter en avril 2015, une série de lois dites « de décommunisation » qui ont interdit le Parti communiste, débaptisé les villes et rues qui portaient le nom d’anciens dirigeants soviétiques et proscrit la propagande des idéologies totalitaires.

En fait, le parti n’est pas formellement interdit : le ministère de la Justice peut simplement l’empêcher de concourir aux élections (Amnesty InternationalL’Humanité). En vertu de cette législation, la Commission électorale centrale d’Ukraine rejette la candidature du communiste Petro Symonenko à l’élection présidentielle de 2019.

Interdire une candidature aux élections présidentielles n’est pas forcément un signe de démocratie active. C’est ainsi que Volodymyr Zelensky accède à la présidence de l’Ukraine avec plus de 70 % des voix.

3 – A-t-il intégré dans l’armée, un régiment néo-fasciste ?

Ce n’est pas directement Zelinsky qui est à l’origine de cette intégration. Pour appréhender cet épisode et comprendre la haine des Russes actuels contre les nazis, il faut remonter au « pacte germano-soviétique », un pacte de non-agression d’une durée de 10 ans, signé le 23 août 1939, dans lequel l’Allemagne nazie et l’Union soviétique s’engageaient à ne pas s’attaquer mutuellement. Moins de deux ans après sa signature, ce pacte fut rompu le 22 juin 1941, par l’invasion de l’URSS par l’Allemagne du IIIe Reich. Cette opération, du nom de « Barbarossa », organise les premiers massacres systématiques de Juifs par les troupes d’intervention nazies. En Ukraine, mais pas que là, cette nostalgie néo-fasciste perdure depuis, sans réaction du pouvoir en place.

Le régiment néo-fascite (Le régiment Azov) est déjà intégré dans l’armée régulière ukrainienne quand Zelinsky arrive au pouvoir. Il faut noter que depuis, l’ancien leader de l’ultra droite ukrainienne, Andreï Parouby, dont l’emblème était un insigne nazi, a rejoint le gouvernement Zelensky. Il est devenu président de l’Assemblée. D’où le soupçon d’une certaine complaisance à l’égard des néo-fascistes que Vladimir Poutine surexploite pour justifier son agression.

« Le groupe Azov s’est fait un nom et une réputation auprès des nationalistes en réprimant les séparatistes armés dans l’est du pays en 2014, à Kharkiv d’abord, puis à Marioupol, le grand port de la mer d’Azov, palliant ici et là les défaillances d’une armée ukrainienne en pleine reconstruction. Il dispose aujourd’hui d’un régiment intégré à l’armée régulière, d’un parti politique (le Corps national) et des milices – « Droujini » – visant à maintenir l’ordre dans les rues du pays, quitte à agir dans la plus parfaite illégalité. » (La croix – 15 octobre 2018)

4- A-t-il voté contre, en décembre 2021 à l’ONU, une résolution qui s’oppose à la glorification du nazisme, du néonazisme ?

C’est vrai, mais c’était en novembre 2020. Le même vote a eu lieu en 2015 avant qu’il ne soit président.

« Par le projet de résolution intitulé « Lutte contre la glorification du nazisme, du néonazisme…» présenté par la Fédération de Russie et adopté par 122 voix pour, 2 voix contre (États-Unis et Ukraine) et 53 abstentions, l’Assemblée générale se déclarerait profondément préoccupée par la glorification du mouvement nazi, du néonazisme et des anciens membres de l’organisation, la Waffen-SS, et par le fait de déclarer que ces membres et ceux qui ont combattu la coalition antihitlérienne, collaboré avec le mouvement nazi et commis des crimes de guerre et crimes contre l’humanité ont participé à des mouvements de libération nationale. »

La délégation d’Ukraine et des États-Unis, voteront contre ce projet de résolution en raison de ses formulations trompeuses. (sources : Nations Unies, 18 novembre 2020 – RT France : Les Etats-Unis, le Canada et l’Ukraine rejettent une résolution contre la glorification du nazisme – 21 nov. 2015

Alors qui est-il ?

En complément, il convient de visionner les deux vidéos ci-dessous, pour parfaire cette compréhension du conflit et notamment à travers la situation constatée au Donbass. Plus de 14 000 morts depuis 2014 qui méritent quelques minutes d’attention.

Les informations ci-dessus diffèrent nettement de l’image que nous assène quotidiennement les médias nationaux, même si ces derniers rétropédalent souvent quand leurs informations se révèlent fausses ou très exagérées. L’information continue connaît là ses limites.

