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Billet de blog 25 nov. 2010

Du travail au capital

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Du travail au capital

Denis Garnier

Syndicaliste FO

La première conséquence de cette économie mondialisée est le transfert des sommes gagnées par le travail vers le capital. Rappelons que pour Warren Buffett, le géant de la finance, « Tout va très bien pour les riches dans ce pays, nous n'avons jamais été aussi prospères. C'est une guerre de classes, et c'est ma classe qui est en train de gagner » A la tête de 52 milliards de dollars, Warren Buffet possède la deuxième fortune du monde après Bill Gates, selon le magazine américain Forbes. Dans le même temps, il se déclare favorable à une meilleure redistribution des richesses: « Une personne très riche doit laisser suffisamment à ses enfants pour qu'ils fassent ce qu'ils veulent mais pas assez pour qu'ils ne fassent rien.» Il y a encore un réel chemin à parcourir pour que les fils de milliardaires puissent faire la distinction entre les besoins absolus et les besoins relatifs dont John Maynard Keynes démontrait la nécessité. Les besoins relatifs de cette seconde catégorie, disait-il, leur désir de supériorité, sont peut-être tout à fait insatiables. Le monde du travail qui subit la dégradation de son pouvoir d’achat, victime d’un taux de chômage élevé, n’a pas le loisir de choisir son modèle de Ferrari mais se plante devant le rayon du magasin discount entre le steak et les pates.

Seuls ont été relativement protégés, les bénéficiaires du SMIC, salaire minimum qui a progressivement absorbé jusqu’aux emplois qualifiés. La conséquence est aujourd’hui évidente. La France détient le record de travailleurs payés au salaire minimum, avec un taux de 16,80%.[1]

En janvier 2008, François Ruffin[2] a reprit cette citation de Warren Buffet, qui place le capital en tête dans la lutte des classes, pour en faire un livre « La guerre des classes[3] ». Il expose les contrastes saisissants entre les précaires et les grandes fortunes. La course aux profits devient le seul objectif. En vingt ans, la part des salaires dans le produit intérieur brut français a baissé de 9,3 %, ce qui correspond à près de 150 milliards d’euros en partie transférés vers le capital.

Cette affirmation, explique-t-il, vient d’un article de la Banque des règlements internationaux (BRI), une institution qui réunit chaque mois, à Bâle (Suisse), les banquiers centraux afin de « coordonner les politiques monétaires » et d’« édicter des règles prudentielles ». Ce n’est pas vraiment un repaire de marxistes, dit-il ; pourtant, leur exposé, sur cette « marge de profit est d’une importance sans précédent », se poursuit sur vingt-trois pages[4].

Ces informations sont confirmées par d’autres sources qui sont reprises par Richard Sennett dans son ouvrage « Le travail sans qualité »[5]. Il indique que suivant les calculs de l’économiste Simon Head, le salaire hebdomadaire moyen (corrigé de l’inflation) a baissé de 18% entre 1973 et 1995 pour 80% de travailleurs américains, tandis que la rémunération de l’élite à augmenté de 19% avant impôts, et de 66% après l’intervention des comptables.[6]

Pour comprendre il faut savoir que le produit intérieur brut de la France, c'est-à-dire le total des richesses produites en une année, s’élève à plus de 1.800 milliards d’Euros. La France est donc un pays riche. Lorsque ces économistes disent que la part des salaires dans cette richesse à perdu 9,3%, il s’agit de 9,3% de ces 1.800 milliards, ce qui fait plus de 167 milliards exactement.

