L'intensification du travail, terreau du chômage, cercueil de la démocratie !

Ce sont essentiellement les contraintes économiques et la politique menée en la matière depuis des décennies qui conduisent à plus de flexibilité, de productivité, de rentabilité et ceci, sur le dos du plus grand nombre, essentiellement des travailleurs. Il s'agit d'assurer le profit de quelques uns, essentiellement les banques, les assurances et les fonds de pensions, contre tous les autres.

Ce sont essentiellement les contraintes économiques et la politique menée en la matière depuis des décennies qui conduisent à plus de flexibilité, de productivité, de rentabilité et ceci, sur le dos du plus grand nombre, essentiellement des travailleurs. Il s'agit d'assurer le profit de quelques uns, essentiellement les banques, les assurances et les fonds de pensions, contre tous les autres. Leurs envies tout à fait insatiables rendent l'intensification du travail incompatible avec le plein emploi. Comme nous allons le voir, c'est l'un ou l'autre !

Toutes les politiques menées ça et là consistent à réduire le nombre des emplois dans tous les secteurs d'activité. Si ce n'est pas directement l'entreprise ce sera son sous traitant !

L'exemple le plus flagrant est certainement la privatisation des autoroutes en 2005. Depuis, les péages augmentent au-delà de l'inflation au point de faire réagir la Cour des comptes[1]. Le bénéfice total des sociétés d’autoroutes a fait un bond de… 65 % ! Depuis la privatisation, les sociétés d’autoroutes ont massivement dégraissé leur personnel, de – 14 %, pour se situer en deçà des 15 000 salariés.[2] En réaction, les sociétés d'autoroutes veulent une nouvelle augmentation tarifaire ! En matière de profit, elles sont et resteront tout à fait insatiables !

Cet exemple, même imparfait, démontre les mécanismes mis en place par les députés de l'époque (sans être rassuré sur ce que vont faire ceux d'aujourd'hui ..) pour, d'une part assécher progressivement les finances de l'Etat - moins de ressources - tout en faisant payer l'addition aux consommateurs - augmentation des péages sans épargner le citoyen - qui paie des impôts, taxes et cotisations pour renflouer le manque à gagner. Cet exemple peut paraître caricatural, mais reste parfaitement démonstratif pour expliquer le système que présente James K. Galbraith dans son livre « L’Etat prédateur ». Pour James K. Galbraith, « les réductions des dépenses publiques de l’Etat ne sont ni nécessaires ni suffisantes pour faire progresser la productivité. Ce sont des faits, aujourd’hui bien assimilés par les praticiens de l’action publique »[3]. Manifestement la France et l’Europe ne sont pas des praticiens de l’action publique.

 

Que devient le progrès s'il se traduit par une mort sociale ?

 En réduisant le nombre d'emplois, mathématiquement on augmente le nombre de chômeurs, y compris lorsque ces emplois supprimés sont des fonctionnaires. Par conséquences,  les dépenses sociales à la charge de l'Etat augmentent. Pour y faire face, dans le cadre de cette politique, il n'existe pas de solutions miracles : soit les droits sont réduits -indemnités, remboursements maladie, retraite, etc.- soit les taxes, cotisations et impôts augmentent. L'intensification du travail réduit l'emploi, augmente le chômage et plombe les comptes sociaux ! Sachons que Lorsque le pays compte 100 000 chômeurs de plus, le seul financement des retraites perd 1 milliard d’euros

De fait, l'intensification du travail prive les salariés non seulement des gains de productivité qui devraient leur revenir, mais paient le service public privatisé plus cher, des taxes et impôts en nombre, contribuent davantage aux dépenses de santé pour terminer malades, épuisés et pire encore.

Faut-il rappeler que l'espérance de vie en bonne santéen France, c'est à dire l'espérance de vie sans incapacité, est passée entre 2008 et 2010 de 62,7 ans à 61,9 ans pour les hommes et de 64,6 ans à 63,5 ans pour les femmes. (Source des données : Eurostat (28/11/2011)

L'augmentation de la précarité, du chômage, des traumatismes du travail ne sont pas étrangers à ce triste constat. Que devient le progrès s'il se traduit par une mort sociale ?

 

Nationalisation des pertes et privatisation des profits, c'est trop !

Par ailleurs, le coût du stress représente, selon les études, entre 2,6 et 3,8 % du produit intérieur brut (PIB) en France et en moyenne entre 3 et 4% du PIB dans les sociétés développées (rapport annuel du Bureau International du Travail). Ce serait une hausse de 15 à 20 % depuis 2002. Ainsi en considérant que le produit intérieur brut de la France est de 2 032 milliards d’euros en 2012, et que le coût moyen du stress est évalué à 3 %, la somme de 60 milliards annuels est dépassée !

Et le pire dans ce système c'est que ce sont les victimes qui paient l'addition !

Les Etats sont attaqués par le système économique devant lequel les gouvernements successifs se couchent, impuissants, certainement redevables des coûts exorbitants de campagnes électorales indécentes et dont on vient de voir récemment quelques sources d'abus en tout genre... des années après !

 

La nationalisation des pertes et la privatisation des profits dépassent aujourd'hui le seuil du supportable pour un trop grand nombre de personnes.

Au plan international, des populations de plus en plus nombreuses commencent à se révolter.  Ce n'est qu'un début.

En France, le conflit n'est pas mort, bien au contraire. S'il prend des formes différentes il rassemble de plus en plus.[4] Sans un changement radical de logique économique, c'est la démocratie qui volera en éclat.

 

 

N'est-il pas plus facile de rester debout pour avancer ?


 


[1] Autoroutes : les sociétés gestionnaires épinglées par la Cour des comptes -AFP- 23 juillet 2013

[2] Journal Marianne :"Autoroutes : la rente de Vinci sera-t-elle prolongée ?" 5 Décembre 2012

[3] James K. Galbraith « L’Etat prédateur » Editions le seuil, septembre 2009- p34

[4] Baptiste Giraud & Jérôme Pélisse, « Le retour des conflits sociaux ? », La Vie des idées, 6 janvier 2009. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/Le-retour-des-conflits-sociaux.html


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