Même si le président de l’Ukraine surjoue désormais la carte des médias occidentaux, même si son passé et celui de son pays ne sont pas exempt de tout reproche, rien ne permet une quelconque complaisance envers l’envahisseur russe.

Maintenant, c’est la guerre et tout doit être mis en œuvre pour éviter que la situation dégénère. En ce sens, j’ai publié ce billet : « Je ne comprends pas cette excitation de l’Union européenne relayée par la France ! »

Si les sanctions économiques semblent adaptées à la situation pour exercer une réelle pression sur Moscou et ses oligarques, armer un camp contre l’autre est-il la meilleure façon d’obtenir la paix ?

Deux vidéos pour comprendre le Donbass :

__________

Et dans le monde ?

Cliquez ici pour obtenir les explications (France-info)

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Congrès EELV : Marine Tondelier en passe de prendre « la suite »
L’élue municipale à Hénin-Beaumont et cadre dirigeante de longue date est arrivée largement en tête du premier tour du congrès d’Europe Écologie-Les Verts. Mélissa Camara, candidate proche de Sandrine Rousseau, arrive troisième derrière la proche de Yannick Jadot, Sophie Bussière. 
par Mathieu Dejean
Journal — Police
À Bure, les liens financiers entre gendarmes et nucléaire mélangent intérêts publics et privés
En vigueur depuis 2018, une convention entre la gendarmerie nationale et l’Agence nationale de gestion des déchets radioactifs permet la facturation de missions de service public. Mais alors, dans l’intérêt de qui la police agit-elle ? Mediapart publie le document obtenu grâce à une saisine de la Cada.  
par Jade Lindgaard
Journal — Asie et Océanie
La Chine fait face à une vague de protestations inédites contre les mesures anti-Covid
Dans tout le pays, des manifestations ont eu lieu pour réclamer la fin des mesures de confinement à la suite d’un incendie mortel à Urumqi jeudi soir, dans la capitale du Xinjiang. Les protestataires, au premier rang desquels des étudiantes et étudiants, jugent qu’elles ont retardé les secours.
par François Bougon
Journal
Le président turc menace les Kurdes syriens d’une offensive militaire 
À six mois d’une élection présidentielle cruciale, un attentat non revendiqué à Istanbul sert de prétexte au président turc pour lancer une campagne de bombardements dans le nord de la Syrie.
par Zafer Sivrikaya

La sélection du Club

Billet de blog
Bifurquons ensemble : un eBook gratuit
L’appel à déserter des étudiants d'AgroParisTech nous a beaucoup touchés, par sa puissance, son effronterie et l’espoir en de nouveaux possibles. C’est ainsi qu’au mois de mai, Le Club de Mediapart a lancé un appel à contribuer qui a reçu beaucoup de succès. Nous vous proposons maintenant ce livre numérique pour mettre en lumière la cohérence de toutes ces réflexions. Un eBook qui met des mots sur la révolte des jeunes qui aujourd’hui s’impatientent de l’inaction gouvernementale et qui ouvre des pistes pour affronter les désastres écologiques en cours.
par Sabrina Kassa
Billet de blog
À la ferme, tu t’emmerdes pas trop intellectuellement ?
Au cours d'un dîner, cette question lourde de sens et d'enjeux sociétaux m'a conduite à écrire cet article. Pourquoi je me suis éloignée de ma carrière d'ingénieure pour devenir paysanne ? Quelle vision de nombreux citadins ont encore de la paysannerie et de la ruralité ?
par Nina Malignier
Billet d’édition
Bifurquer : le design au service du vivant
15 ans d'évolution pour dériver les principes du design graphique vers une activité pleine de sens en faveur du vivant. La condition : aligner son activité professionnelle avec ses convictions, l'orchestrer au croisement des chemins entre nécessité économique et actions bénévoles : une alchimie alliant pour ma part, l'art, le végétal, le design graphique et l'ingénierie pédagogique.
par kascroot
Billet de blog
Reprendre la main pour financer la bifurcation sociale et écologique
Attac publie ce jour une note intitulée « Reprendre la main pour financer la bifurcation sociale et écologique ». Avec pour objectif principal de mettre en débat des pistes de réflexion et des propositions pour assurer, d’une part, une véritable justice fiscale, sociale et écologique et, d’autre part, une réorientation du système financier.
par Attac