Pour la fonction publique les mécanismes qui ont permis une telle évolution négative peuvent s’expliquer. Avant les années 1980, les fonctionnaires connaissaient deux types d’augmentation. D’une part les augmentations générales de la valeur du point d’indice qui étaient quasiment alignées sur l’inflation et, d’autre part, les augmentations dues à l’ancienneté, par les avancements d’échelon, et celles dues à la technicité, par les avancements de grade. C’est ce que les spécialistes appelaient les augmentations en niveaux, le GVT (Glissement, Vieillissement, Technicité). Elles concernaient individuellement chaque fonctionnaire. Ce système était clair. Pour 2% d’inflation, le salaire augmentait de 2% et les mesures liées à l’ancienneté, qui représentaient 25% à 30% sur l’ensemble de la carrière, s’ajoutaient à l’inflation. Aujourd’hui ces augmentations dues à l’évolution de la carrière sont intégrées dans la revalorisation générale des salaires des fonctionnaires. Cela représente pour 30 ans de carrière la perte de pouvoir d’achat des 25% à 30% citée ci-dessus. Mais ce n’est pas tout. Les gouvernements successifs calculent désormais l’évolution du salaire des fonctionnaires en masse. Ainsi, l’emploi crée ou les revalorisations catégorielles accordées à telle ou telle profession augmentent la masse salariale de la fonction publique et vient en déduction des augmentations de la valeur du point d’indice. Le gouvernement explique par la suite que lorsque l’on augmente le nombre d’emplois de policier, ou d’instituteur, ou lorsqu’il décide de revaloriser la profession d’infirmière, il augmente la masse salariale et donc le pouvoir d’achat global des fonctionnaires. Il raisonne en volume du « gâteau » à distribuer. Chaque salarié est surpris d’apprendre que son pouvoir d’achat a augmenté, alors que son salaire n’a pas bougé. Les fonctionnaires n’auront pas de réaction collective puisque le salaire est de plus en plus individualisé. Ils réagiront en collectifs d’intérêts corporatistes, en association de catégorie professionnelle afin d’obtenir une augmentation de salaire pour leur groupe, leur corps, sans se soucier des autres. Ils voudront la plus grosse part du gâteau. Le conditionnement par les locataires de la forteresse produit ses effets !

Pour le secteur privé, par d’autres mécanismes, le constat est à peu près identique. « Si la politique libre échangiste de l’Organisation de Bruxelles n’avait pas été appliquée, le PIB réel par habitant en France serait aujourd’hui d’au moins 30 % plus élevé qu’il ne l’est actuellement. »[7]

Cela revient à dire que les revenus versés aux travailleurs quels qu’ils soient, salariés, agriculteurs, etc., seraient supérieurs de 30% à ceux qu’ils perçoivent aujourd’hui. Plus précisément le smic serait porté aujourd’hui de 1 343,77 euros à 1 746,90 euros ! Pour chaque travailleur il manque 400 euros tous les mois du fait de la mondialisation. Ça change tout ! Si ce constat ne mobilise pas ceux qui en sont victimes c’est que le Monstre doux de Raffaele Simone a terminé sa tâche. Le peuple est cérébralement mort !

Faut-il rappeler que le 25 mai 1968 les négociations et accords de Grenelle (le Grenelle historique) ont permis une augmentation du SMIC de 35% en une seule fois.

Les patrons, comme à leur habitude, ont crié à la faillite. Or rien de tel ne s’est produit. Ne disaient-ils pas en 1848 que « sans l'esclavage, la prospérité de la France ainsi que sa position dans le concert des nations seraient mises en danger ». Ils n’ont pas évolué sur ce point.

Mais comme ils pourraient l’objecter, nous ne sommes plus en 1968. Effectivement ! Jusqu’en 1974 le pays pouvait financer ses dettes par l’emprunt à taux zéro à la banque de France. Or, aujourd’hui ce sont les institutions financières, les locataires de la forteresse, qui fixent les règles du jeu. Rien ne va plus !

« Donc, il y a en gros 120 à 170 milliards d’euros qui ont ripé du travail vers le capital », calcule Jacky Fayolle, ancien directeur de l’Institut de recherches économiques et sociales (IRES). D’après lui, de tels ordres de grandeur « traduisent des déformations structurelles, pas simplement de l’économie mais de la société ». Ces déformations résultent de « tout un ensemble de facteurs : le poids du chômage, les politiques économiques, les changements de la gouvernance des entreprises depuis une vingtaine d’années ». Il faut bien reconnaître et admettre que l’abandon de l’économie par le pouvoir politique conduit l’organisation de la société vers une dérive de la compétitivité qui ne se tourne exclusivement que vers l’appât de gains toujours plus importants, un besoin insatiable des locataires de la forteresse. C’est, en effet, une déformation structurelle de la société qui se traduit par un changement de la gouvernance des entreprises et qui entraîne du chômage.

Et qui redoute le pire ? « J’ai attendu et j’attends encore quelque normalisation dans le partage du profit et des salaires » car « la part des salaires dans la valeur ajoutée est historiquement basse, à l’inverse d’une productivité qui ne cesse de s’améliorer ». Or « ce découplage entre faibles progressions salariales et profits historiques des entreprises fait craindre (...) une montée du ressentiment, aux Etats-Unis comme ailleurs, contre le capitalisme et le marché ». Il s’agit de M. Alan Greenspan, ancien directeur de la Réserve fédérale américaine (la Fed), qui livre ses inquiétudes au Financial Times[8]. Il estime que la part des salaires est historiquement basse alors que les gains de productivité ne cessent de progresser. Il redoute que des gens se soulèvent contre le capitalisme et le marché dont les profits deviennent indécents. Dans un discours prononcé devant le Démocratic Leadership Council le 22 novembre 1994, il avait déjà alerté l’opinion en déclarant que « l’inégalité des revenus risquait de se transformer en une menace majeure pour notre société ».

Ce n’est donc plus un ressentiment contre le capitalisme de marché, c’est un détournement de la force du travail au profit du capital. Même Patrick Artus[9], dont on ne peut dire qu’il est un extrémiste de gauche, appelle les Etats « d’accroître de manière autoritaire les salaires de 20 % dans tous les pays de la zone euro »[10] Il reconnaît dans la suite de sa note que ce programme, qu’il qualifie « de plan non orthodoxe », n’a aucune chance d’être mis en place.

Faut-il mettre en cause les constats de tous ces économistes? En ce qui concerne la France d’autres données sont disponibles. Elles sont régulièrement analysées par Pierre Larrouturou[11]. « Depuis vingt-cinq ans, en France, la négociation sur les salaires est tellement déséquilibrée que la part des salaires et cotisations sociales dans le produit intérieur brut (PIB) a chuté de 11 %. Onze pour cent de chute sur un PIB de 1 800 milliards, ce sont, cette année, quelque 200 milliards d’euros qui vont rémunérer le capital, alors qu’ils iraient aux salariés si nous avions conservé l’équilibre de 1982 ». Ce n’est pas un extrémiste de gauche mais un économiste de gauche, le partisan de la semaine de quatre jours. Il reprend les éléments d’une situation qui est connue de toux ceux qui s’intéressent à la question.

Selon un commentaire de l’Insee[12], après avoir sensiblement augmenté à la suite des accords de Grenelle en 1968 et des chocs pétroliers de la décennie 70, la part des revenus du travail a reculé au cours des années 80. Elle a retrouvé, depuis le début des années 90, un niveau proche de celui du début de la décennie 60 ! Cette institution confirme la baisse de 9,3% de la part des salaires dans le PIB.[13]

Selon les économistes, cela représente en France, selon les modes de calculs, entre 150 et 200 milliards d’euros par an qui sont ainsi détournés au profit des actionnaires, des propriétaires, des rentiers, de ceux qui n’on plus besoin de travailler pour s’enrichir. Entre Alan Greenspan, le Bureau des Règlements Internationaux, Simon Head, Jacky Fayolle, Patrick Artus, Pierre Larrouturou, ou bien encore la respectable INSEE, et tant d’autres, il est incontestablement démontré que la part de la richesse qui revient aux travailleurs a très fortement diminuée depuis que le système économique international à laissé place aux lois du marché. Pour donner un ordre d’idée à ces chiffres qui dépassent notre quotidien, 200 milliards, c’est en France l’équivalent de 8 millions d’emplois par an, payés au SMIC, charges comprises. C’est la fin des déficits publics. C’est le retour à l’excédent des comptes sociaux. C’est le maintien d’une retraite décente. C’est une société plus équilibrée où les très riches seront toujours très riches et pourront continuer de l’être sans générer la précarité, le chômage et la misère, germes de toutes les violences. Un seul milliard, c’est la création des 40 000 emplois qui manquent à l’hôpital pour son fonctionnement.

La solution : « travailler plus, pour gagner plus » est un slogan qui dépeint ô combien le dilemme des salariés entre leurs besoins et la solidarité. Un slogan qui vient glorifier l’asservissement collectif. La France et les Français sont généreux, accueillants, partisans de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. Au lieu de cela, le gouvernement appelle à l’égoïsme, où « le chacun pour soi et le Président pour tous », devient une mauvaise solution pour de vrais problèmes. Le « travailler plus, pour gagner plus », les heures supplémentaires, sont le symbole de cet endoctrinement libéral, qui, servi par un pouvoir médiatique oppressant, universalise leur vérité comme l’évidence d’une pensée moderne et progressiste. Aujourd’hui, c’est pour le gouvernement et le patronat un enjeu majeur. C’est le fruit d’un libéralisme le plus mercantile, le plus avilissant pour ces femmes et ces hommes qui le courtisent. De plus, l’exonération de charges qui accompagne le dispositif encourage les heures supplémentaires non taxées au détriment des emplois nouveaux qu’il faudrait créer pour répondre au besoin du carnet de commande, ou à l’hôpital pour satisfaire l’exigence de qualité des soins.

Que le patron d’une entreprise du CAC 40, ou son alter ego, tiennent ce discours, c’est normal. Il développe la prospérité non seulement pour assurer le surnuméraire de son existence, mais aussi, celle de ses enfants, petits enfants et arrières petits enfants. (Figaro reste pertinent[14]). Il transmettra le bénéfice substantiel des fruits de la sueur produite par les salariés qu’ils ont directement ou indirectement exploités leur vie durant. En libérant ainsi les descendants du travail nécessaire, en privilégiant la rente du capital au détriment de la valeur travail qu’ils défendent en public, ils peuvent paraître en pleine contradiction. Il n’en est rien. La féodalité des seigneurs chassée par la révolution pour libérer le capitalisme, réapparaît aujourd’hui. Le seigneur du passé est aujourd’hui « patron actionnaire». Il va reproduire pour ses descendants, ce que les seigneurs ont réalisé pour les leurs. Pour eux, le travail des salariés n’est que le bénéfice qu’ils peuvent en tirer ; Ils ont raison ; L’humain est une vraie ressource ! Il y a même des directeurs pour cela.

Mais pourquoi cette course folle aux revenus insolents qui s’affichent aujourd’hui ? Pourquoi enrôler les travailleurs dans une apparente bienveillance alors que leur exploitation ne fait que se développer ?

Il en est de même aujourd’hui, où la mondialisation, la compétitivité, la dette des Etats sont présentées comme des contraintes impossibles à éviter alors que les économistes les plus attentifs à l’humanité démontrent à chaque page de leurs ouvrages le caractère fallacieux de ces affirmations.

Le mécanisme des niches, un privilège pour les actionnaires au détriment du salaire.

A la lecture d’un rapport du Conseil des Prélèvements Obligatoires[15] (CPO) d’octobre 2010 portant sur les niches fiscales et sociales dont bénéficient les entreprises, ont peut légitimement déduire que l’invention des exonérations de charges diverses coïncident avec la montée en puissance de la financiarisation de l’économie. Ont peut y lire que « selon le programme de qualité et d’efficience Financement, l’accroissement du nombre de dispositifs est à peu près continu depuis l’apparition de ceux-ci à la fin des années 1970.»[16]

Ces informations sont importantes puisqu’elles expliquent le cheminement du transfert d’une partie de la richesse nationale du travail vers le capital. Rappelons que ce transfert conduit à une sous évaluation des salaires de l’ordre de 30%. Un des véhicules serait les exonérations de charges.

Pour la revue « alternatives économiques »,[17] « La lecture des 850 pages d'annexes au rapport est elle-même instructive. On y trouve en particulier la confirmation que, grâce à cette multitude de niches, le montant effectif de l'impôt sur les bénéfices payé par les sociétés du CAC 40 était inférieur à 25% pour quinze d'entre elles en 2009, alors que ce taux atteint théoriquement 33% […] On y comprend aussi pourquoi celles-ci préfèrent distribuer en dividendes la quasi-totalité de leurs bénéfices après impôts … »

Ainsi, les dividendes sont privilégiés à travers l’exonération de charges portant sur les salaires. L’Etat se prive de recettes, qui tout au long de ce rapport sont appelées à juste titre « dépenses fiscales », et les entreprises engrangent des bénéfices supplémentaires qu’elles redistribuent aux actionnaires.

Selon le rapport du CPO, « il existe 293 dépenses fiscales bénéficiant aux entreprises dans le Projet de Loi des Finances pour 2010 et 107 d’entres elles ont été créées entre 2002 et 2010, soit près de 12 dépenses fiscales par an. Le rythme de création de nouveaux dispositifs dérogatoires semble de surcroît s’être accéléré : 87 de ces 107 dépenses fiscales ont ainsi été créées depuis 2006. »

A la page 68 du rapport on relève « qu’à périmètre constant tel que défini au Projet de Loi des Finances pour 2010, le coût des dépenses fiscales est passé de 20,3 Mds d’€ en 2005 à 35,3 Mds d’euros en 2010, soit une hausse de 73,6 % sur l’ensemble de la période.

L’augmentation du coût constant de ces dépenses fiscales a été continue au cours des cinq dernières années, leur croissance annuelle moyenne s’élevant à 11,86 %. »

Le rapport est d’autant plus critique qu’il souligne que « La hausse considérable du coût des dépenses fiscales et des modalités particulières de calcul de l’impôt à compter de 2005 a coïncidé avec le durcissement de la norme de croissance des dépenses de l’Etat. »

Le gouvernement provoque le déficit, bloque le salaire des fonctionnaires, supprime l’équivalent d’un départ à la retraite sur deux pour soi-disant réduire la dette et se prive dans le même temps de milliards qu’il offre aux entreprises sans exiger aucun retour et sans évaluer la pertinence des mesures. D’autres choix sont possibles.

Pour Jean-Gabriel Blek et Alain Parguez, [18] cette doctrine néolibérale, celle des locataires de la forteresse, à un but caché : la baisse des salaires réels tien d’un taux de chômage élevé. Par le passé expliquent-ils, « la baisse des salaires réels de par le monde s’est imposée aux populations contraintes, en URSS comme sous le régime de Vichy de 1940 à 1944 et en Allemagne sous le IIIème Reich où la part des salaires s’effondre. Dans tous les cas, une contrainte impossible à éviter servait de justification ».

Ces deux économistes par exemple, citent Joseph Stieglitz, prix Nobel d’économie en 2001 et qui juge sévèrement le mythe de la réduction des déficits budgétaires. « Dans cette perspective, le chômage n’a pas intérêt à disparaître tant qu’il joue un rôle dans cette politique de déflation fondée sur la baisse des salaires réels ». Pour de nombreux économistes, la hausse de la masse salariale doit être envisagée, d’abord par la réduction du chômage et ensuite par la hausse du salaire direct. « Si les économistes pouvaient parvenir à se faire considérer comme des gens humbles et compétents, sur le même pied d’égalité que les dentistes, ce serait merveilleux » écrivait John Maynard Keynes !

Il n’a pas toujours raison. Ne dit-on pas aussi « être menteur comme un arracheur de dents ? », ce qui, il est vrai, n’enlève rien à la considération qu’ils méritent. En attendant ce jour, les dépenses fiscales qui bénéficient aux entreprises ne sont pas les seules recettes dont l’Etat se prive. Les recettes sociales sont aussi victimes de cette doctrine.


[1] Source Eurostat/ 2007

[2] François Ruffin est un journaliste français né en 1975. Il participe au journal Fakir, au Monde diplomatique et à l'émission de France Inter Là-bas si j'y suis.

[3] François Ruffin ; « La guerre des classes » Editions Fayard-février 200

[4] Source citée par Richard Sennett -Luci Ellis et Kathryn Smith, « The global upward trend in the profit share », Banque des règlements internationaux, Working Papers, n° 231, Bâle, juillet 2007.

[5] Richard Sennett est un sociologue réputé, professeur à la London School of Economics. « Le travail sans qualité-Les conséquences humaines de la flexibilité » éditions Albin Michel S.A. 2010. p 72

[6] Simon Head, « The New, Ruthless Economy » New York Review of Books, 29 février 1996, p47. Richard Sennett ajoute qu’il est largement redevable à cet excellent essai qui présente avec clarté l’inégalité des revenues.

[7] Maurice Allais- Extrait d’une lettre ouverte adressée à Monsieur Jacques Myard, Député des Yvelines, 2005

http://www.nationetrepublique.fr/072-l-europe-en-crise-que-faire-par-maurice-allais.html

[8] Financial Times, Londres, 17 septembre 2007. Lire aussi La Tribune du même jour.

[9] Patrick Artus est professeur à l'École Polytechnique, professeur associé à l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne, membre du Conseil d’analyse économique, du Cercle des économistes[1] et membre de la Commission économique de la Nation. Il est ancien administrateur de l'INSEE. Patrick Artus est un des spécialistes français en Économie internationale et en Politique monétaire.

[10] Flash économie Natixis- 1er juillet 2010 – N° 342

[11] Pierre LARROUTUROU, Economiste partisan de la semaine des 4 jours. Extrait d’un entretien accordé à Libération le 1er juillet 2007.

[12] Economie et statistique n°323-1999

[13] Selon les dernières séries de l’Insee, la part des salaires dans la valeur ajoutée des entreprises est de 65,8 % en 2006 contre 74,2 % en 1982, soit un recul de 8,4 points. Selon la Commission européenne, la part des salaires dans l’ensemble de l’économie est passée de 66,5 % en 1982 à 57,2 % en 2006, soit une baisse de 9,3 points. Voit tableau n°1 en annexe

[14] Figaro de Beaumarchais, " Noblesse, fortune, un rang, des places, tout cela vous rend fier ! Qu'avez-vous fait pour tant de biens ? Vous vous êtes donné la peine de naître !"

[15] Le Conseil des prélèvements obligatoires, instance rattachée à la Cour des comptes, est chargé d'apprécier l'évolution et l'impact économique, social et budgétaire de l'ensemble des prélèvements obligatoires, ainsi que de formuler des recommandations sur toute question relative aux prélèvements obligatoires (loi n° 2005-358 du20 avril 2005).

[16] Rapport p 61

[17] Alternatives Economiques n° 296 - novembre 2010

[18] « Le plein emploi ou le chaos » de Jean-Gabriel Blek et Alain Parguez- Editions Economica 2006

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